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trouve, non entièrement exposée, mais suffisamment indiquée pour qu'on la puisse bien corn* prendre, toute la politique de ce redoutable sénat de Rome s'acheminant à la conquête du monde.
Elle se montre particulièrement dans la deuxième de ces guerres, qui a vu le grand patriote carthaginois, joignant à la prudence une audace inouïe jusque-là dans Thistoire, s'élancer à travers TEspaghe, la vieille Gaule, le Rhône, les Alpes, et attaquer tout à coup les armées romaines dans la Gaule cisalpine, où d abord chaque bataille fut pour elles un coup de foudre et un désastre.
C'est que nos ancêtres de la Gaule cisalpine n'avaient pas hésité à s'associer ù ses vues, et prirent une part considérable à son expédition, qui se présentait à eux comme une délivrance, et qui, après celle de Brennus, devint par leur concours une seconde terreur pour Rome et pour son sénat. Car Polybe nous apprend que, avant de quitter l'Espagne, Annibal s'était concerté avec les Gaulois et pouvait compter sur leur concours. Et, en effet , la plupart d'entre eux se rangèrent sous son commandement, et ils combattirent sous ses yeux à Cannes, où ils contribuèrent puissamment à la
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déroute si célèbre des deux armées consulaires réunies. De sorte qu'il est permis de dire que cette expédition d'Annibal fut une guerre gauloise autant qu'une guerre punique ou carthaginoise.
Après le désastre de Cannes , où fut écrasée la puissant militaire des Romains, dit Polybe, qu'est-ce qui put la relever et sauver l'État? Ce fut le sénat, ajoute-t-il, sans s expliquer sur les moyens employés. Mais il est permis de présumer que ce fut encore par ses moyens politiques habi* tuels que le sénat romain parvint à prolonger la résistance contre Annibai et cette armée gallocarthaginoise, avec laquelle il se maintint au cœur de l'Italie durant seize années, sans y avoir jamais éprouvé une seule défaite comparable à la moindre de ses victoires ; mais qui dut finir par s'y épuiser peu à peu, faute de renfort.
Quoi (|u'il en soit, V Histoire unii^erselle de Polybe va nous fournir, dans ce premier volume de nos Recherches historiques, les renseignements et les indications nécessaires i^ pour faire connaître avec assez de clarté et de certitude la politique employée par le sénat romain , en vue d'étendre sa domination de proche en proche sur tous les peu-
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pies de l'univers; 2^ potir expliquer cette étonnante expédition d' Annibal en Italie , telle qu'elle eut Jieu, avec tous ses détails géographiques et militaires ; 3^ pour mettre en lumière les erreurs de toute nature répandues dans le monde à ce sujet par les auteurs latins, courtisans sans pudeur du peuple romain parvenu au faite de la puissance, et, avec lui, de la famille de son empereur Auguste: mais surtout pour confondre le plus accrédité de tous, Tite-Live, ce calomniateur systématique de notre race gauloise, le plus partial de tous les historiens, le plus audacieux et le plus habile à masquer la vérité.
De plus, il nous a paru que l'histoire d' Annibal, éclairée par Polybe, reflétait une vive lumière sur celle de Vercingetorix , que César, dans ses Com" mentaires, s'est efforcé d'obscurcir et de dissimuler, dans son intérêt personnel.
La lutte que suscitèrent contre les Romains ces deux généreux guerriers, par un même dévouement au salut de la patrie, offre de part et d'autre la plus grande ressemblance, soit dans la cause de la guerre, qui fut le danger imminent de l'oppres-^ sion romaine; soit dans le moyen politique em-
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ployé, qui fut l'unioa des peuples en péril ccmtre rennemi commun ; soit dans le principal moyen militaire auquel ils eurent recours, qui fut la grande stratégie. Eux seuls peut-^tre dans This-toire ont donné Texemple de deux grandes guerres suscitées contre les conquérants. Et nous verrons que la politique romaine , après avoir été la principale cause qui fit échouer l'expédition d'Ânnibal en Italie, fit de même, un siècle et demi plus tard, échouer en Gaule transalpine et l'union défensive de toutes les cités gauloises dont Vercingetorix fut le promoteur, et son appel aux armes dans toute la mère-patrie contre l'invasion romaine. Enfin, nous les verrons l'un et l'autre payer de la vie les terribles alarmes qu'ils causèrent à Rome et leurs immenses efforts pour la liberté des peuples.
