‹ Anomalies sexuelles apparentes et cachées [electronic resource]Chapitre 31 sur 114 · PRIAPISME · texte numérisé non relu

PRIAPISME

sité sur le centre génital de la moelle lombaire, ces manifestations diverses sont plus ou moins accentuées ou nulles et se confondent souvent. Tandis que le priapisrae isolé paraît résider exclusivement dans une irritation de la moelle lombaire, l'érotomanie semble localisée dans le sens génésique du cerveau et c'est en réagissant l'un sur l'autre qu'ils se produisent simultanément. La paraplégie sera l'effet prédominant du premier, la manie ou la folie érotiqne celui du second. L'Observation 185 du vieux, célibataire anglais en offre l'exemple. Ce sont là des maladies graves dont il n'y a pas à s'occuper dans ce livre.

Le priapisme étant le type des anomalies de l'érection, il est utile d'en montrer le siège dans la moelle par quelques cas morbides. Les affections convulsives : hystérie, épilepsie, tétanos, le produisent au même titre que Faction bien connue de l'érection, exercée sur la moelle chez les pendus, et qui les distingue. La rage, dont le siège dans la moelle résulte des expériences de M. Pasteur, le produit de même, d'après de nombreux exemples. Il s'observe aussi spontanément dans la leucocythémie et l'anémie sans autre cause appréciable. Un exemple en a été constaté par M. Peabocly chez un cocher de vingt-huit ans. Le traitement est resté complètement inefficace. Ce priapisme est heureusement fort rare, car l'impuissance est la suile inévitable de ces cachexies.

Il survint subitement, sans autre cause appréciable qu'un grave refroidissement, chez un matelot

de einqunnie-cinq ans, père de douze enfants. Et comme preuve qu'il s'agissait bien d'une irritation de la moelle ou de ses membranes, tous les calmants et les sédatifs, internes et externes, furent sans effet, malgré le séjour au lit. L'iodure de potassium parut seul avoir un peu d'aclion sur sa diminution lente. {Lance t, mai 1887.)

172. Un dernier cas, recueilli aux Ktats-Unis, en montre encore mieux toute la gravité, chez un homme de cinquante-trois ans. Après de pénibles préoccupations, il tomba dans un état de prostration extrême, en septembre 1883. Il est pris alors de rêves érotiques et de pertes séminales, puis des érections fréquentes surviennent dans le jour.

11 voyage d'abord pour y l'aire trêve ; puis il abandonne ses fonctions pour se soigner. En janvier 1886, le professeur Charcot est consulté. Des douches avec strychnine et arsenic sont prescrites et produisent une amélioration momentanée.

Après avoir essayé tous les traitements possibles, et désespérant de sa guérison, il retourne aux Étals-Unis en juin 1887. Le docteur Burchard constate à son arrivée une émacialion avancée, sans affection cérébrale m médullaire. Pas de maladie des organes génito-urinaires. Les crises douloureuses d'érection ont lieu alors de trois à vingt fois par jour et durent souvent plusieurs heu res.

La glace est appliquée sur la colonne vertébrale au début des accès, avec injections sous-cutanées de morphine et d'atropine; si l'accès n'avorte pas, inhalations chloroformiques. Repos au lit. lait et peptone contre la dyspepsie.

Dans l'intervalle des accès, applications alternatives d'eau très chaude et très froide sur la colonne vertébrale; pointes de feu à plusieurs reprises. Lrgotine et strychnine à l'intérieur.

Quinze jours après, il n'avait plus que onze à douze crises d'érection, beaucoup moins pénibles, dans les

vingt-quatre heures. Bientôt, un jour se passe sans paroxysme, et 1 hydrothérapie est dès lors remplacée par les courants électriques continus. En trois mois, la guérison fut ainsi complète. Un tel succès se passe de commentaires.

De là les différences entre le priapisme essentiel, produit par une maladie de la moelle, entraînant le plus souvent l'impuissance à sa suite, et celui qui résulte d'abus et d'excès vénériens ou de lésions consécutives. Il n'entraîne ordinairement que des anomalies d'érection par excès disparaissant dès que l'on en fait cesser la cause.

Célibat prolongé . L'état anormal de vivre séparément, pour les deux sexes, n'est pas considéré généralement comme une anomalie. Il est devenu si fréquent, ordinaire, par le relâchement des mœurs, que chacun le prolonge à son gré sans y faire grande attention. L'âge légal de la majorité et du mariage n'est plus regardé que comme un minimum à l'usage des plus simples. La devise du positivisme moderne étant de s'amuser et jouir quand on est jeune, l'on en use et abuse jusqu'à extinction, et la plupart ne se marient ensuite que pour faire un établissement ou une fin.

Après l'ouvrage récemment publié sur ce sujet (I), mettant cette anomalie sexuelle en évidence avec ses conséquences, il serait superflu de s'y appe-

(1) Célibat cl célibataires sous leurs (liflcrenl.es formes; caractères, dangers et hygiène chez les doux sexes; un volume in-12 de 542 pages, Paris, 1887. Même librairie.

sanlir ici. Elle se démontre par toutes les irrégularités de cet état, surtout chez les garçons de vingtcinq à trente-cinq ans. La Vénus errante ou la prostitution, la débauche et le libertinage, la masturbation ne sont-ils pas les exutoircs ouverts à l'exubérance de leurs désirs et de leurs sens surexcités au début, avec le concubinage ensuite? En variant suivant le goût et le tempérament des individus, ces moyens, employés ensemble ou séparément, conduisent infailliblement à l'immoralité, la dépravation, les maladies, la ruine et parfois le crime. Les plus sages et réservés restent toujours plus ou moins entachés, tarés de ce faux ou pseudo-célibat, auquel il est impossible d'échapper pendant cette période d'exubérance de la vie et de la fonction génitale. Si quelques anaphrodites s'en préservent, c'est pour tomber encore plus bas, en se livrant à leurs semblables! Il n'est pas douteux que le célibat prolongé, indéfini, est, plus souvent que l'on ne croit, l'indice et môme le stigmate infamant de goûts contre nature, comme les exemples en seront relatés à Inversion sexuelle.

