BUSSULLI F. FRATRI NI^ BUSSULLI F. SOROR
TiTOLLiEK, Monographie de la vallée du Queyras^ p. 3i, 3î et 33. Gap, 1897.
Ii6 CHAPITRE PREMIER.
fiance : les Seçusini sont les habitants de Suse (Segu^ sio) ; les Belaci, ceux de la vallée d^ Bardonnèche, où le bourg de Beaulard s'appelait autrefois Belac ; les Segovii habitaient entre le mont Genèvre et le col de Sestrières, où le hameau de Chamlas-Seguin a porté le nom de Villa^Segovina *.
On pense également que les Edenates habitaient Seyne, qui s'est appelée Edenat, et les Ectini Saint- Éiienne-de-Tinée.
Tout le reste est pure hypothèse, mais on peut essayer, au moyen des noms déjà attribués, de limiter le champ où Ton devra caser les peuples inconnus.
Les états de Cottius comprennent, d'après ce que nous en savons déjà, la Maurienne, le val de Suse, le Briançonnais, le Queyras et la vallée de la Durance en amont de TUbaye. Nous n'avons là qu'une partie de ce qu'on appellera plus tard les Vallées Vaudoises, mais aussi nous n'avons pu placer que sept peuples sur quatorze. 11 nous reste donc à remplir un territoire à peu près équivalent à celui dont nous connaissons déjà les habitants. Or, les vallées vaudoises italiennes n'ont jamais été séparées de leurs voisines du versant français que par les diplomates modernes : pour quiconque a étudié la vie et les guerres de cette région depuis le moyen âge, il est impossible que la vallée de Pragelas, et celles du Pô, de la Vraita, de la Maira, n'afent pas été réunies à celles de Queyras et de Suse, dans les états de Cottius. Il est vraisemblable qu'il faut y
■ Walckenaer, t. II, p. 29-32. — Dlrandi, Piemonte ira^pu-
dfim, p. 52.
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joindre la vallée de Barcelonnette ; mais on ne saurait aller plus loin, La région cottienne est limitée au Nord (extérieurement) par le territoire des Centrons, à rOuest par ceux des AUobroges et des Voconces, à TEsl par la plaine d'Italie. Elle doit s'arrêter, au Midi, à la crête qui sépare l'Ubaye du Var et la Maira de la Stura.
La plupart des géographes veulent placer les Vesurbiani sur TUbaye. Quoique l'analogie entre les deux noms soit bien faible, on peut l'admettre à la rigueur, et supposer en outre que les Vesubiani de la liste cottienne, et les Esubiani du Trophée sont le même peuple.
Cela posé, la liste du Trophée, qui suit la crête des Alpes du Nord au Sud, nous donnerait les emplacements suivants :
Salassi. Val d'Aoste.
. , »? Val d'Orco, à moins qu*il y ait une erreur de
Actlabonts { copiste (Acitabones pour Ceutrones).
MeduUi Maurienne.
Vallée d'Oz dans TOisans. On croit que les
''^ ^ Uceni sont les Iconii de Strabon
Caturiges Embrunois,
Brigiani Briançon.
.. / Ces trois peuples ne se trouvant pas dans les
bogionii.y....\ ^^^ jg Cottius, ne peuvent être que des
ro ton XI < çjiç^jg jjgg Voconces, habitant depuis TOi-
^^^ ^"^ ( sans jusqu'au confluent de TUbaye.
Edenates Seyne.
„ ! Barcelonnette.
m^ Il 4- 1 Hautes vallées du Verdon et du Var.
Eclini Saint-Étienne-de-Tinée.
vallée du Verdon entre Allos et Gas-
« ( Vergons ; i
^«'^"'^ } lellane.
lis CHAPITRE PREMIER.
Nematuri ( ^"^^^'' ^®^ confluents du Var avec la Tinéc et
Q^^^ M. j la Vésubie, ou sur cette dernière rivière.
Nerusi Vence, rive droite du bas Var.
Vdauni ? Comté de Beuil ; Puget-Théniers ?
Suetii Caslellane.
Le val de Stura était habité par les Vagienniy et la rive gauche du bas Var par les Vediantii, Comme nous le verrons aussi, les Bodiontici habitaient Digne, eL les Sentii Senez. Il s'ensuit que les emplacements disponibles pour les Gallitœ et les Triullatt, d'une part ; les Effuituri, les Nematuri et les Oratellij de l'autre, sont très limités. Le hasard fera peut-être que les Oratelli soient attribués à ce canton d'Utelle, où Ton avait voulu un peu audacieusement retrouver leur nom.
L'identification est plus difficile pour le groupe cottien, dont l'énumération ne paraît pas avoir été faite dans un ordre aussi régulier.
Nous y trouvons d'abord :
Les Segovii, les Segusini^ les Belaci^ dans la vallée de la Doire ;
Les Caturiges^ sur la haute Durance ;
Les Medulli, en Maurienne.
Où faut-il placer les Tebavii^ et les Adanates? Sera-ce près des Medulli, comme le veut Walckenaer, qui prétend que.Modane s'est appelée jadis Adanal Sera-ce au contraire plus près des SavincaieSj et
^ On retrouve peut-être leur nom dans celui du mont Tabort
^mm!^9pmi'wr
faut-il penser que lesAdanaies de Suse sont identiques aux Edenates de la Turbie ?
