‹ Annibal en GauleChapitre 21 sur 44 · IV. — Polybe · texte numérisé non relu

IV. — Polybe

On trouve à tout instant dans Polybe l'affirmalion de ses devoirs d'historien, de son culte pour la vériléj etc. II va là un peu d'affectation, et ce ne serait

^ Il y a, entre autres, une preuve péremptojre ; P. Orose (TV\ \} dannG de la guerre contre les iîaulois cisaïpius un récit à peu près identique à celui de Polybe, et il déclare l'avoir copié dans Fabius. Polybe avilit donc, lui auâsi, suivi rhiâtonen latin de Irèïs prC'S, (Valeton, p, HO.)

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pas assez pour nous garantir qu'il tient tout ce qu'il promet ; cette préoccupation constante est pourtant de bon augure, et il est bien difficile de croire qu'il parlerait si souvent de la vérité, s'il ne la plaçait pas réeliement au-dessus de tout. Le caractère dei'homme et celui de l'œuvre sont plus faits encore pour nous rassurer : « Une justesse d'esprit peu commune dans son siècle et dans son pays, dit Gibbon, réunie & une sécheresse d'imagination qui y était encore plus rare, lui faisait facilement préférer le vrai, qu'il connaissait â fond, aux agréments qu'il méprisait d'autant plus

qu'il en était incapable Dans Polybe, tout est

raisonné, tout est simple et sans parure *. »

L'imagination est-elle aussi pauvre chez Polybe que Gibbon nous l'affirme? Il a une véritable faculté de reconstitution des scènes réelles dont il trouve l'indication brève ou faussée chez d'autres écrivains ; mais ce qui lui manque, incontestablement, c'est Timagination cr^^alrire. Il n'y a pas de grec moins apte que lui à être poète ou romancier.

Son mépris des « agréments » est extrême. Il faut voir comme il traite Phylarque, chroniqueur fort apprécié de son temps, mais qui a n'omet rien pour exciter la compassion du lecteur ; parle de femmes qui s'embrassent, de cheveux arrachés, de seins découverts; représente les pleurs, les sanglots des hommes, femmes, enfants et vieillards, enlevés pêle-mêle, etc.» ; tout ce mélodrame, cette émotion de pacotille, Polybe

' Gibbon, Mémoires, traduction française. Paris, an t, t. II,

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0e peut les soufifrir. C'est, selon lui, une « manière basse, efféminée, qu'il faut mépriser pour s'attacher exclusivement à ce qui coQstitue l'histoire et en fait toute Tutilité, , . , , Um faut paa non plus qu'un historien ait recours ^u merveilleux pour émouvoir ses lecteurs* ni qu'il imagjne des discguw qu'on a />u tenir. Il faut laisser tout cela aux poètes tragiques, et ^ borner à <:e q^i s'est vraiment dit et fwt, ai maigre que. ce soit en apparence. La tragédie et l'histoire ont chacune leur but, et ces buts sont très différents, La tntgédie doit provoquer l'admiration des spectateurs, leur procurer de^ impressions agréable? par des discours qui donnent le plus possible l'illusion de la vie ; l'histoire, au contraire, n'a qu'à instruire et à démontrer par des discours et des relations véridiques. La tragédie ne visaut qu'à divertir le spectateur, emploie* le faux sans scrupule, pourvu qu'il reste vraisemblable ; mais, dans l'histoire, il s'agit d'être vrai * » .

Polybe se montre plus farouobe encore, lorsqu'il reproche à Zéndn « de s'être beaucoup moins attaché à la recherche et à la filiation des événements qu'à Télégance et à la richesse du style. .... Pour moi, ajoute-t-il, je crois qu'il faut s'efforcer de donner à l'histoire tous les ornements qui lui conviennent, et qui la rendront plus utile en la faisant plus intéres^ santé ; mais un homme sensé ne doit pas faire de cela son objet principal, son premier but. Il y a, dans l'histoire, d'autres parties plus dignes d'attention, et où il est plus glorieux d'exceller. C'est du moins ainsi qu'en

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