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DES ANOMALIES SEXUELLES EN GÉNÉRAL

Les caractères distinctit's, apparents et cachés, des deux sexes sont, règle générale, si différents et tranchés, opposés entre eux, qu'il n'y a pas lieu, à l'état normal, de les méconnaître ni de s'y tromper. La description figurée de l'appareil sexuel, faite dans nos ouvrages précédents, permet de lever tous les doutes et les incertitudes à cet égard. Le développement et le perfectionnement graduel de ces organes, leur fonctionnement naturel, physiologique et normal, chez les animaux et les végétaux — où il est facile de les observer, d'après l'exposition et l'analyse qui en sont faites dans la Génération universelle (1), — nous dispensent d'y revenir pourreconnaî-

(1) Un volume in-12 de 5G.J pages avec planches ; 2° édition augmentée. Puris, 188o. »

tre et apprécier les malformations, Jes irrégularités ou anomalies dont ils sont parfois le siège.

Une explication sur ce dernier terme, choisi comme titre, est nécessaire ici pour le faire bien comprendre. Très employé dans les sciences, il est à peu près inconnu dans le langage vulgaire par suite de son étymologie grecque. Formé de a privatif et de nomalos, régulier, il est synonyme d'irrégularité et s'applique ainsi grammaticalement aux verbes irréguliers. Il est même employé au figuré pour marquer les infractions aux règles établies dans les lettres et les arls, comme dans la société et les usages. « Les anomalies étouffent les règles» a dit M. Renan.

Dans l'ordre naturel , il désigne tout ce qui s'éloigne de l'état normal. Il sert même à indiquer en astronomie les distances fictives et irrégulières qui se rencontrent entre le soleil et les planètes sous leurs angles variés. Dans l'organisation végétale, tout ce qui s'écarte du type fixé par les botanistes constitue des anomalies et elles y sont si nombreuses qu'il a fallu les classer. Elles deviennent plus rares dans le règne animal, à mesure qu'il se perfectionne dans ses ordres, ses classes et ses espèces, en se caractérisant anatomiqucment par une particularité d'organisation ou de développement contraire à la règle ou au type. De là leur rareté chez l'homme.

En y comprenant toutes les altérations du type

spécifique, depuis la plus légère, inappréciable et cachée jusqu'aux plus graves et choquantes, comme lesmonstruosités, ces anomalies sont assez fréquentes. On admit, jusqu'au xvn8 siècle, qu'elles provenaient du germe; mais l'illustre médecin anglais Harvey, en découvrant la circulation du sang, fut le premier à considérer le bec -de -lièvre comme un simple arrêt de développement. Des expériences faites en 18J26, par E. Geoffroy Saint-Hilaire, montrèrent qu'elles pouvaient même être produites artificiellement. Elles ne préexistent donc pas à la fécondation; elles sont toujours accidentelles, jamais primitives, et résultent d'un arrêt dans la formation et le développement des tissus ou des organes. Quand un organe manque ou l'une de ses parties, c'est un arrêt de formation qui remonte toujours à cette période de la vie embryonnaire des premières semaines. Dès que l'organe existe avec des anomalies de forme, de taille ou de volume, de siège même, c'est un arrêt de développement qui peut se manifester avant comme après la naissance, jusqu'à l'évolution complète. Un grand nombre de monstruosités y sont dues et l'inversion sexuelle serait la plus épouvantable, si l'on pouvait s'assurer qu'elle en dépend. Un organe absent, comme le testicule ou l'ovaire dans l'appareil sexuel, ne peut donc donner lieu à un arrêt de développement.

Outre les anomalies par défaut de formation et de développement, il y en a aussi pat" excès d'organisation. Les nains et les géants sont les types de ces deux principaux caractères auxquels se rappor-

Lent toutes les anomalies de développement observées chez l'homme, malgré leur diversité. Ses organes génitaux en offrent particulièrement des exemples frappants par l'exiguïté infantile du pénis chez les uns, et son développement monstrueux chez d'autres. Tout en variant, comme la taille du corps, on ne saurait méconnaître que ces extrêmes disproportions ne constituent de réelles anomalies, nuisant essentiellement à la copulation ; les conditions opposées du vagin, en se rencontrant simultanément, ont même rendu cette fonction parfois douloureuse et impossible.

