‹ Annibal en GauleChapitre 1 sur 32 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La Térlté est à llilitoire ce que les yeux MOt aux anîmauz* Si Ton arrache à ceux-ci le^ yeux, Ile deTieonent inutiles ; et li de lliittoire on Ote la vérité, elle n'eit plut bonne à rien.

POLYftS.

Dans le volume que nous avons publié précédemment, sous le titre de Jules César en Ganlè, nous avons énuméré tous les avantages que les Romains ont dus à la supériorité de leurs armes sur celles des Gaulois. Mais, en étudiant de plus près et plus profondément cette terrible guerre où succomba la Gaule, nous n avons pas pu méconnaitre que les combinaisons de la politique y ont été non moins efficaces que la force des armes. En toute circonstance, du reste, et dans toutes les guerres que les Romains ont successivement entreprises et qui les ont menés $i la domination univer-

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selle, il en a été de inênie. Si donc on veut se rendre bien compte des défaites et des malheurs qui ont fini par accabler les Gaulois, malgré les efforts héroïques du patriotisme de la plupart d'entre eux, il faut, avant tout, considérer la politique constamment suivie par les Romains : politique aussi perverse dans ses moyens que dans son but , toute faite de duplicité et de fraude , attentive a semer partout Tesprit de discorde et de faction , à diviser pour régner, et à se présenter comme protectrice des faibles, pour atteindre son but, le pillage et l'oppression de tous.

Cette politique, Jules César s'est appliqué pendant neuf ans à la mettre en pratique dans la Gaule transalpine, où elle lui a permis de surmonter tous les obstacles et toutes les résistances. Et pourtant, à lire ses Commentaires^ on pourrait croire qu'il n'a que bien peu fait servir la politique à l'accomplissement de sa conquête. C'est que le grand général était aussi un grand écrivain , et .qu'il importait à sa gloire personnelle et au projet qu'il méditait d'usurper le pouvoir suprême à Rome, de voiler aux yeux de tous et de la postérité les manoeuvres politiques auxquelles il ne

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cessa d'avoir recours, et qui furent en réalité son principal moyen de guerre et de succès.

Mais, ce que Jules César laisse à peine deviner clans ses Commentaires, un autre historien, dont r honnêteté ^gale le talent et la sagacité, Polybe, dans son Histoire universelle, l'a dévoilé en termes assez clairs pour qu'il soit impossible de s'y méprendre. — e Nous savons, dit-il, que la guerre de Philippe a donné occasion à celle d'Antiochus, celle d'Annibal à celle de Philippe, et celle de Sicile à celle d'Annibal, et qu'entre ces guerres il y a un grand nombre de divers événements qui tendaient tous à une même fin. Or, on ne peut apprendre tout cela que dans une histoire universelle; celle des guerres particulières, comme la guerre de Persée et de Philippe, nous laisse dans une parfaite ignorance de toutes ces choses, à moins qu'en lisant de simples descriptions de batailles, en ne croie voir l'économie et la conduite de toute une guerre. » (III, vi.) — C'est donc par Y Histoire universelle de Polybe que nous pourrons reconnaître quelle fut la politique des Romains dans leurs guerres.

Et là, dans le récit des guerres puniques se

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