IMPORTANCE DES DÉTAILS PRÉCIS
d'esprit ou d'expérience de la guerre, et affirme pertiuemment (comme on Ta vu dans notre épigraphe) que la qualité suprême avec laquelle Ânnibal conduisit cette grande affaire fut la prudence (et il va nous en fournir vingt preuves dans l'occasion). Ces deux, juges, si compétents l'un et l'autre, ne s'accordent donc point dans leur appréciation du génie d' Annibal. Il est clair d'ailleurs que tout ce langage figuré de l'éloge qui précède reviendrait à dire d'un seul mot, en langage familier, qu'Annibal a fait l'impossible : ce qui n'est pas aussi explicite qu'on pouvait l'espérer d'un tel panégyriste. Et même cela risquerait d'induire en erreur au sujet d'un fait certain, à savoir^ que déjà plus d'une fois avant Ânnibal, dès l'époque de Tarquin l'Ancien, des armées gauloises avaient traversé les Alpes. Et entre autres^ une armée de Gaulois Gésates venait de les traverser huit ans auparavant, dans cette même région (Voir plus haut, p. 71).
Quant à trouver admirable a qu' Annibal ait payé de la moitié de son armée la seule acquisition de son champ de bataille, le seul droit de combattre, » c'est ici surtout qu'on sent le défaut d'une connaissance précise de ses actes. Car, si un tel désastre de son armée résulta de son audace, on ne saurait l'admirer ; et s'il avait ses raisons pour payer d'un tel prix un champ de bataille particulier, c'était bien ici Toccasion d'expliquer ce point capital. En effet, si la pensée d'Annibal eût été simplement de faire la guerre aux Romains , dans ce cas, après la prise de Sagonte et le passage de TÈbre, il lui eût suffi
d'attendre en Espagne, pour y avoir bientôt un champ de bataille très-convenable et le droit de combattre Tarmée romaine qu'on y envoya aussitôt contre lui.
Il n'est pas douteux qu'Annibal ait parcouru l'Italie en vainqueur durant seize ans , mais on ne peut pas dire, dans le sens propre des mots, qu'il ait « en même temps occupé et gouverné cette même Italie ». Jamais on ne le vit maître du pays qu'autour de lui-même et dans la mesure du rayon d'action de sa propre armée : tous ses lieutenants détachés çà et là y furent battus. Enfin, de ce que les Romains en vinrent à porter la guerre sur le territoire de Carthage, on n'en peut pas conclure qu'ils eurent besoin, pour s'y décider, « de mettre à profit la leçon qu'Annibal avait donnée d'aller le combattre chez lui. » Car déjà, durant la première guerre punique, le consul M. Attilius Regulus s'était porté avec une armée sur le territoire de Garthage. Et même au début de cette seconde guerre punique , dès que les Romains apprirent qu'Annibal avait passé l'Èbre, leur première pensée fut d'envoyer une armée en Afrique pour y attaquer les Car* thaginoisy en même temps qu4ls envoyaient une autre armée en Espagne contre Annibal. Mais la première n'était pas encore partie de Lilybée, quand Annibal survint en Italie ; et il fallut la rappelel* en toute hâte pour venir y défendre les foyers, comme nous le verrons.
En résumé, si tout n'est point parfait dans cet éloge d' Annibal par Napoléon 1", il est facile de voir que cela tient surtout à ce que le grand prisonnier de Sainte-Hé^