L'état célibataire paraissait ainsi plein de vices et d'inconvénients à Franklin. «. Le mariage, après tout, dit-il, est l'état naturel de l'homme. Un garçon n'est pas un être humain complet; il ressemble à la moitié dépareillée d'une paire de ciseaux qui n'a pas trouvé encore son autre branche et qui. par conséquent, n'est pas même à moitié aussi utile que les deux pourraient l'être ensemble. » Il a redit la même pensée, à quelques variantes près,

à toutes les époques de sa vie, avant comme après son mariage avec miss Read.

Le célibat de l'homme entraîne forcément celui de la femme et réciproquement; elle se trouve fatalement amenée par là aux mômes dépravations quand elle ne les provoque pas; elles sont inséparables de part et d'autre. Après avoir fait échec à la génération pendant ces années luxuriantes de la jeunesse et de la vie, semé des bâtards au hasard, provoqué à l'avortement ou à l'infanticide, beaucoup de ces vieux célibataires des deux sexes contractent tardivement des unions légitimes. Ils restent impuissants ou stériles par les reliquats antérieurs de leur commerce frauduleux : abus, excès ou maladies, quand elles ne sont pas violemment rompues par la séparation et le divorce. On s'habitue insensiblement à vivre libre, sans liens ni charges, quand on n'a pas éprouvé le besoin du mariage étant jeune, et l'on est d'autant moins enclin à le contracter et à s'y tenir en vieillissant. Le célibat prolongé devient ainsi souvent définitif. On finit comme on a commencé. D'où la décroissance de la natalité en France.

Dès qu'aucune cause absolue physique, psychique ni sociale ne s'oppose au mariage, après l'âge voulu et fixé par la loi même, il y a donc anomalie à ne pas obéir aux premières incitations sexuelles pour le contracter. Par cette infraction aux lois civile, physiologique et morale, qui sont les plus sûres garanties contre les entraînements, les passions et les folies d'une jeunesse inexpérimentée, on s'expose

de gaité de cœur à ses égarements irréfléchis et leurs déplorables conséquences. Le célibat prolongé est ainsi, comme le concubinage, la plus grave anomalie sexuelle par sa publicité, son évidence même et l'exemple funeste qu'il offre dans ses désordres et ses excès. Il l'est surtout chez la femme qui l'observe pour échapper à la maternité.

A cet égard, le célibat religieux, dans les pays catholiques, est d'un effet déplorable et pernicieux pour quiconque ne sait pas « qu'il est avec le ciel des accommodements ». Il trompe la jeunesse simple, ignorante, sur les lois immuables de Dieu et leurs exigences inéluctables. Si les croyances religieuses éloignent beaucoup de jeunes gens de la prostitution, elles ne sauraient les prémunir contre l'onanisme sous ses différentes formes ; les plus chastes en apparence, comme le simple frottement, étant parfois les plus malfaisantes. La connexité de ces deux états est si grande qu'ils se confondent souvent en coïncidant chez le même individu. Ils s'engendrent réciproquement : l'onanisme et le célibat sont presque inséparables. La vie religieuse et sacerdotale n'en préserve pas, comme nous en avons donné des observations personnelles dans le Célibat religieux, page 318. En cessant d'ailleurs, l'onanisme est fatalement remplacé par des pertes séminales.

En appliquant les lois de l'évolution de la vie humaine à la morale et la religion, pour condamner les institutions actuelles de l'enseignement en

France, le R. P. Didon se met en contradiction avec CPlIes de son Église dans son livre Les Allemands, a On viole, dit-il, une des lois de la vie, en n'élevant plus l'enfant religieusement, comme l'espèce humaine l'a été universellement au début de son expansion à travers les siècles; et cela, pour aboutir, par la suppression d'une des phases dans le progrès moral, à ce résultat fatal des vices et des monstruosités morales. » L'Église catholique, en instituant, au mépris de la tradition, pour maintenir sa hiérarchie, le célibat de ses ministres et des religieux des deux sexes, n'a-t-elle pas consacré une monstruosité plus abominable, en violant la loi naturelle et physiologique, universelle de tous les temps et de tous les lieux? D'où les désordres sociaux, les immoralités et les maladies en résultant, sans compter la dépopulation, indiqués au Célibat religieux.

« S'il restait encore à nos loyers, l'amour fidèle et le respect de la nature d'où sortent les familles nombreuses et les fortes races ! » ajoute le R. P. Monsabré. Et sans tenir compte des transgressions qu'ils y font eux-mêmes par leurs serments de chasteté, il poursuit : « Mais, hélas ! le monde a des pardons faciles pour les trahisons domestiques, et partout, des calculs d'intérêt ou des terreurs égoïstes étouffent la vie dans son germe ; au lieu de se réjouir, comme l'arbre fertile, de la multitude de ses fruits, l'homme se fait une gloire des retranchements sacrilèges qui appauvrissent sa postérité et dépeuplent son pays.

» Et cela parce qu'on veut s'épargner de la peine,

jouir promptement, jouir beaucoup et transmettre une existence facile à des enfants plus empressés d'être des viveurs que des travailleurs. Moins nombreux ils sont au partage, plus vile ils sont au plaisir. Ils y oublient le devoir, tuent les sentiments généreux et tarissent dans la débauche la vie qu'attend une autre génération.» (Une ville héroïque, Cbâteaudun.)

En admirant ces magnifiques formes oratoires dans leur discrète et chaste éloquence, nous devons remarquer que tous les arguments invoqués ont été scientifiquement exposés auparavant dans le Mariage, l'Onanisme et le Célibat.

