VIII
* On trouve au débouché d'un grand nombre de vallées, en Italie et dans la France centrale, des villes nommées Ocelum ou Ocela. On sait que le nom de Graia s'applique aux montagnes élevées, et notamment aux Alpes de Savoie, appelées par les Romains Al/ns Grata.
leur nom au moyen âge*. Les Graïoceli de César étaient donc une confédération dans laquelle entraient les Médulles,
Nous arrivons aux trois ou quatre peuples les plus difficiles peut-être à délimiter (à part quelques tribus alpines dont remplacement même est inconnu), les Voconces, leslconii et les Tricorii. Et par malheur, ce sont, après les AUobroges, ceux dont la détermination nous importerait le plus.
En ce qui concerne les Voconces, nous savons, par Pline, que c'était une confédération, et parmi les peuples qui en faisaient partie, il faut compter le^ Vertacomacori (habitants du Vercors).
Dans Tensemble, il n'est pas douteux que les Voconces occupaient le massif montagneux qui s'étend depuis risère jusqu'au mont Ventoux, c'est-à-dire le Vercors et les hautes vallées de la Drôme, de rEygues, de rOuvèze, alors fertiles : « les Voconces, dit Strabon, s'étendent jusqu'aux AUobroges, occupant dans le fond de la montagne des vallées considérables ^ et qui ne valent pas moins que celles occupées par ces derniers. » lis avaient pour capitales, sous l'Empire, Vaison (Vasio) et Luc-en-Diois {Lucus Augusti). Die (Deà) était aussi sur leur territoire, qui correspondait exactement aux diocèses de Die et de Vaison.
Cependant, à l'époque de Strabon, le territoire des Voconces s'étend jusqu'aux portes d'Embrun. Ce géographe, décrivant la route de Cavaillon à Briançon, dit que « du commencement de la montée des Alpes
* OSIANDBR, p. 117.
no CHAPITRE PREMIER.
jusqu'à Tautre frontière des Voconces, vers le pays de Coltiup, il y a 99 milles jusqu'au bourg d'Ebrodunum w et le chiffre confirme le texte*. Nous serions donc conduit à étendre la domination des Voconces sur tout le diocèse de Gap, et peut-être celui de Sisteron, mais d'autres documents nous ramènent à notre première opinion.
Il existait encore en 1790, dans les archives ecclésiastiques, les pièces d'un procès soutenu au VI* siècle par l'évoque de Gap contre celui de Vaison. Il revendiquait, comme successeur et héritier des anciens Tricoriiy un canton qui avait appartenu à ceux-ci et à leur Civitas, et que le diocèse de Vaison s'était annexé indûment. Or ce canton se trouve compris entre TEygues et l'Ouvèze : c'est le val de Saint-Jalle. Les Trieorii s'étendaient donc jusque-là, et les Voconces proprement dits ne sortaient pas des diocèses de Die et de Vaison.
Nous avons la certitude que les Trieorii étaient établis aux sources de l'Eygues ; mais jusqu'où s'étendait leur domaine vers le Nord-Est ? Ici, il est absolument impossible de répondre. Il est très probable, sincMi certain, que le diocèse de Gap est plus étendu que ne fut le territoire de ce petit peuple ; le Gapençais, en particulier, a dû faire partie du domaine des Caluriges, car, ainsi que le fait observer la Topographie des BauieS'Alpes, on ne peut séparer les régions de Gap, Chorges et Embrun, qui forment un groupe géographique bien défini. C'est seulement à la fin de
LA RÉGION RHODANIENNE AVANT LA CONQUETE. Ut
rEmpire romain qu'une limite a été tracée entre Gap et Embrun : d'après tous les itinéraires, c'est à Touest de Gap, au village de la Roche-des-Arnauds, que se trouvait un Fines; il était bien à la limite de deux régions naturelles, et marquait la frontière occidentale des Caturiges.
Il est assez probable qu'il faut voir dans le territoire ainsi séparé des Caturiges le domaine d'une de leurs tribus, les Avantici, dont le nom se retrouve dans celui de TAvançoo, affluent de la Durance; c'est précisément la vallée de l'Avançon qui constitue la région comprise entre les deux limites, et nous savons que les Avanlici ont été séparés du groupe cottien el annexés à la Gaule par Galba.
Nous sommes donc conduit à considérer les Tricorit comme un peuple assez important, établi au nord du mont Ventoux et dans la vallée du Buech, et client des Voconces.
Ceux-ci habitaient exclusivement le Vercors, le Dévoluy, et les vallées de la Drôme, du Lez et de l'Eygues.
Nous avons déjà cité les deux passages où Strahon nomme les Voconces, les Tricorii et les MéduUes. Rappelons-en les termes exacts, car en les reproduisant d'une manière approximative, comme l'a fait E. Desjardins (II , p. 2), on est conduit à d*assez grosses erreurs : « Les Cavares ont au-dessus d'eux les Voconces, les Tricorii j les Icom'i et les Médulles s», dit d'abord Strabon (IV, 1), ce qui conduit à placer les Iconii entre les Tricorii et les Médulles, c'est-à-rlire dans rOisans. On les confond alors avec les Iceni
(vallée d'Oz), ou du moins on admet que ces derniers en faisaient partie. C'est une pure hypothèse, mais elle est vraisemblable.