Quant aux Egdinii, Venisani, lemerii, ils semblent bien avoir habité les trois vallées italiennes adossées à celles de TUbaye et du Guil, mais c'est là une pure supposition ; elle n'a pour elle que l'impossibilité où Ton se trouve de placer encore trois peuples dans le bassin de la Durance et de TUbaye, et la grande probabilité qu'il y a de trouver les vallées vaudoises des deux versants réunies dans une même confédération.
Peut-être aussi peut--on placer les lemerii dans la vallée de Mariaud et des Emmerées, près de laBléone.
Aux peuples indiqués par les deux listes de Suse et de la Turbie, il faut en joindre quelques autres.
Pline nous signale les Avantici et Bodioniici, qui ont d*abord fait partie des peuples alpins, puis en ont été séparés. Il nous apprend, en outre, que les Bodiontici avaient pour capitale Dinia, (Digne) . Les Avantici devaient se trouver non loin de là, au sud de Gap, dans la vallée de l'Avançon. Soumis d'abord aux Caturiges, ils ont été annexés ensuite aux Voconces.
D'après Ptolémée, Dima se trouverait chez les Sentit. On croit que ce petit peuple, uni aux Bodiontici, avait sa capitale à Sanitium (Senez), où il forma un diocèse spécial.
Dans la région comprise entre la Durance et la mer, ou plus exactement entre le mont Lubéron et la mer, nous trouvons surtout la grande confédération des Salluvii ou Salyens. Leur limite orientale n'est pas très bien déterminée. Les historiens et géographes anciens nous ont donné les noms et les positions d'un
très grand nombre de tribus affiliées ou soumises à cette confédération ; mais on ne les accepte pas sans restriction pour la période qui nous intéresse. Parmi les noms qui nous sont indiqués, les uns {Segobrigii^ Camatullicij etc.) semblent bien des noms de peuples; d'autres {CœnicenceSj etc.) proviennent de la situation de la tribu au bord d'une rivière {Ccenus) ; d'autres sont plus singuliers encore (Commoni, Anatilii). Sans accepter les étymologies latines d'E. Desjardins, invraisemblables pour des peuples où la langue latine ne s'est substituée que beaucoup plus tard au grec, on peut supposer à quelques-uns de ces noms une origine grecque. Nous les énumérerons, en parlant des Tricores et des Tricolli de Pline.
Sur l'Argens, entre Fréjus et la Durance, les Suelteri étaient assez importants pour figurer sur la carte de Peutinger. Dans l'Esterel, les Oxybii * et les Ligatmi^ voisins immédiats des Deciates d'Antibes, Cannes et Grasse. Le Verdon, en aval de Castellane, appartenait aux Verrucini (Vérignon). Plus au Nord, les Reii ont laissé leur nom à Riez. Ils appartenaient à la confédération des Albiœci.
Il nous reste à placer quelques peuples nommés par Pline, et pour lesquels il est nécessaire de citer le texte même du naturaliste.
i M. Longnon attribue aux Oxybii la cité de Glannativa (GidJidève) près de Puget-Théniers. Nous ne pouvons accepter cette solution, contredite par tous les auteurs, lesquels placent les Oxybii sur la côte, et leur attribuent un port, ^gitna. Polybe, XXXIII, 7. — Ptolémée, III, 10. — TiTE-LiVB (Epilonie) XL VII — Stra- BON, IV, i et 6. — Pline, UI, 5 et 7. — P. Mêla, U, 5. — Florus. — QuADRATUS ap. Saint-Byz.
Après les Bouches du Rhône et les Fosses Mariennes, il nomme :
« L'étang Mastromela ; l'oppidum Maritima des Avatici; au-dessus la Crau, célèbre par les combats d'Hercule ; la région des Anatilii, et à l'intérieur celle des Desuviates et celle des Cavares.
« En repartant de la mer les TricoreSy et à l'intérieur les Tricolli^ les Voconces et les Segallauni; un peu plus loin, les Allobroges.
« Sur le rivage Marseille, ville des Grecs Phocéens, notre alliée. Le cap Zao, le port de CUharista (Ceyreste près de la Ciotat) ; le pays des Camatullici, puis les Suelteri, et au-dessus les Verrucini.
« Sur le rivage Athenopolis des Marseillais, Forum Juin Octavanonim colonia (Fréjus), qu'on appelle Pacensis et Classica; le fleuve Argens y passe. La région des Oxybii et des Ligauni, et au-dessus d'eux les Suetrt, les QuariateSy les Adunicates.
« Sur le rivage l'oppidum latin Antipolis (Anlibes). La région des Deciates, le fleuve Var. »
L'ordre dans lequel les pays et les villes sont énumérés est bien net. Il faut remarquer aussi qu'il s'agit là de la Gaule, et non des Alpes, régions bien distinctes administrativement. Tous les peuples nommés ici doivent se trouver dans la Provincia.