De la part d'un pasteur protestant, escorté d'une nombreuse famille, ces accusations éloquentes auraient une grande portée ; par l'organe de célibataires religieux, elles se retournent contre eux et les condamnent. Si quelques prêtres et religieux catholiques ont lieu de se louer de cet état anormal, combien ses victimes sont plus nombreuses! Plusieurs nous ont ainsi demandé conseil sur les souffrances, les maux et surtout les perversions qu'ils en éprouvaient; les Observations 173, </92, 494 en témoignent. D'autres nous ont même félicité d'avoir aussi vigoureusement combattu cette abominable institution .

« L'Église elle-même reconnaît, dit un professeur de séminaire dans Saône-ct-Loire, par la bouche de ses orateurs les plus autorisés, que le célibat religieux, tel qu'il existe actuellement dans le monde catholique et romain, n'est pas d'institution divine,

mais ecclésiastique, c'est-à-dire humaine. Durant le carême de 1887, les auditeurs du Père Monsabré, à Notre-Dame, ont pu recueillir cet aveu de sa propre bouche. Ce que l'Église a établi peut donc être aussi aboli par elle, si elle le voulait.» Ceci, pour répondre au Non possumus.

L'un d'eux, sous le nom de Xénophon, nous demande même « de lui trouver un emploi quelconque pour sortir de ce célibat infernal, quand on n'en a pas les goûts. Mais je suis prêtre dans la Loire- Inférieure et ne puis en sortir qu'en changeant d'état . »

«Vous avez fait là, monsieur, écrit un autre, plus qu'un beau et bon livre , mais une généreuse action en plaidant une cause qui devrait être actuellement la préoccupation de tous les grands esprits et de tous les cœurs élevés. Vous désirez que le célibat religieux cesse d'être obligatoire pour devenir simplement facultatif. Et je trouve, moi, prêtre, que vous avez raison. N'y a-t-il pas contradiction de recommander le mariage et la génération, d'administrer tous les sacrements aux mariés, même l'Eucharistie, et d'admettre que ce qui est licite, permis et même méritoire, soit condamnable chez le prêtre? Est-ce que les œuvres de Dieu se détruisent et devrait-on sacrifier la morale et jusqu'au dogme à une simple question de discipline? Le célibat romain se réduit à cela, comme vous le dites.

» J'espère que, la science aidant, l'Église sera forcée, tût ou tard, de l'abolir. La lecture de vos ouvrages ne contribuera pas peu à établir ce courant

d'opinion parmi nos contemporains et je suis convaincu que si la grande majorité des prêtres de trente à quarante ans connaissait votre volume sur le Célibat il se produirait parmi eux une véritabJe révolution d'idées et de sentiments et qu'ils seraient les premiers à invoquer de l'autorité supérieure une modification à un état de choses qui les condamne, sinon à la honle et à l'infamie, du moins à l'impuissance et à la stérilité.

» Évidemment, on serait bien embarrassé de trouver dans l'Évangile un seul texte qui autorise ou qui condamne 30,000 hommes en France à garder la continence toute leur vie. Imposer une pareille obligation à des jeunes gens de dix-huit à vingtcinq ans est une grave responsabilité. Si des natures sont assez bien douées pour en supporter tous les inconvénients, dans la pensée d'être agréables à Dieu, j'affirme avec vous que la grande majorité de ces jeunes gens ne savent pas ce qu'ils font, ne se rendent pas compte de l'obligation qu'ils contractent, ni des inconvénients de tout genre qu'elle entraine. Nul mieux que vous ne fait ressortir ces dangers, sans être hostile à l'Église. Vous êtes, au contraire, un croyant et un homme religieux,... éclairé; vous voyez l'abus et vous le signalez avec grande raison en proclamant que le célibat, dans la plupart des cas, est l'annihilation de l'individu et la destruction de l'espèce. Qui- donc pourrait vous contredire ? »

Il serait superflu d'insister sur cette anomalie du célibat religieux et toutes les pratiques immorales

et les infirmités qu'il entraîna. Celles qui se révèlent, dans les observations suivantes, dévoilent clairement toutes celles qui restent secrètes et cachées. En le réprouvant aussi énergiquement, ceux qui sont condamnés à l'observer témoignent assez de ce qu'ils en souffrent et en ont vu souffrir. L'Église dite catholique maintient, néanmoins, toutes ses prétentions sur ceux qu'elle enrôle trop légèrement et indéfiniment sous ce joug, en ne voulant pas reconnaître la légitimité du mariage de ceux qui, ne pouvant le supporter, se séparent publiquement d'elle. Les enfants de tout prêtre marié sont toujours considérés comme des bâtards, sans droits sur la succession de ceux qui leur ont donné le jour.

Jusqu'ici en France , l'État subissait cette législation injuste et immorale de l'Église, malgré leur indépendance réciproque par la séparation du spirituel et du temporel. La plupart des prêtres mariés l'ont été à l'étranger, les officiers de l'état civil français refusant ordinairement leur ministère à cet effet, par crainte de les voir quitter l'autel en masse pour se marier. Heureusement, cette jurisprudence tend à se modilier, comme l'arrêt suivant de la Cour de cassation le fait prévoir.

Il s'agissait d'un héritage que des collatéraux disputaient aux héritiers directs: les petits-lils du défunt, en arguant que le père ayant été prêtre, son mariage était sans valeur et ses enfants sans droits. Rejetée par la cour d'Amiens, cette indigne réclamation a été portée devant la Cour de cassation qui en a fait définitivement justice. 1

Il est donc acquis aujourd'hui que le prêtre, quelle que soit sa situation vis-à-vis de l'Église, est pour la loi un homme comme les autres et jouit de tous les droits qui appartiennent aux citoyens français. Il a fallu un siècle pour en venir là, c'est beaucoup; mais enfin, mieux vaut tard que jamais.