En résumé : la participation à la guerre d' Annibal fut, de la. part des cités gauloises établies en Italie, leur effort suprême contre l'oppression romaine ; et pareillement 9 la guerre de Vercingetorix fut l'effort suprême des cités-mères contre cette même oppression de plus en plus envahissante ; et ce fut principalement aux procédés et aux combinaisons de leur politique, dans ces deux occasions et dans
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les deux Gaules, que les Romains durent leurs succès militaires.
En même temps , dans Tune et l'autre guerre , noua verrons œ qu'ont pu faire des soldats de race ' gauloise sous la conduite de grands généraux.
Ces deux guerres sont donc liées l'une à Tautre : on ne peut les séparer si l'on a à cœur de bien connaître et de bien apprécier notre propre his* toire ancienne; et nous croyons que, pour qui voudra en considérer avec soin les diverses péripéties, elles seront un enseignement politique d'une réelle importance.
Dégager et mettre en lumière cet enseignement^ c'est ce que nous avons essayé de faire dans toutes ces Recherc/ies historiques ^ en nous guidant sur la sentence de Polybe que nous avons prise ci dessus comme épigraphe, et qui va être pour nous une règle générale et invariable. Ainsi, n'ayant nousmême aucune autorité en un tel sujet, nous aurons soin, comme on pourra le voir à chaque pas, de ne rien avancer sans produire quelque preuve, dont le lecteur sera juge.
L'ordre naturel veut que ce volume A'Annibal en Gaule soit le premier de nos Recherches histo-
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riques. Le volume de Jules César en Gaule^ déjà publié, sera le second. Un troisième (actuellement sous presse) contiendra la suite jusqu'à l'arrivée des armées à Alesia (aujourd'hui Izernore^ dans le département de TÂin). Un quatrième volume sera consacré au blocus d'Alesia , et le cinquième aux deux dernières années de la guerre et à ses conséquences. C'est le résultat de seize années d'études suivies ; et malgré toute l'extension que la matière a prise sous le travail, l'ouvrage est com-^ plétement terminé en manuscrit. Il se continue ainsi , depuis les premiers temps de notre histoire nationale pour lesquels nous ayons des documents positifs, jusqu'à la fin des guerres de nos ancêtres contre les Romains, et jusqu'à l'avènement à Rome du gouvernement personnel des Césars : lequel fut, selon nous, une conséquence immédiate des dernières guerres dirigées contre les Gaulois transalpins, sous le commandement de Jules César.
Un mot encore, au sujet de nos cartes, qui méritent une attention particulière. C'est la première fois, croyons-nous, qu'on voit paraître dans un ouvrage de cette nature des extraits photographiés de cartes authentiques des lieux. Il y en a trois de
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cette sorte, parmi les cinq cartes intercalées dans ce volume. Ce sont trois extraits tiéliographiques des cartes des Alpes dressées par les états^majors de France ou de Piémont. Ces extraits identiques de documents précis et irrécusables sont dus au talent d'un artiste héliographe bien connu, M. Amand-Durand, à qui nous devons ici un témoignage de reconnaissance , pour les soins et le zèle qu'il y a apportés. On en sentira Tutilité quand on verra (p. 807), dans la carte de l'itinéraire d' Annibal par d'Anville, que cet illustre géographe (sans doute induit en erreur par Tite-Live, qui fait passer Annibal chez les f^ocontii) a inscrit le nom de ce peuple au bord du Rhône, à une place où, d'après le géographe Strabon, contemporain de Tite-Liive et que nous citerons (p. 3 18 et 819), il est bien certain qu'Annibal passe, là même, sur le territoire des Cavares.