Les TricoreSy contrairement à l'opinion d'E. Desjardins, doivent se trouver entre la Crau et Marseille, et ils s'étendent sans doute vers le Nord jusqu'au Lubéron (de Gardanne à Pertuis et à Manosque). Les Anatilii^ les Avatici (Camargue, étang de Berre), les Desuviates (étang de Dezeaumes, ci-devant Desuvia-
iicits lacîis, au nord de la Grau), les Comicemes (sur la Touloubre), les Samnagenses, sur la Duransole, sont les tribus des Salluvii à l'ouest des Tricores, A l'Est, on trouve les Commont (région de Marseille), les Segobrigii, les Albici. Peut-être les CamatuUici en faisaient-ils également partie. Mais la présence des colonies grecques avait dû dissoudre depuis longtemps les liens de la confédération.
Les Tncolli^ qui sont nommés entre les Tricores et les Voconces^ devaient habiter la rive droite de la Durance en amont de Manosque. Walckenaer a cru reconnaître leur nom dans celui de Trescléoux (diocèse de Sisteron); rien n'est plus incertain, mais il serait assez naturel d'attribuer à ce peuple le diocèse de Sisteron. Il faut repousser, en tout cas, l'étymologie latine que propose Desjardins pour ce nom de Trkolli. Quant aux Quariates et Adunicates, nommés au-dessus des Suetri, on a pu y reconnaître les Quariates du Queyras et les Adanates placés à MoLiane(?), mais pour passer deCastellane au Queyras et à Modane, le saut est bien grand, et surtout, ce qui est plus sérieux, Pline ne parle pas ici de la région alpine, mais de la Provincia^ et sa nomenclature y est très strictement limitée. Nous sommes donc porté à supposer que les Quariates et les Adunicates sont des peuples de la Province, clients des Voconces ; les uns sur la rive gauche de la Durance (La Motte du Caire 1)^ et les autres sur le Buech, ou peut-être à
" Rien n*est moins certain que l'étymologie Quariates (Caire) ; Ton peut soutenir avec vraisemblance que le mot Caire doit venir de la nature du sol. Mais ne pouvait-on pas en dire autant de
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Tembouchure de TUbaye. Ils se confondraient alors avec les Edenates^ dont la capitale est à Seyne.
Sur la rive droite du RhOne, nous avons les Helvii dans le Vivarais ; les Volcse Arecomici entre TArdèche et l'Hérault (diocèse de Nîmes) et les Volcas Tectosages jusqu'aux Pyrénées.
Ces deux derniers peuples sont établis depuis peu (IV® siècle), et il ne semble pas qu'ils se soient assimilé ou qu'ils aient privé de toute indépendance les peuples ligures et ibéro-ligures de la région narbonnaise : la table de Peutioger porte encore le nom de VUmbranicia entre FAveyron et les Bouches-du- Rhône, ce qui nous prouve la persistance d'un rameau de la race ombrienne.
Les Sardones existent encore sur la côte du Roussillon, les Ceretes sur le Tech (Ceret), les Elisyces autour de Narbonne.
On vient de passer en revue les différents peuples de la Gaule méridionale. Pour ne parler que de la région alpine, on les voit groupés en plusieurs grandes confédérations : les Allobroges, les Cavares, les Voconces, les peuples cottiens, les Salyens, les Albici, les Vediantii, etc. La zone d'influence de chacune est flottante : des Allobroges aux Cavares, des Voconces aux Caturiges, on ne sait pas exactement où se trouve la frontière. Mais c'est là, pour notre sujet, un ^point
Queyras, puisqne les mots Queyrières, etc., se trouvent souvent dans les Alpes Cottlennes, et se rapportent à coup sûr à des détails topographiques ? Du reste, ces noms de Quariates ne peuvent-ils pas, comme ceux de Albici, Alhiœci^ provenir de la nature des roches?
secondaire ; que les Segallauni dépendent des Allobroges ou des Cavares, que le Gapençais appartienne aux Caturiges ou aux Tricoriens, il importe peu. Ce qui est plus essentiel, c'est que les diverses confédérations, dans l'ensemble, sont bien distinctes. Il y avait là, du reste, des différences ethnologiques très prononcées : les peuples Cottiens, Médulles, Caturiges, Segusini, etc., étaient des Ligures; les AUobroges et les Cavares étaient des Gaulois. Il pouvait arriver qu'on étendît le nom de Cavares aux petits peuples gaulois riverains du Rhône et clients des Cavares, mais nul ne pensait à étendre le nom d'Allobroges aux peuples Cottiens, aux Voconces, aux Cavares. C'est de nos jours seulement que Ton a imaginé de transformer le nom d'Allobroges en une sorte de nom générique applicable à tous les montagnards. Ni Polybe, ni César, ni Strabon, ni Ptolémée, ni Pline, ni CicéroQ ai ses amis n'ys voient autre chose qu'un peuple bien déterminé, très distinct de ses voisins.
Tels sont, à peu près, les peuples de la Gaule narbonnaise et leurs frontières au temps de César et d'Auguste. Qu'y a-t-il là d'applicable à l'époque d'Anoibal?