L'unique avantage de ce célibat — et c'en est un réel pour les plus chastes — est la diminution graduelle de la virilité par son défaut d'exercice. Les érections s'atténuent et s'affaiblissent avant l'âge, en les refrénant par tous les moyens et surtout un régime sobre et un exercice fatigant. Ceux mêmes qui les entretiennent artificiellement sont frappés d'une impuissance précoce, comme en voici un exemple concluant. On peut taxer, presque à coup sûr, les prêtres qui les conservent jusqu'à l'âge normal, d'avoir enfreint leurs vœux.

173. Le curé d'un diocèse des environs de Paris, âgé d'une quarantaine d'années, vint en soutane, le 29 mars 1886, se plaindre d'être une victime de la masturbation. II l'a pratiquée toulc sa vie, et le défaut, l'absence même d'érection en résultant, il sollicite les moyens propres à la rétablir.

— Vous devriez vous estimer heureux d'êLre débarrassé à jamais, même malgré vous, d'une habitude si répréhensible à votre âge et déshonorant votre ministère.

— Au contraire, je suis plus tourmenté que jamais par les idées et les désirs vénériens. En ne pouvant plus me satisfaire ni m'exonérer, j'en ai perdu le sommeil, mes urines sont devenues mousseuses et mon teint blafard, mes yeux éteints me font craindre que l'on s'en aperçoive et que mes pouvoirs me soient retirés. 11 insiste pour que je lui prescrive des excitants.

— Non, monsieur le curé, tout cela est l'effet de vos mauvaises habitudes et je ne prescrirai rien pour les faire renaître. Ce serait vous être préjudiciable. L'aberration que vous montrez par vos demandes montre la perversité de vos idées et de vos sentiments. Je ne puis vous conseiller que des calmants, des grands bains, un travail fatigant, beaucoup d'exercice, de doux narcotiques pour favoriser le sommeil et prévenir vos rêves lubriques et salaces.

Il se retira très irrité, « n'ayant pas à m'occuper, dit-il, de son caractère et devant le traiter comme un laïque, sans m'inquiéter de l'usage qu'il ferait de ses organes. » C'était un Ibu ou un vicieux immoral et éhonté.

174. Un autre garçon, depuis l'Age de dix-sept ans, n'avait cessé de voler de belle en belle. Tout en ayant éprouvé quelques faillites accidentelles dans ses poursuites galantes, il était arrivé à quarante-cinq ans sans le moindre accident vénérien. D'artiste coureur, il était devenu employé rangé et tranquille après toutes ses frasques, lorsqu'il s'éprend d'une manière furibonde, absolument comme à vingt ans, d'une femme de vingtneuf ans, aussi nerveuse et hystérique que lui. Surexcité, exalté, dès ses premières prouesses, ce beau vainqueur sur le retour est bientôt affaibli, déprimé, énervé, et s'efforce en vain de se retrouver. Sa bonne santé apparente et tous les toniques, stimulants et excitants généraux, n'avaient pu le tirer de son état d'impuissance.

Il s'en étonnait et voulait essayer de la cantharide. Sur ma demande du récit de ses aventures galantes, il m'en fournit la cause dans le fait suivant, qui en offre le type. Je le laisse parler de son ton badin, accompagné d'un ricanement de satyre :

« J'éprouvai, de trente à trente-cinq ans, une passion aussi violente que celle-ci pour une femme qui la partageait de même. Elle mit pourtant une condition restrictive et expresse à nos relations: tout était permis (■titre nois, moins le coït. De longues heures se pas-

saienl en attouchements, baisers, parloul el sur tout, avec masturbation réciproque, jusqu'àobLenir le spasme désiré. Ce manège onanislique dura des semaines et des mois, tant que la satiété, naissant de part et d'autre de ces bacchanales de l'amour :

Le combat cessa, faute de combattants. Ces fraudes sont la plus fatale manière d'amener rapidement l'impuissance par le trouble el la perturbation du système nerveux cérébro-spinal. La réalité de cette cause, en ce qu'elle a de plus obscur, est mise en évidence par l'exemple suivant :

175. Garçon de quarante-sept ans, grand et bien l'ait, qui s'en donnail trente par sa tenue de jeune homme et son air minaudier. Fils unique, riche, avec les dons de l'instruction et l'éducation, sur lesquels il insistait avec complaisance et infaluation, il n'avait jamais eu qu'une maîtresse. C'était une jeune femme mal mariée à un vieillard. L'ayant trouvé à son goût, elle le choisit pour amant, à vingt-trois ans, et le dressa si bien, novice qu'il était, pour ne pas avoir d'enfant — ce qui eût été la ruine de leurs amours — qu'elle réussit à le garder jusqu'à quarante ans passés. Une chambre meublée servait à leurs rendez-vous et il fut ainsi soumis, pendant vingt ans, à toutes les ruses, les fraudes, les tricheries el les abominations imaginables. De là sa vie régulière, disait-il, comme celle d'un homme marié, car sauf quelque- lilles galantes qu'il se payait au besoin, il n'avail pas commis d'autres infractions.

Le départ de celle femme à l'étranger le lai-sa complètement impuissant près des autres. Sans être resté sous le charme du souvenir, il n'était i ullement impressionné par une étrangère. Les lilles assez complaisantes pour l'exciter manuellement pouvaient seules tirer ses organes de leur torpeur habituelle, avec l'apprêt d'un bon souper et les aphrodisiaques obtenus de charlatans spécialistes.

Malgré sa belle apparence, l'examen décela de petits testicules, mous cl variqueux, ainsi que les cordons,

un sperme clair et 1res fluide. Il réclamait des aphrodisiaques dont il avait déjà abusé et un traitement excitant et tonique lpcal pour se marier avec une tille unique de dix-sept ans qu'il courtisait... pour sa dot de douze cent mille francs. 11 n'avait plus qu'à dire oui et sa vieille mère, dont il était l'unique rejeton, le pressait de lui donner des petits-enfants avant de mourir !