Toutes ces anomalies sexuelles, représentant un degré inférieur de la série animale, peuvent donc imprimer chez ceux qui les présentent des anomalies fonctionnelles analogues. On peut ainsi comprendre que certaines personnes aient les habitudes des quadrupèdes dans leurs rapports sexuels et en imitent la position. L'imperforation du vagin peut même faire recourir au coït anal, comme le célèbre exemple de Louis, relaté dans l'Impuissance, page 427, en est la preuve.

Ces dérogations à l'immuabilité ordinaire des lois de la puissance créatrice ou organogénie sont heureusement fort rares, exceptionnelles dans l'espèce humaine, particulièrement en ce qui concerne l'appareil sexuel. La constance, la stabilité de tes organes dans les (leurs les a même fait choisir au célèbre botaniste Linné comme base de sa classification des plantes. La réalité de leurs anomalies s'affirme par leur fréquence croissante, à. mesure que

l'on descend dans les espèces inférieures des végétaux et des animaux; lesquels ont ainsi, pour les besoins de la cause, plusieurs modes de reproduction, tandis que l'homme n'en a qu'un seul.

Mais ce serait une erreur de croire que tout se passe uniformément dans cette fonction; de nombreuses particularités se rencontrent comme en toute autre et peut-être plus fréquemment en raison de sa délicatesse et sa complexité à deux. Si les goûts diffèrent pour l'alimentation, combien ne sont-ils pas plus divers pour faire l'amour! L'heure et le moment, la position, la disposition d'esprit, l'âge même, varient à cet égard, surtout pour l'homme dont le rôle actif exige qu'il y soit bien disposé physiquement et moralement. A plus forte raison quand il existe des anomalies d'un côté ou de l'autre.

En étant plus ou moins marquées et apparentes, les plus légères peuvent paraître souvent sans importance, quoique déterminant des effets saillants- C'est une grave erreur de n'y pas attacher d'attention. Dès qu'elles s'écartent du type normal, toutes les irrégularités et les impressions, en plus comme en moins, méritent qu'on s'en occupe; les moindres causes, en tératologie, produisent parfois des effets considérables et, dans une fonction aussi prééminente et délicate que la génération, rien n'est à négliger.

L'anomalie n'est pas seulement dans les irrégularités physiques ou organiques, elle, existe aussi dans le moral, le désir et le sentiment; celles-ci, au point de vue sexuel, sont même plus fréquentes

l<j ANOMALIES SEXUELLES.

que celles-là. Pour le médecin appelé à en connaître intimement, à en recevoir le secret ou à les percevoir par les actes anormaux en résultant, elles sont très nombreuses et prédominantes. Si elles résultent parfois d'anomalies apparentes, comment les distinguer quand elles sont produites par les institutions mêmes: celles de l'armée, du célibat religieux, par exemple? La difficulté, l'impossibilité même d'en saisir et d'eu préciser l'origine, d'en fixer la localisation par leur instabilité, leur assignent seules une intériorité relative, en raison même de leur état latent.

Un grand intérêt s'attache, par là, à l'étude des anomalies spéciales de l'appareil génital des deux sexes. S'il est impossible d'en prévenir la formation, ni d'en empêcher le développement, jusqu'à la naissance, il n'est pas moins très utile d'eu connaître les effets ultérieurs, afin de s'opposer à leur accroissement et parer à leurs conséquences. En résultant d'une modification extraordinaire dans la formation des organes sexuels — qui les écarte du type de l'espèce dans leur conformation et leur fonction, par rapport à l'âge et au sexe — elles constituent des malformations plus ou moins locales, toujours susceptibles d'en gêner ou d'en altérer le fonctionnement normal. Fonctionnelles ou organiques, elles ne manquent guère, en retentissant sur le cerveau, l'imagination ou le moral, de se compliquer de mauvaises habitudes, d'incitations

perverses, de goûts bizarres, d'appétits et de sentiments contre nature, de maladies même. Cellesci les aggravent et, en les étendant et en provoquant parfois d'autres, les rendent fatalement incurables, alors qu'il est, en général, possible de les corriger au début.