Comme on peut le penser, les historiens qui, depuis deux cents ans, ont écrit sur Annibal, ne se sont pas Tait faute de jeter par-dessus bord les données géographiques qui les gênaient ; Marindin déclare inadmissible que la répartition des territoires gaulois ait été la môme en 218 qu'au temps de César ; et il était moins hardi, à coup sûr, de faire émigrer les AUobroges ou
les Tricastins que de détouraer le Rhône ou Tlsère. Nous avons expliqué dans le chapitre précédent pourquoi nous pensions que le Rhône et l'Isère avaient gardé leurs vallées respectives depuis le III® siècle avant notre ère ; il reste à montrer qu'Allobroges et Tricastins ont fait preuve de la même stabilité.
Les Phéniciens ont commencé à s'établir sur les côtes de la Méditerranée occidentale dès le XII* siècle avant J.-C, et leurs comptoirs se succédaient à intervalles très serrés depuis les colonnes d'Hercule jusqu'au pied de l'Apennin. On a retrouvé des traces de leurs établissements près du cap Cerbère, où le port consacré à Astarté, puis à Aphrodite, est devenu Port- Vendres; puis à Ruscino, sur la Tet, dont le nom semble être d'origine sémite ; au temple d'Astarté près de l'étang de Vendres (embouchure de TAude) ; dans l'île de Blasco (Brescou), près d'Agde ; sur la montagne de Cette, alors entourée par la mer; près de Maguelonne ; au temple de Melkarth, sur l'étang de Berre ; près du cap Couronne ; à Marseille et dans les îles Phœnice (Pomègues) ; à Carsici (Cassis), etc.
Les marins grecs qui leur succédèrent à la fin du VU'' siècle, après la décadence de Tyr, reprirent pour leur compte les établissements phéniciens, et en établirent d'autres, et quand, au VI® siècle, les Phocéens furent venus se fixer définitivement à Marseille, ils résolurent de garantir leur existence et leur sécurité en occupant, non seulement les ports maritimes, mais un territoire d'une certaine étendue autour de Marseille. Outre les comptoirs qu'ils avaient sur la côte, ils e|i établirent sur le Rhône et sur la Durance.
« Le territoire de Marseille, c'est-à-dire le pays qui en dépendait au temps de sa splendeur, par conséquent avant Teurrivée des Romains, s'étendait jusqu'aux Alpines et même au delà, puisque Cavaillon et Avignon lui ont été soumises (Artémidore, cité par Etienne de Byzance, qualifie chacune de ces deux villes de x6Xtç MxaaoikioLç), L'ancien nom de Thèlinè, donné à Arles par Festus Avienus *, est grec, et nous savons que des Grecs l'habitaient... Enfin, le mot Gretia de la table de Peutinger est comme un souvenir de l'extension du domaine marseillais sur la terre de Provence '.
Les dépendances de Marseille devaient être : les pays des Segobrigii, des Avatici, des Desuviates, des Samnagenses, des Cœnicenses et partie de celui des autres Salluvii, ce qui correspond à peu près au déparlement des Bouches-du-Rhône.
Les cités de Cabeliiôn (Cavaillon), de Thèlinè (Arles), à'Aueniôn (Avignon), de Rhodanousia et Beraclea (dans le delta du Rhône). Ces deux dernières villes avaient déjà disparu du temps de Strabon qai disait : « Il y a aussi des écrivains qui racontent qu'il y eut une ville appelée Heraclea près de l'embouchure du Rhône •. »
Les colonies marseillaises étaient : Hemeroscopion
* Ora maritima, 679-681.
i E. Dbsjardins^ II, p. 162.
* II est superflu de rechercher l'emplacement de ces deux villes, déjà disparues du temps du Strabon, et il semble que leur idenlificalion avec Saint-Gilles et surtout avec Beaucaire ne répond nullement aux expressions des écrivains anciens.
çt Emporioriy en Espagne ; Agaiha (Agde) ; Tauroentum, etc. Marseille avait aussi des comptoirs à Rhoda (Rosas), à Pyrénè (Banyuls), etc.
Il ne faut pas plus d'un siècle à Marseille pour disputer avec succès l'empire de la mer aux Phéni* ciens. Sa marine écrase celle de Tyr et de Sidon, et Thucydide célèbre ses victoires. Ses marins et son illustre savant Pythéas explorent l'Atlantique et les régions d'où vient Tétai o. Le commerce de la Gaule, par les voies de terre comme par TOcéan et par les fleuves, prend une très grande activité.
Les écrivains grecs du IV* et du III® siècle en indiquent les principales routes. Les campagnes de la Narbonnaise sont, à en croire F. Avienus, plus prospères dans ces temps reculés qu'elles ne le seront sous l'empire romain.
L'arrivée des Belges, au IV® siècle, clôt définitivement la [période des grandes invasions gauloises. L'occupation de la Narbonnaise par ces derniers envahisseurs, sous le nom de Volkes, achève de constituer la géographie politique de la Gaule méridionale ^ telle qu'on la trouve au III® et au II® siècle avant J.-C Les nouveaux arrivés ont établi leur domination sur des peuples ligures ou ibéro-Iigures, jB^^ryc^5, Ceretes, Sardanes, Elisyces, Umbranici, dont les noms figurent encore sur les descriptions et les cartes postérieures à l'ère chrétienne.