— Vous n'êtes pas en état de contracter cette union, lui dis-je, votre virilité chancelante et incertaine s'y oppose; elle présente des dangers de toute sorte dans le présent et dans l'avenir, d'après votre propre exemple.

Il en était d'autant plus menacé qu'il avait échappé à ce ci-devant beau et fat de dire, comme preuve de sa beauté d'autrefois, qu'un homme lui ayant passé galamment le bras sur le cou pour l'embrasser, l'érection s'était produite instantanément.

Les autres observations relatées dans le Célibat, page 167, seraient superllues ici; mais cette action nocive des fraudes sur la virilité est encore plus évidente dans le fait suivant:

176. Officier du génie, brun, grand, fort et vigoureux, âgé de trente ans. 11 accusait une impuissance complète depuis deux ans, sans érection ni nuit ni jour, malgré les fréquentes occasions de la provoquer. « Je suis absolument en parfaite santé et aucun excès, ni blessure, ni lésion ne peut l'expliquer, dit-il, en m'abordant d'un ton nerveux. Avez-vous un moyen spécial? car j'ai déjà vainement eu recours aux plus usités.

— Pardon, monsieur, il doit y avoir une cause très manifeste pour expliquer un effet si extraordinaire à votre âgo et dans votre état de santé. Veuillez bien me raconter les péripéties de votre vie galante.

— Ce serait inutile. Aucun abus d'onanisme manuel; excès vénériens après mon bachot pendant huit jours. Une liaison amoureuse s'établit à ma sortie de Sain t- Cyr avec une jeune parente que je devais respecter, ne pouvant l'épouser. Après cinq à six ans de séparation,

je la retrouve mariée avec enfants. Les relations tic famille, en nous remettant en présence, ravivent noire amour non éteint et des intrigues s'établissent clandestinement en voiture. Pendant quatre à cinq mois de séjour, nous passions deux, Irois et quatre heures ensemble, plusieurs fois par semaine, dans une érection continue, incessante, par toutes les caresses réciproques imaginables, avec des pollutions spontanées, le coït étant absolument défendu.

L'impuissance survint après la séparation et résultait sans doute del'énervement local par ces érecLions artificielles prolongées et sans issue naturelle. Impossible de lui donner une autre interprétation con-lirmée par les faits suivants :

177. Après de longues intrigues avec une femme mariée, un garçon de viugt-huit ans a un enfant avec elle. 11 est frappé du chagrin de ne pouvoir le reconnaître et son désespoir le pousse à quitter la France et à fuir dans l'Amérique du Sud. Ingénieur, il est exilé dans les mines argentifères pour diriger les travaux : éloigné ainsi de tout centre de population, il est ordinairement forcé à la continence. Des pollutions nocturnes s'établissent et deviennent de plus en plus fréquentes, au point de les prendre pour la spermalorrhée. A son retour en France, dix ans après, il vient, le 20 août 1887, s'accuser d'être atteint d'une grande paresse génitale qu'il prend pour de l'impuissance. .Néanmoins, il a encore parfois des érections spontanées et a pu exerce)' le coït à de longs intervalles. 11 e.-t triste, inquiet, mélancolique, et demande s'il peut.-e marier.

— Le fonctionnement régulier de vos organes, dans lu paix et la sécurité du foyer domestique, est le plus sur moyen de rétablir votre virilité affaiblie par un célibat si prolongé. L'hydrothérapie vous y préparera avec des lavements froids à garder la nuit.

178. Le 20 novembre 1888. se présentait un homme, grec d'origine, petit et sec, grisonnant, venu tout jeune a Paris pour ses éludes cl ne l'ayant jamais quitté. Tout

en ayant atteint le cap de la soixantaine, il vient de se marier avec la fille d'un ami, âgée de vingt-quatre ans à peine. En le flirtant sans doute pour sa fortune, elle l'avait persuadé de l'épouser. Flatté d'une si grande faveur, il s'était laissé faire, se croyant encore très gaillard, d'après sa vie de garçon, passée en grande partie comme l'amant de cœur de la maîtresse d'un célèbre1 anglais, riche et vieux.

Marié depuis six semaines, il élait tristement déçu et très accablé. Sa jeune femme n'avait pas voulu d'abord se laisser approcher, sous prétexte de douleurs, de souffrances et, malgré ses érections eL son expérience, il n'avait pu consommer son union. Enervé par ses tentatives répétées et frustes, il n'était capable de rien par la chute des érections, leur mollesse et il réclamait des aphrodisiaques pour obtenir au moins un succès.

— Impossible, monsieur, de vous satisfaire; il peut y avoir obstacle chez madame par vaginisme ou autrement. Un examen préalable est indispensable.

— Ma femme ne veut se laisser examiner pour rien au monde.

Je conseillai l'hydrothérapie et la conlinence en faisant deux lits, comme moyen de faire peut-être capituler madame. Il sortit désespéré.

Un mois après, il venait m'annoncer l'insuccès. Une sage-femme distinguée avait procédé à l'examen sans trouver aucun obstacle. La soumission de la femme était complète; seul, le mari avait des érections, mais dès qu'il voulait en user en changeant de lit, elles tombaient au moindre essai, surtout « par les reculades de sa femme, malgré l'exiguïté relative du pénis. » Je lui donnai une potion cantharidée et depuis je ne l'ai plus revu.

La différence de ces orgies du pseudo-célibat entre les deux sexes avec les douceurs et les bienfaits du mariage, par la légalité et la régularité des relations, suffit à en montrer l'anomalie. De ses conséquences même résulte sa prolongation engendrant

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fatalement à son tour l'anaphrodisie, comme elle conduit au célibat.