Lorsqu'on cherche à se rendre compte de l'expédition d'Annibal, une prenrière question^ qui se présente immédiatement, est celle-ci : — Quel motif si puissant a pu déterminer ce grand homme de guerre à venir traverser la vieille Gaule, le Rhône, les Alpes, et à aller attaquer les Romains du côté de la Gaule cisalpine, sans en être détourné par tant de difficultés^ de périls et de pertes qu'il devait infailliblement éprouver dans ce trajet? — Or, comme on le verra, la solution de cet important problème historique nous montre l'expédition d'Annibal sous un jour tout nouveau ; mais elle exige un examen approfondi de tout l'ensemble des deux premières guerres puniques. Et en raison de cette connexion des événements, l'étude particulière du passage d'Annibal en Gaule nous a entraîné à une étude générale et sommaire de ces deux guerres. De sorte que nous nous proposons de mettre ici en évidence le véritable motif, le but et l'ensemble de l'expédition d'Annibal, de démontrer quelle part importante, essentielle y prirent les Gaulois nos ancêtres établis en Italie , et enfin de résoudre plusieurs
difficultés géographiques de Titinéraire d'Annibal à travers la Gaule, difficultés qui, jusqu'à ce jour, nous semblent n'avoir pas été résolues.
Ainsi, nous avons dû considérer cette guerre mémorable sous deux aspects différents : d'une part, sous l'aspect militairej stratégique et géographique^ pour les grands exemples de prudence et d'habileté, dont on peut profiter dans la conduite de la guerre ; d'une autre part, sous l'aspect historique et politique, pour les grands enseignements qu'on en peut tirer dans la politique des peuples ; et même, d'abord, pour la lumière que peut jeter sur les actes militaires la connaissance du but auquel ils tendent.
Au point de vue militaire, stratégique et géographique. — L'expédition d'Annibal en Italie, dont s'étonna et s'étonne encore le monde, a été rapportée par Polybe (1), historien éminent et presque contemporain, homme d'État et homme de guerre lui-même, qui vivait à Rome dans la maison des Scipions, où il dut avoir connaissance de tous les documents spéciaux de cette illustre famille. Il affirme être allé personnellement dans les Alpes et dans les Gaules pour examiner les lieux où le grand Carthaginois avait passé, et même avoir été renseigné par des contemporains de son expédition. En sorte que le récit de Polybe à ce sujet, non-seulement est un chef-d'œuvre de récit militaire par le soin avec lequel y sont décrits
(!) Histoire universelle, livre troisième.
les faits et les lieux, mais encore parait mériter une entière confiance.
Le prenant donc pour nous guider dans nos recherches^ nous Tavons d'abord bien étudié, afin de nous former un plan de vérification sur le terrain. Puis, l'em* portant avec nous, nous sommes allé sur les lieux mêmes, chercher la solution des difficultés de l'itinéraire d'Ânnibaly solution au sujet de laquelle les plus illustres savants sont encore aujourd'hui partagés, malgré tant de recherches et de travaux déjà entrepris pour y parvenir. Celte méthode nous a tellement réussi, qu'après vingt- un siècles écoulés depuis l'expédition d'Annibal, et bien que notre auteur se soit borné à nommer deux des peuples placés sur le chemin où il passa, les Allobroges et les TauHni (peuple du pays de Turin), nous avons pu, aujourd'hui que la géographie du territoire de la Gaule est connue de tous, et en suivant pas à pas sur le terrain les indications du récit de Polybe sans en négliger une seule, retrouver avec une entière certitude, croyons-nous, l'itinéraire d'Annibal depuis TEspagne jusqu'en Italie. Du reste le lecteur en pourra juger lui-même
Presque deux siècles après Polybe, sous Auguste, Tite- LivBj écrivant sur le même sujet (1), a généralement suivi le récit de son prédécesseur concernant la marche d'Annibal avant et après la traversée des Alpes; mais, pour cette traversée^ il a admis des faits incroyables et
(1) Histoire.^, xxr, et suiv.
indiqué un itinéraire qui est évidemment en désaccord complet avec celui qu'avait tracé Polybe, sauf qu'il fait de même déboucher Annibal en Italie par le pays des Taurini. De plus, cette partie du récit de Tite-Live est rédigée d'une manière très-vague, en sorte qu'elle ne comporte pas une vérification précise sur le terrain. On est donc forcé d'opter entre les deux récits ; et nous n'hésitons pas à préférer celui de Polybe, sauf à dire ensuite nos motifs pour récuser celui de Tite-Live.