Ces lésions ou des maladies locales secondaires, comme les troubles psychiques, doivent donc être confondues avec ces anomalies sexuelles et en dépendant, dès qu'elles coïncident ensemble. Chomel appelait ainsi anomales, toutes les lièvres qui s'écartaient du type fébrile. Ce titre peut aussi légitimement s'appliquer aux modifications produites sur ces organes par un fonctionnement irrégulier, des habitudes vicieuses et même des altérations des tissus. Sa signification équivalant à déviation, il s'adapte, mieux que tout autre, à l'appareil sexuel et ses dépendances physico-psychiques dont rien n'est fixe ni précis. Aucun appareil, dans l'organisme, n'a plus d'irrégularités, surtout dans son fonctionnement; chaque individu ayant ses particularités pour faire l'amour.

De tout temps, il y a eu des hommes efféminés, à la peau glabre, sans barbe, de même que des femmes à barbe, velues et aux formes hommasses. Si rares que soient ces types informes en Europe — où ils sont d'autant plus remarqués — il en existe des exemples. Dans certains cantons de la Suisse surtout, le signe masculin de la toute -puissance

manque assez souvent par simple hérédité, comme parmi la race indienne. Sans la distinction du costume, des Européens des deux sexes pourraient être confondus d'après ce signe.

En se rapportant à la sexualité, ces ressemblances extérieures constituent plus que de simples difformités esthétiques, ce sont de véritables anomalies sexuelles. Tel est le défaut, l'absence de seins apparents chez la femme, alors que des hommes jeunes les ont plus saillants, sensibles etmêmeérectiles au toucher. C'est toujours un signe de féminisme chez ceux-ci; il existe ainsi dans le pseudohermaphrodisme masculin, chez les anaphrodites et de nombreux masturbateurs. Il forme même le principal centre érogène chez quelques-uns. Leur défaut, chez la femme, suffit à éloigner l'homme, à le refroidir, quand ils ne sont pas excitables, au point de provoquer jusqu'à son impuissance. Aussi, celte anomalie est-elle soigneusement dissimulée, corrigée de part et d'autre. L'insensibilité de ces organes, normalement développés, aux époques menstruelles suffirait même à expliquer la stérilité, d'après un exemple. (Observation 8.) Elles ont d'ailleurs une autre gravité : c'est de permettre d'en faire soupçonner de plus cachées, en vertu de cette loi tératologique : un défaut physique ou organique n'existe jamais seul.

Nombreuses et variées, les anomalies sexuelles se rencontrent, en elfet, rarement seules, isolées. Physiques et morales s'engendrent réciproquement et existent souvent à la fois chez la même personne.

GÉNÉRA LIT É S .

L'une peut faire découvrir l'autre, quand elles sont solidaires. L'onanisme manuel, si commun chez les deux sexes pendant l'adolescence, se rattache souvent à des anomalies physiques et morales et en produit également comme les observations le démontrent. En s'éclairant ainsi, bien des contradictions apparentes s'expliquent et permettent de combattre efficacement ces anomalies.

Leur siège sur les organes génitaux, internes ou externes, est le plus dangereux. Congénitales, c'està-dire de naissance, les plus simples ont suffi à faire méconnaître le vrai sexe et enregistrer un garçon comme fille et réciproquement. En persistant du fait même de la loi jusqu'à un âge avancé, cette erreur entraîne les plus déplorables conséquences, signalées à Pseudo-hermaphrodisme.

L'excès de développement de ces organes et leur défaut de volume, en constituant de véritables monstruosités, provoquent aussi des perversions génésiques. Si les plus grandes variétés existent normalement, il y a des limites extrêmes, nuisibles à leur fonctionnement et pouvant même l'empêcher.

En troublant ou altérant le fonctionnement de ces organes imparfaits, incomplets ou déformés, ces anomalies physiques sontsurtout redoutables chezles nerveux, névropathes héréditaires, mal équilibrés, excentriques ou toqués. Autrement, elles retentissent toujours sur le moral, l'imagination et l'esprit de ceux qui en sont atteints. Leurs sens en sont souvent altérés ou pervertis, jusqu'à les faire douter d'eux et de leurs facultés génésiques. L'unique foyer érogène, chez

l'homme, caché sous un prépuce trop long ou absolument privé de cette enveloppe protectrice, perd toujours une partie de son exquise sensibilité érotique normale. A plus forte raison, s'il est mal formé, atrophié ou démesurément hypertrophié à la suite de mauvaises habitudes. Son insensibilité entraîne ainsi l'impuissance.