L'habitude de la masturbation solitaire, persistant après la puberté et coïncidant avec le célibat des garçons, est aussi périlleuse que les abus vénériens, comme on l'a vu précédemment. La facilité de s'y livrer et le secret qui y préside chez les deux sexes produisent des effets désastreux. En devenant plus fréquent avec l'âge, cet abus de soi-même affaiblit, efféminé, isole, intimide, trouble les sens et pervertit les sentiments par son action sur le cerveau et la moelle. D'où la diminution des forces, l'affaiblissement des facultés, la lenteur, la paresse ou la chute des érections, les pertes séminales involontaires et toute la série des accidents constatés par les faits précédents.

L'impuissance en est souvent la conséquence en s'essayant au coït, surtout si ces jeunes gens affaiblis, déprimés, ne sont pas aiguillonnés par une amourette. Ce résultat est fatal en s'adressant passivement à la Vénus errante ou au gros numéro, par le défaut d'impression érotique, la perturbation de leurs pensées et la perversion des organes. Que de garçons de vingt à trente ans sont venus tristement m'anhoncer leurs échecs dans ces conditions !

C'est pis encore s'ils se marient ou contractent une liaison passagère sans avoir réalisé un coït régulier. L'onanisme vulvo-vaginal qui s'ensuit com-

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plète l'impuissance anaphroditique de ces individus. (Observations 29, 42 et / U.)

Il est facile de justifier ce pronostic par des exemples convaincants. Les précédents montrent que, de seize à vingt ans environ, le jeune homme fort et robuste a des désirs vénériens exigeants qui ne le laissent guère maître de lui. Si par timidité, conviction religieuse, crainte des maladies vénériennes, les prostituées et les femmes libres, galantes, le dégoûtent ou lui font horreur, il est fatalement entraîné à la masturbation, sinon condamné à des pollutions involontaires, non moins dangereuses. Livrés séparément à eux-mêmes à cet âge, les deux sexes s'isolent au lieu de se rechercher, se fréquenter. Les réunions publiques ou privées où ils se rencontrent sont sans attraits, en les distrayant de leurs pensées lubriques ou leurs mauvaises habitudes. Tout ce qu'ils y voient les condamnent et ils y renoncent de bonne heure. Ils préfèrent rester seuls ou se promener dans la campagne, et se désintéressent graduellement ainsi du sexe opposé. Ils évitent réciproquement de se trouver ensemble par le défaut de plaisir et n'ayant rien à se dire. Beaucoup persistent de cette manière dans le célibat.

179. Un employé du Havre, célibataire jusqu'à trentehuit ans — retenu sans doute par sa mère malade avec laquelle il vit seul et dont il est l'unique soutien — annonce , le 2 septembre dernier, que depuis bien des années déjà, il s'est aperçu que ses forces viriles diminuaient rapidement: la lecture de Y Impuissance physique et morale l'a seule porté à s'en occuper.

11 ne peut attribuer sa faiblesse qu'à des abw prématurés. Lesquels? C'est probablement la masturbation, comme on la désigne ordinairement. 11 est délicat, et son estomac paresseux empêche tout extra. La moindre fatigue le fait transpirer. Ses urines, quoi|ue mousseuses, ne contiennent ni albumine ni sucre à l'examen. Mais il a des hémorroïdes et une varice l'obligeant à porter un bas lacé. C'est donc évidemment un garçon peu robuste et dans une mauvaise condition d'hérédité.

Voici la question posée : Y a-t-il possibilité d'une guérison complète sans excitants et par un traitement secret, ne voulant pas inquiéter ni tourmenter sa mère en l'exécutant? Il n'y avait qu'à refuser toute prescription dans ces conditions. Les hémorroïdes contre-indiquant l'emploi de la voie anale, j'ai simplement conseillé l'usage de Pélixir de Garus, additionné de la teinture de noix vomique et de seigle ergoté à très faible dose, en attendant sa visite. Un mariage ou des relations sexuelles régulières et normales sont évidemment le meilleur traitement en pareil cas En voici la démonstration péremptoire.

180. Un célibataire de trente-deux ans, associé d'une fabrique de produits chimiques à Florence, demandait, le 24 juillet 188(5 — avec ses plus chaudes congratulations pour l'Impotensamaschilc efemminile, dans la langue harmonieuse et intraduisible de la Divine comédie — des renseignements sur le congesteur Mondât et son usage. Atteint de faiblesse virile depuis sa première jeunesse, par lenteur et défaut d'énergie de l'érection, il n'a que de rares désirs vénériens. Le pénis est comme frappé d'atonie quand il couche — accoslo — pour la première fois avec une femme. La crainte, le respect ou d'autres sentiments importuns l'empêchent ainsi de pouvoir ac-

complir la copulation. S'il roussit, après bien des préliminaires, à réaliser ce premier congrès — amptesso — l&s suivants seront plus faciles, malgré la difficulté d'intromission par la lenteur de l'érection. Autrement, santé parfaite, tempérament lymphatique, excessivement impressionnable et nerveux. Peu de masturbation dans la jeunesse et jamais d'abus sexuels ni de maladies vénériennes. Organes bien conformés.

L'instrument demandé n'étant plus depuis longtemps dans le commerce et aucun succès n'en pouvant être promis, surtout pour une prise de possession, je conseillai simplement Je mariage comme le meilleur et le plus sûr moyen de se guérir de cette anomalie. Enchanté du conseil, l'Italien répondit aussitôt que je ranimais son espoir. C'était précisément pour son prochain mariage qu'il avait fait la demande, afin de ne pas rester en affront la première nuit de ses noces. Il ignorait la fréquence de ce fait, sans qu'il y ait lieu d'en être honteux. Son anxiété, extrême à cet égard l'amena celte fois à dire toute la vérité.