Un autre contemporain de César et d'Auguste^ Cornélius NepoSj ami d'Atticus et de Cicéron^ auteur latin d'un style pur, d'un tact exquis et d'un caractère trèshonorable, a écrit une biographie d'Annibal dans son ouvrage classique. Vies des hommes illustres. On lui reproche quelques inexactitudes de détail ; mais ses appréciations du caractère de ses personnages sont reconnues pour être judicieuses et équitables. Il raconte, sans paraître y attacher aucun intérêt, « qu'Annibal arriva en Italie par les Alpes Graies (saltus Grains, petit Saint-Bernard) où jamais personne avant lui, excepté Hercule, n'avait passé avec une armée. »
A la même époque, le géographe Strabon s'est guidé, pour distinguer les divers passages des Alpes (1), sur ce que Polybe en avait dit avant lui, et a signalé le chemin qui débouche chez les Taurini comme étant celui où Annibal passa.
(1) Géographie^ ÏV, vi.
Un siècle après, Juvénal lui-même en a dit quelques mots, que nous examinerons et qui ne nous paraissent pas en désaccord avec le récit de Polybe (1).
Enfin, Ammiefi'Marcellin de son côté, plus de trois siècles et demi après Tite-Live et Strabon, a emprunté au premier de ces deux auteurs les quelques indications qu'il donne sur le passage d'Annibal à travers les Alpes (2).
Tels sont les seuls renseignements qui nous soient parvenus sur Titinéraire d'Annibal en Gaule. On voit que, sauf Juvénal qui n'indique pas où il passa les Alpes, et Cornélius Nepos qui n'avait pour objet que d'apprécier ses grandes qualités, tous les auteurs anciens, y compris Polybe, font déboucher l'armée carthaginoise en Italie par le pays des Taurini. Voilà donc déjà un point déter» miné dans l'itinéraire en question.
Et, à vrai dire, il n'y a ici parmi les historiens anciens qu'un seul auteur vraiment original : c'est Polybe. Depuis la renaissance des lettres, des érudits de toutes nations, Italiens, Suisses, Français, Anglais^ Suédois; des savants de tous ordres, militaires, académiciens,
religieux, etc., ont tâché de déterminer l'itinéraire d'Annibal à travers les Gaules, sans qu'aucun d'entre eux^ ou peut le dire, soit parvenu à en donner une démonstration complète et évidente. C'est faute , croyonsnous, de s'être conformés de tous points à deux conditions, que nous considérons, l'une et l'autre, comme
(1) Satires, X, ▼. 151 et suiv.
(2) Livre XV, ch. x.
indispensables : à savoir, 1^ faute d'avoir suivi exactement, complélement et exclusivement le récit de Polybe ; et 2** faute d'être allés sur les lieux avec ce récit à la main, pour vérifier Taspect et la disposition de ces lieux, comme Polybe lui-même y était allé avant de traiter ce sujet, et comme nous nous sommes fait un devoir d'y aller nous-même à Texemple d'un tel historien.
