H LE DES SAINTS-PÈRES
^WELLCOME INSTITUTE \ LIBPARY
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Les difformités extérieures les plus apparentes e.t choquantes de l'organisme humain ne sont pas celles qui préoccupent davantage leurs victimes ; les plus occultes et secrètes, cachées à tous les yeux, leur causent plus de souci. Ce sont les anomalies des organes génitaux. Un bel adolescent, bien développé, se présente avec un strabisme divergent de l'un de ses brillants yeux bleus déparant son timide regard ; au-dessous, la lèvre supérieure est légèrement soulevée par une dent œillère supplémentaire. Yient-il pour en être débarrassé? Non. « Il ne s'en inquiète guère. » Ces irrégularités ne l'ont pas empêché de faire déjà une conquête dont il est tout épris; son chagrin secret est de ne pas se sentir conformé comme Ses camarades dont il craint de ne pouvoir par-
fcager les «amours. Il a un phimosis ! et il vient de très loin pour en être opéré.
Rien ne tourmente plus les deux sexes, en secret, que ces malformations des organes sexuels et les irrégularités fonctionnelle- en résultant. Elles sont si fréquentes et variées, non seulement d'après leurs apparences, mais leurs manifestations lorsqu'elles sont cachées, que, sans être douloureuses, elles attristent et font plus souffrir moralement leurs victimes que les maladies mêmes de ces organes. On avoue celles-ci, spontanées ou acquises, pour y chercher remède et l'on fait mystère de celles-là. A qui s'adresser d'ailleurs? ce n'est pas une maladie. De là, le trouble et les atteintes fréquentes du système nerveux. En se rencontrant communément chez les névropathes des deux sexes, ces anomalies sexuelles en font en apparence de véritables fous, tant ils sont perturbés dans leurs idées, leurs désirs, leurs sentiments et leurs sensations.
Entre toutes les singularités et les perversions génésiques, provoquées et entretenues pinces nombreuses et diverses anomalies sexuelles, physiques el morales, la plus étrange et inexplicable est relie (pu prive les deux sexes,
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normalement conformés, du moins en apparence, du sentiment naturel de faire l'amour entre eux. Au lieu de ce désiï physiologique et moral qui les attire et les porte l'un vers l'autre en vue de la génération, pour la conservation de l'espèce humaine, ils en éprouvent un tout opposé : l'attraction et l'amour exclusif de leurs semblables.
Quelle plus affreuse et cruelle situation pour ceux qui — ressentant ces incitations sexuelles contre nature — combattent et luttent sans cesse pour y résister ! Torture morale et physique indicible, d'autant plus pénible que ers hommes-femmes et ces femmes-hommes sont parfois sans aucune difformité apparente ni appréciable. Leur imagination, leurs désirs, leurs sens seuls sont déviés, intervertis. Ils sont ainsi contraints et forcés de se mettre en révolte constante et ouverte avec leurs sentiments, sans pouvoir leur donner satisfaction, a moins d'être répréhensibles et en contravention avec les lois civiles et morales.
De là le secret, le mystère qui voilent cette anomalie nerveuse, dont la plupart des cas, surtout chez la femme, restent ensevelis dans le doute et l'obscurité. Quelques exemples,
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observés dans ces derniers temps par des médecins illustres de divers pays, ne permettent plus d'en nier la réalité. Elle est l'opposé du pseudo-hermaphrodisme réunissant les deux sexes à la fois, homme et femme, suivant la croyance populaire ; mais ses victimes ne sont souvent ni l'un ni l'autre et restent neutres par la difformité, l'exiguïté, la transposition et l'absence même des organes essentiels à des rapports normaux. L'insuffisance ou la neutralité de ces hermaphrodites les rend donc moins à plaindre que ceux-là. L'impuissance des uns, la stérilité des autres, sont aussi'plus supportables que cette interversion du sentiment erotique pour ses semblables. Toutes sont avouables comme altérations ou maladies, celle-ci seule ne l'est pas et ne laisse d'autre issue que l'onanisme solitaire ou à deux'entre personnes du même sexe, atteintes de cette perversion.
La publication de nos divers ouvrages sur Y Hygiène de la Génération les ayant répandus dans le monde entier, un grand nombre de personnes des deux sexes ont été amenées à nous consulter directement ou par corres-
pondance sur les diverses anomalies ou irrégularités se rapportant à ce sujet. Dès que cette faculté prééminente, la première de toutes, ne s'exerce pas normalement, chacun est disposé à s'en inquiéter ; la vie semble impossible sans son exercice régulier. Tardet-elle à se manifester au début, est-elle troublée, dérangée, affaiblie, instable ou pervertie dans son cours et surtout menace-t-elle de se perdre ? aussitôt on devient triste, inquiet, perplexe et chagrin . Dans le célibat, comme dans le mariage, qu'il s'agisse d'impuissance, d'onanisme ou de stérilité, on tient à savoir le pourquoi, plus que de toute autre maladie ou infirmité.