Il épousait, au commencement de septembre, une jeune veuve dont il était éperdument amoureux et l'on était au 12 août. Gomment, dans ce court intervalle, le rendre capable de montrer la vaillance nécessaire dans les fonctions génératrices ? Pour lui indiquer le moyen de réussir avec certitude, il jugeait indispensable de décrire minutieusement tous les symptômes de son infirmité. En admettant avec moi que son extrême impressionnabilité était la principale cause de sa faiblesse génitale, celle-ci était organiquement démontrée par la lenteur des érections.

« Une continence de trois mois n'a pu ainsi les faire apparaître spontanément. Si impérieux que soit le besoin de la nature, elles sommeillent, excepté au printemps dernier, quelques réveils ayant eu lieu. Néanmoins, il a toujours fallu recourir à l'exaltation de l'imagination, aux caresses et aux excitations de la femme. Pour mieux préciser ma virilité, il arrive qu'en allant voir une ancienne connaissance, jamais l'érection n'est spontanément subite, il me faut toujours être excité par la vue de ses formes mises à nu, des attouchements et des caresses ; l'érection n'est suffisante pour la copulation que dans ces conditions physiques et morales. Dans l'impossibilité de les réaliser la première nuit de mon mariage, mon courage diminue et, au lieu de la joie, c'est avec une terreur croissante que je la vois approcher ! Comment, avec une jeune femme que j'aime et estime immensément, implorer d'elle ces excitations et ces attouchements la première nuit pour accomplir la copulation? Il est donc indispensable que je trouve en moi la force nécessaire pour réussir. Et réussirai-je ???! Ces idées fixes me martellent nuit et jour le cerveau comme un clou et je crains d'en perdre la raison.

« En me promenant à son bras, des érections incomplètes ont parfois eu lieu instantanément. Et tandis qu'au printemps, je m'éveillais le matin en érection, il n'y en a plus trace actuellement. En un mot, absence complète de désirs vénériens. 11 me serait possible de rester des mois et des mois sans sacrifier à Vénus, parce que le sens génésique est évanoui. Ne suis-je pas bien malheureux?

« En cherchant à récupérer ma virilité, d'après les indications de votre livre, aucune ne m'a réussi. Les lotions froides sur le bassin ont plutôt affaibli le. sens vénérien, malgré les frictions avec l'eau de Cologne ensuite ; l'équitation a mieux réussi, en réveillant des désirs à la vue de la campagne. Mon régime consiste en viandes rôties et vin vieux et mes occupations assidues sont la littérature, sans être exposé professionnellement à des vapeurs anaphrodisiaques. Des pertes séminales fréquentes, qui m'ont affaibli autrefois, sont revenues il y a un mois, sous forme de pollutions noc-

turnes. L'éjaculation est instantanée et assez rapide dans le coït. *

Tous ces détails étaient utiles pour montrer jusqu'à quel point les anomalies de l'érection peuvent aller, sans être de l'impuissance. Si grave que fût le cas, l'indication était précise : agir sur le moral surtout. Je rassurai absolument le malade, d'après la vertu infaillible des suppositoires à l'ergotine et la strychnine, appliqués la nuit tous les deux jours alternativement, avec une verrée d'eau froide en lavement à garder le lendemain. Douches tièdes sur la colonne vertébrale et les parties génitales ; le jour : équitation et promenades avec sa fiancée, en nourrissant l'espoir certain du succès au moment propice, surtout avec une veuve. Éviter de trop s'exciter jusque-là. La paresse antérieure des érections était causée, entretenue par des craintes paralysantes et l'emploi des artifices préparatoires vicieux sur lesquels on comptait exclusivement. Les préliminaires naturels auxquels l'amour porte suffiront à la rendre complète. Allez-y résolument, sans inquiétude et surtout pas d'arrière-pensée; l'amour aidant, vous triompherez sûrement, infailliblement.

Le 6 septembre, il écrivait: J'accomplis mon devoir en vous annonçant que, grâce à vos judicieuses prescriptions, je suis parfaitement guéri démon intirmilé. Tout alla pour le mieux, le soir même du mariage, dans le meilleur des mondes possibles, comme dit Je docteur Pangloss. Merci, merci de cœur avec mes salutations très distinguées.

Démonstration irréfutable des effets du célibat prolongé. Marié à vingt-quatre ans, cet homme n'eût

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pas, en fréquentant la prostitution, contracté ces funestes habitudes qui l'eussent mené directement, à bref délai, à une impuissance radicale, en troublant son esprit et lui inspirant les craintes du mariage. Il est le principal remède pour ces névropathes, quand ils sont susceptibles d'aimer, de comprendre et de connaître toutes les douceurs d'un amour partagé.

181. L'exemple d'un célibataire espagnol de trentehuit ans, ex-étudiant en médecine, en offre la confirmation. Bien portant et sans maladie grave, ni vice de conformation — ses organes génitaux ayant un développement ordinaire — il est rendu si impressionnable et timide par son tempérament lymphatico-nerveux qu'une contrariété, une parole, un geste suffisent à le mettre en déroute. « Il n'a pu goûter — disfrutar — les voluptés et les délices de l'amour que lorsque la nature le lui permettait et il s'est vu privé souvent — con frequencia — de ces plaisirs avec les femmes qu'il désirait et l'impressionnaient davantage, sa volonté étant toujours assujettie et dominée par son idiosyncrasie; il a joui — gozado — seulement quand elle lui a permis et non quand il a voulu.

Les érections ont été en général lentes et parfois peu durables, avec atténuation du plaisir et de la volupté. A la vue seule d'une femme me plaisant et qui y répund, le sang monte à la tête et à la face et le sang-froid, l'intelligence et tout désir m'abandonnent. Ainsi affaibli et anéanti au moindre trouble, la satisfaction et la joie me rendent force et courage.

Enfance sédentaire et isolée. De douze à quinze ans, violentes douleurs de tête intermittentes et par accès, deux à quatre fois par semaine, se calmant par le sommeil et des compresses d'eau camphrée sur le front. Masturbation jusqu'à deux et trois fois par jour, de quinze à vingt ans, seul et à deux. Et tandis que l'érection était complète et durable dans ces conditions, elle manquait, malgré mes efforts, dès que le compagnon était peu sympathique.