Nous présenterons donc le récit de Polybe in extenso, dans tout ce qui concerne Vitiriéraire d'Annibal en Gaule^ aGn que le lecteur en puisse apprécier soit les détails, soit la suite ou l'ensemble, et qu'il ait ainsi tous les renseignements utiles pour reconnaître les lieux que l'auteur a voulu désigner. Dès lors, il nous suffira d'y intercaler à-propos les explications ou les remarques qui nous paraîtront nécessaires; et, s'il se présente incidemment quelque difficulté grave, nous la discuterons avant de passer outre. Au point de vue historique et politique, — «Ceux qui lisent ou qui écrivent l'histoire^ dit Polybe, ne doivent pas tant s'appliquer au récit des actions mêmes, qu à ce qui s'est fait auparavant, en même temps et après. Otez de l'histoire les raisons pour lesquelles tel événement est arrivé, les moyens que l'on a employés, le résultat dont il a été suivi, le reste n'est plus qu'un exercice d'esprit, dont le lecteur ne pourra rien tirer pour son instruction. Tout se réduira à un plaisir stérile que la lecture donnera d'abord, mais qui ne produira aucune utilité (1). »
(1) HISTOIRE DE POLYBE, nouvellement traduite du grec par DoM Vincent Thuillieb, ynédkiin de la congrégation de Saint-Jâaur, Avec un COM-
Aussi notre auteur discule-t-il avec beaucoup de soin les causes de la gueti'e (TAnnibal ou seconde guerre punique. MaiSy comme il écrivait à Rome et dans la maison même des Scipions^ famille devenue si illustre par celte guerre, il a dû ne pas être complètement libre dans ses appréciations.
Est-ce pour cette raison qu'il n'a rien dit de la question principale, de celle qui se présente la première, à savoir : pourquoi Annibalj au lieu de faire la guerre aux Romains en Sicile^ ou en Sardaigne, ou en Espagne^ ou sur la côte d'Italie y prit le parti de se porter d* emblée en Gaule cisalpine, au risque évident de perdre dans le trajet la moitié de son armée, comme il lui est arrivé de fait? Il est certain que c'est là une question capitale, qui do* mine toute la conduite de cette guerre fameuse , et dont la solution doit y jeter une vive lumière. Cependant, ni Polybe, ni aucun autre auteur, à notre connaissance, soit parmi les anciens, soit parmi les modernes, ne Ta traitée ni même signalée. Nous devons donc avant tout l'examiner ici avec soin et tâcher de la résoudre.
Comme d'ailleurs cette même question intéresse directement l'histoire nationale de notre race gauloise et que l'expédition d'Ânnibal en Italie, croyons-nous, fut la mise à exécution d'une alliance offensive et défensive contre les Romains, préalablement contractée par les Carthagi-
HENTAIRE... par DE FoLLARD, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis ^ mestre de camp d^ infanterie. — Amsterdam, 1753. — Livre III, chapitre vi, — Nous suivrons constamment cette version de Dom Thuillier.
nois avec les Gaulois d'Italie, qu'ils y furent poussés les uns et les autres par les mêmes motifs et qu'ils combattirent avec la même vaillance sous la conduite d'Ânnibal, on nous permettra sans doute d'entrer à cet égard dans quelques développements. D'autant plus que, pour découvrir ce motif spécial et profond, ce motif politique de l'expédition d'Annibal en Italie, qu'il est indispensable de connaître si l'on veut se rendre compte de cette expédition d'une manière claire et complète, tous nos raisonnementSy toutes nos inductions, vont se fonder sur le génie militaire et politique d'Amilcar Barcas, père d'Annibal, et sur son dévouement à sa patrie. Or, nul ne pouvant prétendre être cru sur parole en matière d'histoire, nous serons obligé de constater d'abord quelles étaient à divers égards les grandes qualités personnelles de cet illustre Carthaginois, afin qu'on puisse apprécier la portée de certains passages du texte de Polybe, et juger quel plan de guerre contre les Romains Amilcar fut capable de concevoir. Et pour cela , nous devrons mettre sous les yeux de notre lecteur au moins les principaux actes de sa vie , tels que les rapporte Polybe. Du reste, on verra que tout s'enchaîne dans ce sujet.
L'ordre naturel veut que nous commencions par l'examen des motifs politiques de l'expédition d'Annibal ; puis, nous le suivrons avec Polybe dans sa marche ; et enfin, après avoir discuté le récit de Tite-Live, nous terminerons par quelques conclusions générales.