De là un retard, assez fréquent, de la puberté par cette lenteur, ce défaut de l'incitation sexuelle. Honteux de ces imperfections pbysiques, de leurs malformations, comme s'ils en étaient coupables, les individus atteints en restent timides et les cachent avec soin, en se croyant impuissants ou stériles et inaptes au mariage. Un grand nombre s'adonnent, dès lors, à la masturbation solitaire, soit par le fait même de leur difformité, soit en n'osant pas affronter l'essai de leur virilité. Les mieux doués, pour satisfaire leurs vagues désirs ou éclairer leurs doutes, ont alors recours à la prostitution; mais en échouant le plus souvent dans ces conditions détestables, filles et garçons perdent ainsi tout espoir. Les plus simples et timides passent dès lors leurs plus belles années dans l'isolement et la tristesse, la mélancolie, l'hypocondrie; les plus dépravés, dans la débauche, le vice et l'abjection. L'issue dépend de l'équilibre de leur cerveau.

Quoi de plus simple, en effet, pour un eufant intelligent et bien élevé, de se plaindre de ces vices de conformation génitale, dès qu'il s'en aperçoit ou lorsqu'il en est gêné, en souffre daus l'exercice de ses fonctions naturelles? Souvent, il serait pos-

sible alors d'y remédier, comme pour les autres difformités apparentes. Mais une pudeur mal entendue empêche beaucoup de parents de s'occuper de ces malformations génitales et d'y regarder; les enfants en ignorant souvent le danger, elles restent en l'état. D'autant plus qu'elles se rencontrent, de préférence, chez des sujets nerveux, privés de sens commun et de raison. De mauvaises habitudes, engendrées, provoquées par ces irrégularités de l'organisation, s'établissent ainsi dans l'enfance et, en affaiblissant la constitution, retardent l'évolution organique et surexcitent d'autant le système nerveux en troublant l'esprit et l'imagination.

N'est-ce pas là l'origine, le point de départ, dans un certain nombre de cas, de ces névropathies multiformes, ces névroses, dont la fréquence et l'intensité s'accroissent d'une manière effrayante chez les deux sexes? On n'en a pas tenu compte jusqu'ici, en les attribuant uniformément à l'hérédité et à la folie, sans rechercher si quelque anomalie organique ou fonctionnelle, dans l'acte de la génération, n'en pourrait expliquer plus rationnellement l'évolution. Le but de ce livre est d'éclaircir cette nouvelle étiologie et de la mettre en évidence à la lumière des faits.

Les anomalies de la sexualité ne siègent pas exclusivement sur les organes génitaux ; ou bien elles y sont à peine sensibles et peu dignes d'attention en apparence. Il suffit que les autres seùs soient

lésés ou altérés pour que leur intime relation physiologique avec l'appareil sexuel eu détermine la perversion. L'odorat joue un rôle prépondérant chez les animaux, et chez l'homme, d'après l'exemple célèbre de Henri IV, pour qui l'odeur puante des organes génitaux était un puissant aphrodisiaque. Qui ne connaît l'action réflexe du développement des organes génitaux et des fonctions de la génération sur les saignements de nez et la voix, lors de la puberté des deux sexes ? La voix mue, dit-on. L'ouïe même peut en être atteinte, et la connexité de ces trois sens, leur communication môme, les rend également solidaires des anomalies sexuelles, comme des observations en seront relatées. Il est démontré que l'onanisme manuel agit particulièrement sur ces sens, le nez surtout.

Quand l'hérédité nerveuse est bien établie par des tares cérébrales évidentes, des affections spéciales, il suffit de pousser les questions et L'examen pour en découvrir d'autres dans le sens et les sensations génésiques ou les foyers erotiques. Pour être commune à l'humanité entière, l'incitation érotique et le stimulant vénérien ne sont pas absolument identiques, uniformes. Tel excitant ou aphrodisiaque pour celui-ci est neutralisant, paralysant môme, pour celui-là. La prostituée en est un exemple frappant. Les plus grandes variétés régnent à cet égard, dans le goût et l'odorat notamment. Une foule d'autres particularités analogues existent sur l'Age, la ligure, la couleur de la peau, des cheveux, l'haleine, La taille, la maigreur, l'embon-

GÉNÉRALITÉS. 23 point. Ce sont là autant d'anomalies utiles à rechercher et à connaître pour déterminer les causes réelles des aberrations génésiques, au lieu d'invoquer invariablement un trouble de l'esprit ou des sens.