A partir de ce moment, il ne semble pas que les nations gauloises se soient déplacées, surtout dans la vallée du Rhône. Seules, quelques tribus helvètes ou
ftn CHAPITRE PREMIER.
germaines viendront s'établir en Gaule au I**" siècle, et leurs mouvements seront relatés avec soin.
Sous l'influence des Hellènes comme par le développement naturel de leur civilisation propre, les Gaulois s'apaisent et s'enrichissent. L'âge héroïque est terminé poar eux, et Henri Martin déplore leur corruption et leur Llècadence : « Du commencement du HI® siècle à la iin du second, la physionomie de la grande Gaule change peu à peu, surtout dans les régions du Centre
et du Sud. L'agriculture gagne du terrain; la
science religieuse et la valeur guerrière ne sont plus les seules forces sociales; l'opulence se fait place à cALé cr elles; de grandes richesses s'amassent dans
quelques familles, le faste déborde chez les
Gaels da Centre et du Sud Les aventuriers
erranls deviennent des agriculteurs. »
C'est alors surtout que se développe cette industrie gauloise dont nous avons essayé de donner une idée au commencement de ce chapitre, et c'est du IV* au l\^ sïfjde que l'on peut suivre l'évolution des monnaies gauloises, monnaies arvernes et allobroges surtout. Celle étude numismatique nous révèle la présence cooLiiiue d'un même peuple à Genève, à Vienne, à Grenoble durant cette longue période. Elle permet de tracer, comme on l'a vu plus haut, les courants d'influence commerciale et politique à travers la Gaule centrale» et l'histoire monétaire des Arvernes fait conmutre Tétendue et la persistance de leur dominalion. Le moyen de supposer qu'entre ces deux grandes nalions, Allobroges et Arvernes, les petits peuples de la valleo du Rhône vont s'agiter, émigrer et con-
quérir? Peut-être faut-il admettre un certain flottement dans les frontières, un déplacement des zones d'influence, des changements dans la constitution des différentes confédérations ligures ou gauloises; mais on peut affirmer que les Allobroges ne sont pas descendus de Chamonix à Vienne, les Tricastins de Grenoble à Montélimar pendant cette période. On a pu constater, du reste, par la seule disposition de leurs territoires le long du Rhône, bloquant les Ligures dans la montagne, que les Gaëls sont venus par les plaines, par le fond des grandes vallées, et ne sont pas descendus des sommets.
Les renseignements deviennent plus précis à partir de l'expédition d'AnnibaL Les Marseillais, alliés fidèles des Romains depuis plus d'un siècle, surveillent les populations riveraines du Rhône et de la Méditerranée, dont le sort intéresse les deux républiques.
Dès l'an 216, Cneius et Publius Cornélius Scipion portent la guerre en Espagne. Vaincus et tués en 212, ils sont remplacés par G. Marcius, puis par Claudius Néron, et enfln par le jeune Cornélius Scipion, qui rentre triompher à Rome en Tan 206. Vainqueur à Zama en 202, il réduit Carthage à traiter en 201. L'Espagne est organisée militairement parles Romains en 197, et ils y continueront la guerre contre les indigènes jusqu'à la prise de Numance (133) par Scipion É milieu.
A partir de l'an 206, l'assistance des Marseillais et de leurs colonies devient très active et essentielle pour les Romains. Ce sont les Marseillais qui assurent les communications de Rome avec l'Espagne, soit au
moyen de leurs navires, soit en surveillant les peuples de la côte et la voie Héraclée. On a dçs preuves nombreuses de l'usage que les Romains font de cette route : en 189, le préteur BsBbius se rend à Emporion par voie de terre ; attaqué et maltraité par les Ligures, il est transporté et soigné à Marseille, où il meurt. En 173, c'est le préteur Fabius qui tombe malade et meurt à Marseille, etc.
L'hostilité des Ligures finit par obliger les Marseillais à réclamer le secours des légions : en 154, une armée consulaire débarque sur la côte de l'Esterel, bat les Oxybii et les Déciales, qui menaçaient Antibes et Nice, et prend leur port ^Egitna (Fréjus ?).
C'est peut-être en 4 50 que Polybe, ayant accompagné Scipion Émilien en Espagne, traverse la Gaule et suit la route même par laquelle Annibal a marché sur Rome en 218.
Peut-on supposer que dans l'espace de soixante ans environ qui sépare le passage d'Anûibal et le voyage de son historien, la position des peuples gaulois et ligures se soit modifiée ? Polybe, si attentif à préciser les détails intéressants de cette marche ; Polybe, qui distingue avec soin les Allobroges des autres barbares, qui questionne les habitants sur l'itinéraire des Carthaginois et les localités où ils ont combattu, Polybe manquerait-il de signaler que les populations rencontrées et interrogées par lui ne sont pas les mêmes qu' Annibal a traversées et vaincues ?