Plus loin (IV, 6), Strabon reprend : « Après les Voconces se trouvent les Siconii et les Tricorii\ que suivent les Médulles ». On a admis assez généralement que les Siconii et les Iconii étaient un seul et même peuple. C'est une opinion qu'on ne peut repousser absolument, mais qui paraît difficile à concilier avec l'ordre dans lequel Strabon énumère les quatre peuples. Peut-être vaut-il mieux admettre l'existence d'un peuple appelé Siconii dans la haute vallée de TOuvèze et sur le Buech *.
La disposition des lieux oblige à supposer que les Iconii ou du moins les Uce7ii étaient dans la dépendance des Allobroges, tandis que les Tricorii (et les Siconiiy s'ils ont existé) étaient clients des Voconces.
Nous avons encore moins de données certaines pour placer les peuples qui habitaient le bassin de la Durance, les Alpes Cottiennes et les Alpes Maritimes.
L'arc de triomphe de Suse nous donne l'énumération des peuples soumis au chef Cottius. Le Trophée de la Turbie, dont il ne reste que d'insignifiants débris, mais dont Pline a reproduit l'inscription, énumère les peuples alpins soumis par Auguste. 11 se trouve nalu-
* Nous avons vu qu'on avait admis de la môme façon, et à tort, l'identité de Aouspiwv et Aouspicov, parce que ces deux noms figuraient dans un môme chapitre.
rellement quelques noms qui figurent à la fois sur les deux listes. Les peuples du groupe cottien n'ont cependant pas tous été portés sur la liste du Trophée, parce que certains d'entre eux s'étaient soumis sans combat. Quant aux peuples qui figurent sur le Trophée, sans faire partie du groupe cottien, c'est qu'ils habitent en dehors de la région soumise à Cottius. Ces quelques observations sont tellement simples, qu'elles peuvent être jugées superflues; pourtant, faute d'en tenir compte, on a présenté souvent des identifications inacceptables.
Les deux listes sont les suivantes :
1* Arc de Siise (peuples du irronpe cottien).
Segovii.
Tebavii.
VenùanL
Segtuini.
Adanates,
'Jemerii,
Belaci.
Savincates.
Vesubiani.
Cûturiges,
Egdinii.
QwidiaUs.
MeduUt
Veamini.
trophée de la Tnrbie (peuples
EUplns soumis par i
Salassû
Nemaloni.
VergunnL
Acitabones.
Edenates.
Eguituri,
MeduUL
Esubiani,
Nematuri.
Ucenû
Veamini,
Oralelli.
Caturiges.
GaUitw,
Nerusi,^
Brigiam.
Triullati.
Velauni,
Sogiontii.
Ectini.
Suetri.
Brodiontii.
Nous trouvons d'abord, parmi ces peuples, les Salassi et les Medullt, qui nous sont connus (val d'Aoste et Maurienne).
Les Caturiges sont parfaitement déterminés : ils possédaient les villes de Catiirigomagus (Chorges) et Ehrodunum (Embrun). Les géographes et les historiens les citent, les itinéraires mentionnent ces deux villes, etc. On a donc sur ce point une certitude absolue. Ce qui est moins bien défini, c'est l'étendue de la zone soumise à l'influence des Caturiges. Si on les restreignait au territoire de Chorges et Embrun, on ne s'expliquerait pas Timportance que leur attribuaient les écrivains anciens : il faut donc supposer qu'ils dominaient tout le Briançonnais, hypothèse rendue très plausible par leur situation sur la Durance au débouché du Queyras et sur la route de Gap, la plus importante de toute cette région. La situation prépondérante des Caturiges a dû cependant leur être enlevée de bonne heure : déjà Strabon pousse le territoire des Voconces jusqu'aux portes d'Embrun; CoLtius n'est pas originaire de ce pays, mais de Suse, et Ptolémée place Briançon chez les Segusini, non chez les Caturiges. Plus tard, enfin, c'est au diocèse de Saint- Jean-de-Maurienne qu'on rattache Briançon, et le diocèse de Gap réduit l'ancien territoire des Caturiges à la banlieue d'Embrun.
Il y a longtemps que Ton proposait d'identifier les Brigiani avec les habitants de Briançon {Brigantio) et les Savincates avec ceux de Savines ; on supposait aussi que les Quadiates du groupe cottien étaient les habitants du Queyras. Ces rapprochements peu satisfaisants ont cependant reçu confirmation par la découverte aux Escoyères (vallée de Queyras) d'une inscription nommant les Brigiani^ les Quariates et les
Savtncates *. On peut donc placer presque avec certitude, les^W^tam à Briançon, les Savincates à Savine, les Quadiates ou Qtuiriates dans le Queyras, puisqu*ils doivent se trouver tous trois voisins de cette dernière région.
Trois peuples sont connus, également, parmi les derniers cités dans Tinscription de la Turbie : les Vergunni ont laissé leur nom à Vergons (au nord-esl de Castellane) qui s'appelait au moyen âge De Vergunnis. Les Nerusi habitaient la rive droite du Var prés de son embouchure; leur capitale était Vintia (Vence). Les Suetri habitaient Salinœ (Castellane).
Voilà où se limitent les données certaines dans cette identification des peuples alpins. Quelques-uns, cependant, peuvent encore être placés avec quelque con-
' Inscriptions des Escoyères :
QUARI