Considéré comme unique foyer érogène, capital chez l'homme, le gland est parfois nul et remplacé par d'autres que l'on ne soupçonne pas. Il en existe même de spéciaux à la femme. Les seins et le contact de la peau, surtout par l'abondance et le froissement des poils, ainsi que l'anus, y suppléent. La vue indispensable à celui-ci, le toucher à celuilà, ne sont parfois rien pour d'autres; le contact des lèvres, d'ordinaire si voluptueux, répugne même à quelques-uns ; l'heure, le moment du soir ou du matin, la position et l'endroit, sont aussi nécessaires, indispensables à d'aucuns. Que de secrets curieux, ignorés des médecins mêmes, les femmes galantes et les prostituées, ayant vieilli dans le métier, pourraient révéler à cet égard, si elles publiaient leurs mémoires !

Toutes ces irrégularités, au point de vue de la règle, peuvent résulter, à défaut d'anomalies ou de lésions apparentes, de la composition cellulaire de certains tissus ou de la nature chimique des liquides. Des recherches histologiques seraient nécessaires pour en juger, mais elles ne sont permises sur le vivant que chez les animaux. Les liquides de l'homme peuvent seuls être analysés pour en trouver la preuve.

Le système nerveux peut d'ailleurs être constitué anormalement lors de la fécondation et pendant la

grossesse. De même que des monstruosités apparentes sont produites à volonté chez les végétaux, l'homme en détermine de même chez les animaux. Le poulet peut ainsi éclore avec des difformités prévues, annoncées d'avance, déterminées artificiellement, comme l'a montré M. Dareste, en traitant expérimentalement l'œuf d'une certaine manière, durant son incubation. Des faits analogues ont été constatés chez la femme enceinte. II suffit qu'elle soit impressionnée défavorablement, surtout dans les premiers mois, pour que son enfant en porte les traces. Les organes internes sont ainsi anormalement conformés ; ceux de l'appareil génital y sont exposés comme les autres, en vertu de ces accidents tératologiques.

Si l'habitude, en pareil cas, est une seconde nature, on ne peut l'invoquer quand elle détermine l'impuissance absolue, comme des exemples s'en rencontrent. Ce ne sont plus, sans doute, des anomalies physiques ici; elles sont purement morales ou psychiques, comme on les appelle. Elles n'ont rien de matériel, mais elles sont rendues appréciables dans le système nerveux par leurs effets. D'où le nom de stigmates donné par les psychologues français à ces altérations latentes, imperceptibles, supposées, d'après les perversions et les inversions sexuelles en résultant.

Des hommes, sans difformité ni anomalie physique appréciable de la sexualité, avouent ainsi n'éprouver que de l'indifférence, de l'éloigni'mcut pour les femmes. Ils vivent au milieu d'elles, dans

leur compagnie, leur société, partageant leurs jeux et leurs plaisirs, la musique, la danse, la valse, la polka, c'est-à-dire dans les conditions les plus favorables pour en être excités, sans ressentir la moindre émotion, même à leurs avances, tandis que c'est tout le contraire avec leurs semblables. Un employé dans la nouveauté a fait comparativement cette épreuve décisive pendant quinze années consécutives, sans se livrera personne... qu'à lui-même.

Par horreur de ces sentiments contre nature, il en est qui, se faisant violence, sont entrés seuls, et le plus souvent avec des camarades, dans des lupanars pour s'éprouver. Ils ont toujours tristement échoué. 11 en a été de même pour d'autres rencontrant une occasion favorable de s'essayer. Ceux qui, jusquelà, ont été adonnés exclusivement à l'onanisme solitaire peuvent réussir exceptionnellement; mais ils éprouvent si peu de plaisir et tant de dégoût de ces essais, ordinairement laborieux, qu'ils y renoncent bientôt, en donnant la préférence à la compagnie de leurs pareils où ils trouvent plaisir et volupté. C'est une épreuve décisive d'inversion sexuelle, à une seule exception près. De simples anaphrodiles efféminés, aimant les femmes et se plaisant avec elles, sont susceptibles des mêmes échecs répétés, comme des exemples frappants en seront relatés à Anaphrodisie .