Il est facile de supposer, à l'appui d'une opinion quelconque sur l'itinéraire d' Annibal, que les Allobroges sont descendus de la Maurienne sur l'Isère, les
Tricastins du Grésivaudao sur l'Eygues ; ou que les uns et les autres sont venus de la Durauce sur le Rhône et Tlsére ; mais, outre que de tels déplacetnetits n'auraient pu avoir lieu sans une guerre sanglante pour refouler ou exterminer certains peuples inconnus riverains du Rhône, c'étaient des événements trop graves pour ne pas avoir leur contre-coup dans la région marseillaise. Il n'y avait pas assez loin de Montélimar, de Valence même à Avignon, pour que l'apparition de peuples conquérants à Valence et à Montélimar se produisît sans inquiéter les Grecs établis à Avignon. D'ailleurs Polybe aurait-il pu traverser les Alpeî? en voyageur, au milieu de peuples en armes, dans un pays ensanglanté par une guerre de conquête? Il a, au contraire, circulé paisiblement parmi des hommes sédentaires, et il les a interrogés sur des faits dont leurs pères avaient été témoins soixante ans plus tùL Mais bientôt les Romains paraissent sur le Rhùrie. En 126, les Marseillais appellent les légions contre les Salluvii, les Vocontii, Le consul M. Fulvius Flaccus arrive en Tan 123, et les bat. Son successeur Sextius Calvinus continue aon œuvre Tannée suivante. Les Allobroges et les Arvernes manifestent leur hostilité en accueillant les chefs vaincus. Rome envoie aussi hU contre eux le consul Cn. Domitius Ahenobarbus, iiui passe la Durance, et rencontre les Allobroges sur TEygues (iStw/^ûw) à Vindalium {i2Z). Il leur inHige une sanglante défaite, mais il faut recommencer en 121. Le consul Q. Fabius Maximus écrase déQnitivement les Allobroges et les Arvernes sur Tlsère. C*csL vers cette époque que s'organise la Province romaine,
lis CHAPITRE PREMIER.
et que les Éduens contractent une alliance avec le peuple romain. Il ne faut plus songer désormais à aucune modification dans la géographie politique de celle région. Mais les Romains, qui se sont émus de Taccueil fait aux vaincus de 123, auraient-ils supporté bénévolement, dans les années précédentes, un mouvement oiïensif des Allobroges et des Tricastins? Personne ne le croira, et l'on n'admettra pas davantage que les nombreux historiens et géographes qui ont écrit de Tan 218 à Tan 125, et dont Tite-Live, après Timagène, résume les relations, auraient omis de mentionner des événements aussi considérables qu'une invasion des Allobroges dans la vallée du Rhône. II ne faut pias oublier que Strabon entre dans quelques détails sur la situation des Allobroges à cette époque : H Pour leur lutte contre les Romains, dit-il, les Allobroges rangèrent sous leur commandement les petits peuples voisins» en se plaçant eux-mêmes dans la clientèle des Arvernes* ». Aurait-il manqué de dire, s'il en avait eu Toccasion, que les Allobroges s'étaient d'aborrl rapprochés des Arvernes, et avaient quitté leurs repaires des Alpes Grées pour descendre sur le Rhône ?
A quelques années de là (109), survient l'invasion des Cimbres et des Teutons. Ils battent une première armée romaine sur le territoire des Allobroges, qui ne bougent pas. puis ils ravagent la Gaule. Une de leurs tribus (les Aduatuques) se fixe entre la Meuse et VEscaul; une tribu helvète, qu'ils ont entraînée, va
i IV, H.
s*établir sur la Garonne. Les auteurs anciens ont soin de signaler la formation de ces deux nouvelles « cités » dans la Gaule. Trois armées romaines sont encore taillées en pièces par les barbares, qui envahissent TEspagne. Pendant qu'ils y séjournent, Marins va les attendre au passage du Rhône, à Ernaginum (Saint- Gabriel) entre Tarascon et Arles. Les barbares viennent passer là, en effet, l'année suivante; il les attaque aussitôt après et les anéantit à Fourrières (102).
Quarante années s'écoulent, pendant lesquelles commence à régner la paix romaine, César ayant soumis toute la Gaule. Mais en l'an 63, les Allobroges se décident à secouer le joug. Les détails de cette dernière guerre sont assez intéressants pour que nous citions le texte de Dion Cassius, qui l'a racontée :
c< Les Allobroges ravageant la Gaule Narbonnaise, Caïus Pomptinus, qui y commandait, envoya ses lieutenants contre les ennemis tandis que lui-même, prenant une position convenable, observait les événements pour pouvoir, selon l'occasion et au mieux des circonstances, leur donner des instructions et des secours.
« Manlius Lentinus se porta sur la ville de Ventia et effraya tellement les habitants que la plupart s'enfuirent et que les autres demandèrent la paix. Ceux qui étaient dans les campagnes s'étant réunis pour l'attaquer subitement, il fut repoussé loin des murs, mais il pilla le pays en toute liberté, jusqu'à ce que .Catugnat, général en chef de toute cette nation, et quelques autres de ceux qui habitaient les bords de V Isère y vinrent à leur secours. Il n'osa pas, alors,
îCopposer à leur passage^ à cause du grand nombre de leurs bateaux, et de crainte qu ils ne se réunissent en voyant les Romains en bataille en face d'eux ; mais le pays devenait boisé à peu de distance de la rivière : il y prépara des embuscades et, surprenant ceux qui s'y étaient engagés, il les écrasa. Par malheur, en poursuivant des fuyards il tonçîba sur Catugnat en personne, et il aurait succombé si un violent orage n'<;tait venu tout à coup arrêter la poursuite des barbares.
w Sur ces entrefaites, Catugnat fut appelé loin de /d, de sorte que Lentinus se remit à courir le pays et enleva la forteresse devant laquelle il avait échoué : Lucius Marins et Servius Galba avaient passé le Rhône, avaient dévasté les terres des Allobroges, et étaient arrivés enfin devant la ville de Solonum ; ils s'emparèrent d'un poste fortifié placé plus haut, vainquirent ceux qui s'opposaient à eux, et incendièrent quelques quartiers de la ville, qui était en partie construite en bois. Ils ne la prirent pas, cependant, car Catugnat survint alors et le^ en empêcha.