Beaucoup de personnes des deux sexes, plus d'hommes encore que de femmes, jeunes et vieux, de différents pays et de nationalités diverses, du nouveau monde et de l'ancien, m'ayant entretenu spécialement à ce sujet, un mot d'avertissementest nécessaire à leur égard. Ces consultants ne sont pas des malades ordinaires; au contraire, ils se proclament, tout d'abord, de la meilleure santé. Leur abord humble, timide, triste, gêné et embarrassé, montre qu'ils sont nerveux, déprimés et at-
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teints moralement. Incertains de ce qu'ils ont, de ce qu'ils veulent, ils sont indécis sur ce qu'ils doivent dire et faire, balbutient et ne savent pas s'expliquer nettement. 11 suffit qu'ils ne puissent vous voir immédiatement pour disparaître, sans donner ni nom ni adresse, et ne revenir ou écrire que des semaines, des mois et môme des années ensuite. L'un d'eux a attendu trois ans et c'était. . . un maire de village !
Il est indispensable de connaître les particularités de ces consultants pour en obtenir la vérité sur les détails du cas qui les amène, la plupart étant menteurs et dissimulés à cet égard, d'après leurs propres contradictions. A l'effarement de quelques-uns, l'air mystérieux, hésitant des autres, on croirait à l'existence d'un crime, à dévoiler! Ils s'informent préalablement tout bas si personne ne peut entendre ni entrer et réclament le secret. C'est en les rassurant doucement et en les tranquillisant par des questions détournées sur leur pays, leur contrée, leur âge, leur profession, leur état civil, ou l'exemple de quelque cas analogue à celui que l'on prévoit, qu'ils sont amenés ii parler plus librement de leurs peines.
leurs tourments, après l'exorde inévitable de la difficulté à faire cet aveu, cette confession.
Qu'il s'agisse d'onanisme, sous une forme quelconque, pédérastie ou sodomie, saphismes pertes séminales, érections lentes, insuffisantes ou prolongées, émission précoce ou tardive, impuissance ou stérilité, insensibilité ou défaut de fonctionnement, avec ou sans vices de conformation, jamais ils ne l'expriment franchement et simplement comme ils l'éprouvent. Les plus hardis et ouverts, s' expliquant sans ambages ni détours, sont souvent les plus vicieux; les simples emploient des mots couverts, des périphrases et des circonlocutions, sans tarir sur les détails insignifiants, en laissant dans l'ombre les particularités essentielles. On n'en saurait rien, si l'on n'y ramenait leur attention avec insistance pour connaître toute la vérité. Ils semblent môme la méconnaître parfois, l'examen des parties, révélant l'état exact, étant souvent contradictoire de ce qu'ils avançaient. Aussi, est-il presque indispensable.
Leur correspondance laisse ainsi beaucoup à désirer. Cependant les plus simples expriment souvent mieux la vérité de cette manière,
en révélant crûment leurs sentiments et leurs vices comme ils n'oseraient pas les avouer en face ; mais les lésions ou altérations locales restent ignorées. Et comme ils cachent ordinairement leur nom ou en prennent un autre, sinon des initiales ou un simple numéro pour adresser la réponse poste restante, on n'est jamais sûr d'avoir la vérité absolue. Un Iraitement suivi, persistant, est rare et difficile avec eux, s'ils n'en éprouvent un effet immédiat. Sans résolution ni volonté, ils retombent facilement dans leurs erreurs et leurs vices, les maslurbateurs surtout, et ils l'avouent avec la même simplicité qu'ils avaient mise à assurer du contraire. Aussi, la plupart ne reviennent jamais.
Comme les médecins, après une longue expérience clinique à l'hôpital, publient les plus intéressants résultats de leurs observations, il nous a paru utile de réunir les principaux faits recueillis au jour le jour, depuis une douzaine d'années, sur ce sujet peu exploré él mal connu des anomalies sexuelles. Leur fréquence, plus grande que l'on ne croit généralement, s'en dégage. Au lieu d'être spontanées,
originelles, isolées, la plupart sont accidentelles, voulues et consécutives à de mauvaises habitudes. D'où la distinction de l'impuissance et la stérilité curables en résultant avec l'impuissance et la stérilité réelles, absolument incurables.
L'intérêt de ces observations, souvent contradictoires, est donc évident. Tenues secrètes, iucounues du public et de beaucoup de médecins, ces anomalies mystérieuses sont encore pires que les plus apparentes. Être bossu, cagneux, borgne, myope et même bègue n'est rien, quand la faculté de se reproduire est intacte, bien que ce soit pour le plus grand malheur de la progéniture de ces infirmes, héritant parfois de leurs difformités. En ne permettant pas l'exercice normal et régulier de cette fonction de la reproduction, les anomalies sexuelles sont bien plus insupportables par l'impuissance et la stérilité qu'elles entraînent. Le suicide est ainsi fréquemment l'effet de la mélancolie et de l'hypocondrie qu'elles déterminent.
Montrer la fréquence de ces anomalies, afin d'en faciliter la connaissance Je diagnostic et la guérison ; prémunir leurs victimes contre 'les
conséquences fatales, en les éclairant sur la conduite à tenir pour s'en débarrasser, résister efficacement aux incitations perverses ou criminelles en résultant, tel est le but de ce livre. Il est le résumé et la conclusion des précédents, qu'il corrige et complète par les additions, les amendements et les rectifications que l'observation a permis d'y faire. Toute la précision voulue pour l'authenticité de ces faits privés est impossible, le secret professionnel s'y opposant. Les détails scientifiques et anonymes des dates, la profession, l'âge, la nationalité suppléeront à cette lacune sans trahir personne.