Le même fait est aussi confessé spontanément par des femmes à l'abri de toute pression ou accusation quelconque. Cet aveu leur coûte tant qu'elles

le font Loujours par correspondance, comme étant moins pénible. A en juger par le petit nombre de ces déclarations, l'inversion sexuelle semble plus rare chez la femme; mais sa retenue plus grande, son rôle tout différent et diverses autres causes, signalées plus loin, peuvent en cacher un certain nombre de cas. Il n'y a donc pas lieu de se prononcer à cet égard.

Toutes ces perversions sexuelles ne sont pas de la folie, puisqu'un certain nombre de leurs victimes ont la raison de les reconnaître et la force de ne pas s'y abandonner. Elles en gémissent, en souffrent; mais leur éducation — religieuse surtout — leur instruction et leur position sociale, leur donnent le courage de résister à ces incitations maladives jusqu'à un âge avancé. Une soupape de sûreté en est souvent la condition nécessaire, comme chez les religieux: la masturbation. Si elle se retrouve au début dans la plupart des cas et semble être parfois l'initiation de ces instincts contre nature, elle est toujours la ressource indispensable pour les cacher en les refrénant. L'homme se livre ainsi à lui-même au lieu de se donner à. d'autres.

La même chose se rencontre chez les femmes; mais la facilité pour elles de causer, travailler, se visiter, s'embrasser et vivre intimement ensemble, sans éveiller les soupçons, leur suffit parfois. C'est l'équivalent pour leur système nerveux de cette exonération. La preuve s'en trouve dans les tendres intimités qui s'établissent dans les internats entre les jeunes ii lies comme entre les garçons.

GÉNÉRAL fTÉS. 27 Avouées et reconnues plus tard en s'adressant au médecin, ces relations intimes ne lui sont confiées que par les souffrances physiques et morales résultant de cet état singulier.

Plusieurs de ces anomalies, il faut bien le savoir, en gênant les rapports conjugaux, en les rendant douloureux ou même impossibles, peuvent entraîner le divorce contre ceux qui en sont atteints. En déterminant l'impuissance ou la stérilité, elles constituent l'injure grave d'un époux envers l'autre, comme les excès et sévices. Et il ne s'agit pas seulement des plus graves, comme le pseudo-hermaphrodisme, l'inversion sexuelle entraînant à des pratiques contre nature, les plus simples en sont justiciables. Le phimosis chez l'homme, la chute de l'utérus chez la femme, ont suffi à le faire prononcer. Il y a donc lieu de réfléchir, pour quiconque en est atteint, avant de se mettre dans les liens du mariage.

Ces anomalies se divisent en deux grandes classes distinctes : organiques et fonctionnelles. Les premières sont externes ou apparentes, c'est-à-dire physiques; les secondes sont internes, occultes ou cachées. Ce sont les anomalies morales se décelant par des idées, des sentiments, des sensations et des fonctions irrégulières. Elles ont sans doute un substratum dans le sens génésique localisé dans le cerveau ou dans le centre génital qui anime les foyers érogènes et les centres erotiques; mais si

logiques et rationnelles qu'elles soient, ces relations ne sont pas démontrées; elles ne reposent que sur l'analogie et des probabilités. Ce sont de simples inductions.

Elles se subdivisent encore en locales et générales, spontanées, acquises ou provoquées, comme les anomalies morales surtout. Mais ces caractères distinctifs, en se confondant d'ordinaire, ne sont pas susceptibles d'être catégorisés et ne peuvent servir que dans les observations. Leur classification se limite donc à deux espèces, d'après les signes ordinaires qui les déterminent selon le tableau suivant.

Toutes les aberrations, dépravations, déviations et perversions génésiques observées coïncidaient avec une ou plusieurs de ces anomalies, seules ou associées. Loin d'être isolées, séparées, physiques et morales, apparentes et cachées, sont souvent réunies et si intimement confondues, qu'il est impossible de discerner leur prééminence et savoir quelle est la plus active dans les troubles génitaux. On les trouvera indissolublement associées ainsi dans maintes observations. L'action des premières est aussi positive que celle des secondes est problématique, et leur évidence même doit en général leur faire accorder la priorité. Mais les unes et les autres se liant très étroitement aux phénomènes morbides observés, il est utile d'en tenir également compte, sans pouvoir résoudre si elles sont causes ou effets. Les lésions physiques peuvent engendrer des troubles moraux, mais il n'est pas toujours permis d'y subordonner ceux-ci. Des

GÉNÉRALITÉS. 29 anomalies morales existent parfois isolément, en

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