« Alors Pomptinus, à cette nouvelle, marcha contre ce dernier avec toute son armée ; il investit tous les ennemis et les prit, à l'exception de Catugnat en personne. Le reste du pays fut alors aisément soumis *. »
On n'a pu identifier ni Solonum^ ni Ventia^ mais il résulte de la relation de Dion Cassius que Solonum était dans le pays môme des Allobroges, au nord de l'Isère et à l'est du Rhône; Ventia semble bien se
* Dion, 47.
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trouver au sud de l'Isère, car, après avoir parlé des peuples riverains de l'Isère, Dion dit que Lentinus n'ose pas les attaquer au passage du cours d'eau {'Rézx^q); le seul fait qu'il ne nomme pas ce cours d'eau fait penser qu'il s'agit encore de l'Isère. Certains historiens supposent pourtant que t:ô^x[lùç désigne ici le Rhône, bien que, quelques lignes plus bas, Dion parlant du fleuve pour la première fois, le désigne par son nom. Pour nous, c'est bien de l'Isère qu'il s'agit, et il en résulte que l'hégémonie des Allobroges s'étendait au sud de cette rivière. Dans l'opinion contraire, Ventia étant sur la rive droite du Rhône, il en résulterait simplement que les Allobroges possédaient des territoires sur cette rive, comme l'indique le tracé des limites du diocèse de Vienne.
Il semble bien que les opérations militaires ne s'expliquent raisonnablement que dans la première hypothèse : Pomptinus a envoyé le corps de Lentinus sur l'Isère par la rive gauche, pour appeler de ce côté l'attention de Catugnat ; cette diversion ayant attiré le chef allobroge au sud de l'Isère, le reste des troupes romaines en a profité sans perdre un instant pour passer le Rhône, prendre l'ennemi à revers et se trouver au cœur même du territoire allobroge. Si les trois corps de Lentinus, de Marins et de Galba s'étaient trouvés côte à côte dans le Forez, on ne comprend pas pourquoi ils auraient agi séparément ; Catugnat, vainqueur de Lentinus, n'aurait eu qu'à l'écraser, et se serait trouvé sur la ligne de retraite des deux autres, et près d'eux. Il part au contraire loin de /d, d'après la relation, ce qui ne s'explique qu'en supposant son
engagement contre Lentinus au sud de l'Isère, et Solonum assez loin au Nord, à mi-chemin de Vienne à Chambéry, par exemple.
Nous croyons donc pouvoir conclure de là que les Segallauni étaient alors soumis à l'hégémonie des AUobroges, et que la victoire de Pomptinus a eu pour résultat de les placer sous Tinfluence civilisatrice des Cavares.
En résumé, soixante ans après le passage d'Annibal, Polybe vient recueillir sur les lieux les témoignages des habitants, les traditions, et il ne donne pas à supposer que les peuples se soient déplacés dans ce premier intervalle. Il a dû rencontrer dans chaque vallée la tribu même qui s'y trouvait au temps de la seconde guerre punique, et il a traversé paisiblement toute la régio n. C'est alors que commence la conquête romaine : les moindres mouvements des Ligures, des Salluvii, des Voconces, des AUobroges sont observés et suivis sur-le-champ d'une intervention romaine. Les historiens ne nous ont pas laissé de description géographique de la Gaule à cette époque, mais leurs relations ne s'expliquent bien qu'en supposant AUobroges et Voconces dans les mêmes régions qu'au siècle d'Auguste, sinon plus au Sud, puisque les AUobroges viennent combattre sur l'Eygues. AUobroges et Arvernes sont séparés par le Rhône, et communiquent QU moyen d'un pont de bateaux.
Surviennent les Cimbres et les Teutons : on mentionne les tribus helvètes qu'ils ont entraînées, mais on ne dit rien d'analogue pour les AUobroges. Ceux-ci n'ont pas bougé, et jusqu'à César, la Province
pacifiée n'est le théâtre d^aucuoe migration nouvelle. Celle des Helvètes, provoquée par Arioviste, est maintenue par le proconsul au nord du Rhône, et reste sans influence sur la Province.
11 nous semble donc que la Gaule Narbonnaise s'est pacifiée progressivement du 1V« au 11® siècle av. J.-C. et que les déplacements de frontières y ont été insignifiants entre le passage d'Ânnibal et celui de César. Rien ne permet de supposer qu'en l'an 218 av. J.-C. les Âllobroges étaient en Maurienne ou à Digne, les Tricastins à Grenoble ou en Provence, les Voconces et les Tricoriens entre Gap et Briançon. De pareilles hypothèses ne reposent sur aucune présomption, et sont difficiles à concilier avec les quelques données positives que nous avons.
Prenons quelques exemples, qui feront mieux sentir la vérité qu'une discussion générale.
Tite-Live, on le sait, conduit Annibal dans « l'Ile », et place les Allobroges à proximité, puis dans l'intérieur de « l'Ile » ; non content de cette contradiction, il raconte que la colonne carthaginoise, tournant à gauche au sortir de l'Ile, passe chez les Tricastins pour longer ensuite les Voconces et se diriger vers les Tricoriens. C'est un itinéraire absolument incompréhensible si ces différents peuples occupent les territoires que nous leur avons attribués. Les historiens qui veulent suivre Tite-Live sont donc forcés de repousser les Tricastins vers Grenoble, les Voconces et les Tricoriens plus loin encore. Telle est, entre autres, la solution de Larauza :
« L'histoire des nations barbares, dit-il pour nous
y préparer, n'est que l'histoire de leurs migrations et de leurs déplacements continuels depuis leur première apparition, jusqu'à ce que des changements introduits dans leur manière de vivre parviennent à les fixer. Peuples pasteurs ou chasseurs, et partant essentiellement nomades, lorsque le besoin les pousse en avant, Us se jettent sur le premier pays qui leur oflfre des pâturages et des moyens de subsistance, et lorsqu'ils l'ont épuisé, ou que les productions du sol ne peuvent plus suffire à une population qui tend constamment à s'accroître, on les voit se répandre sur le sol voisin, s'en emparer, s'ils sont les plus forts, et réduire la tribu vaincue à aller elle-même chercher à s'établir ailleurs. »
Tout cela est vrai en thèse générale, mais ne s'applique nullement aux Gaulois du II® siècle avant J.-C. Le trop-plein de la population, depuis plusieurs centaines d'années, s'échappe régulièrement vers l'Italie, et non par nations entières, mais par détachements de tribus diverses. A partir du IV* siècle, époque où les Volques s'établissent dans la Narbonnaise, on ne voit se produire aucune migration d'un peuple entier. Les Celtes, comme les Ligures, ne tendent qu'à se fixer au sol conquis ; l'agriculture, l'industrie, le commerce étouffent l'esprit guerrier. Au II® et au I«' siècle avant J.-C, les migrations des Helvètes, où plutôt leurs velléités de migrations, sont les seules qu'on signale ; et durant cette période, les Marseillais et les Italiens ne cessent de parcourir la Gaule méridionale, dont l'histoire leur est connue. Tout changement important nous serait signalé. Imagine-t-on, du temps de
Polybe, ou après la conquête de la Province par les Romains, une migration générale des Tricastins, des Voconces et des Tricoriens depuis le Grésivaudan jusqu'aux rives de TEygues ?
Mais Larauza va plus loin, et, sans nécessité absolue pour la thèse qu'il soutient, il veut que les Allobroges se soient trouvés entre la Durance et l'Isère, tandis que les trois peuples précités habitaient le Grésivaudan, et il imagine un chassé-croisé à travers le Vercors ou la plaine du Rhône. Ainsi le flux des Tricastins, Voconces et Tricoriens aurait heurté le reflux des Allobroges, et aucune mention de ce choc colossal ne serait parvenue jusqu'aux historiens marseillais ou romains ? Cette rencontre n'aurait pas inquiété le peuple romain autant que l'accueil fait à un roi vaincu ?
Si l'on néglige Tite-Live, et qu'on veuille simplement plier le texte de Polybe à l'hypothèse qui place « nie » au nord de l'Isère, il faut rejeter le premier combat d'Annibal avec les indigènes jusqu'en Maurienne. Or, ce combat (Polybe le précise) est livré contre les Allobroges. C'est donc au moment où, d'après les géographes contemporains de César et d'Auguste, Annibal devrait pénétrer chez les Médulles, que Polybe le ferait entrer sur le territoire des Allobroges. Aussi quelques historiens admettent-ils simplement que Polybe s'est trompé ; les autres veulent qu'au temps d'Annibal, les Allobroges aient occupé la Maurienne, et non le Grésivaudan.
Polybe a parcouru l'itinéraire d'Annibal en l'an 160 ou ISO, et les Romains ont rencontré les AUo-
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broges surTEygues en 124-121. Dans cet espace de trente ans, les Allobroges seraient donc descendus de la Maurienne jusque sur le bas Rhône, sans rien écraser, sans rien refouler, sans donner lieu à aucune plainte ? Les Romains, qui les attaqueront bientôt sur le seul prétexte que les Allobroges ont accueilli un roi des Sailuvii^ n'auraient pas pris fait et cause pour les peuples riverains du Rhône ?
Dans ce qui suivra, nous supposerons toujours que les divers peuples gaulois: Cavares, Tricastins, Voconces, Allobroges, Tricoriens, occupaient sensiblement en 218 lès territoires qui leur sont attribués par Strabon, Pline et Ptolémée, et qui sont représentés sur la carte ci-jointe.
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