Le premier coït eut lieu à vingt ans, et il en résulta bientôt des écoulements, obligeant à l'abstinence par le séjour à la campagne. Devenu amoureux d'une jeune paysanne, il fut pris de pertes séminales involontaires toutes les nuils. De retour à la ville, il ne put réaliser le coït avec les prostituées, par défaut d'érection, tandis que c'était le contraire avec celles qu'il courtisait. Tout en s'adonnant beaucoup aux femmes, dit-il, il n'abusa jamais du coït, se bornant à des attouchements — tocamientos — suivis de pertes séminales ou de masturbation, seul ou avec sa compagne. »

Tant de fraudes et d'abus devaient amener l'impuissance finale, annoncée par de; échecs de plus en plus fréquents. Il s'en aperçut à vingt-sept ans, par la difficulté croissante d'érections imparfaites et instantanées avec éjaculations prématurées on pertes insensibles. Un médecin consulté prescrivit un régime tonique, l'hydrothérapie et la gymnastique avec continence et séjour à la campagne. Une amélioration s'ensuivit par la disparition des douleurs lancinantes, ressenties dans la verge et l'incitant au coït; mais l'atonie persistait, démontrée par divers essais infructueux, malgré une excitation persistante en été, tandis que l'hiver se passait tranquillement.

Ces différences saisonnières, remarquées et subies durant plusieurs années consécutives à la campagne, ni la continence observée ne produisirent aucun changement. Les érections désobéissaient toujours au désir et à l'impulsion de la volonté, après sept années de retraite et d'isolement. Rencontrant un jour de printemps une fille qui lui plaisait, il entra spontanément en érection, exerça le coït cl le renouvela une à deux fois chaque nuit, à quelques minutes

d'intervalle, avec une volupté inconnue jusque là. Aussi la faiblesse résultant de ce brillant exploit ne manqua pas de s'ensuivre.

Il resta ainsi plusieurs mois dans une continence absolue par suite de tracas, lorsqu'une femme charmante lui plaisant sous tous les rapports — que me entusiasmaba bajo todos conceptos — s'offrit en hiver. Il resta impuissant, lors même qu'il s'enivrait dans ses bras. Au printemps, les érections reparurent et il copula avec une fille indifférente. D'où il conclut à la synthèse de son anomalie.

« Quand les désirs voluptueux me dominent et me tourmentent de temps à autre, je puis coïler avec la première venue, et, dès que je m'y laisse aller, j'en suis bientôt incapable avec la plus belle, par défaut d'érection. Dans ma vie isolée, les lectures érotiques, ni les spectacles, ni les jolies femmes ne m'impressionnent. L'été dernier, passé à la campagne au milieu des ouvrières d'une fabrique avec lesquelles j'étais assez libre et en contact continu, ne m'a donné aucun désir en pensant à celle que j'aime, tandis qu'ayant obtenu un rendezvous d'elle, au premier baiser, l'érection était complète. Dans nos entrevues suivantes et prolongées, malgré toutes les caresses possibles, elle a toujours été décroissante, et la crainte de ne pas mieux réussir que la première fois me fit recourir au médecin.

« Trois mois après le traitement indiqué, j'ai vainement tenté de réaliser le coït, comme à deux autres reprises consécutives, de dix à quinze jours d'intervalle, avec cette même femme. L'érection fut aussi nulle et imparfaite en l'essayant avec d'autres, mais elle fut complète en me faisant masturber par la dernière. L'émission involontaire d'un liquide blanc et gluant, s'écoulant en filets par les efforts de la défécation, cessa dès lors pendant quinze jours; puis les pertes séminales nocturnes et passives persistèrent tous les quinze à vingt jours, restant absolument continent, comme les années antérieures. »

Cette longue odyssée est instructive, comme la pré-

cédente, par l'analyse de tous les abus et les excès commis par les célibataires. Les anomalies de l'érection et de l'éjaculation en sont donc les conséquences directes et évidentes, surtout à la suite d'une masturbation excessive, solitaire et partagée. Quelle différence avec la vie conjugale régulière, tranquille et uniforme ! Le contraire de ce qui plaît aux libertins, n'y voulant recourir que forcés et repus.

Celui-ci demandait, en effet, s'il pouvait se marier. Sans doute, répondis-je, c'est l'unique moyen qui vous reste pour conserver encore quelques années de virilité, en observant une sage abstinence, après tous les excès commis. Il fut soumis au traitement topique rectal, aux lotions locales froides suivies de frictions, convenant mieux que l'hydrothérapie et les douches trop excitantes à ce névropathe paralysé par l'hiver... d'Espagneet que le printemps seul ravivait. Exemple trop fréquent des enfants riches élevés en serre chaude, se corrompant dans leur isolement et l'oisiveté, surmenés par la moindre occupation. De là la céphalée nerveuse de l'adolescence, les inconséquences de la puberté, les folies de la jeunesse et du célibat prolongé. L'obligation du travail, pour ceux qui y sont soumis, conduisant à celle du mariage lors de la nubilité, est le plus sûr garant do tous ces accidents et ces maux.

Au contraire, le mariage est souvent dangereux pour les garçons de vingt-trois ans et au delà, novices au jeu d'amour par timidité, simplicité ou pruderie, se mariant pour échapper aux tourments de leurs organes révoltés. Plusieurs se sont trouvés absolument incapa-

bies, de remplir leur nouvelle fonction pendant des semaines, des mois et des années, sans pouvoir déflorer leurs femmes, faute de savoir s'y prendre. Leur mariage excluant l'anaplirodisie, il faut attribuer la faiblesse ou l'instabilité des érections consécutives au défaut d'excitation de l'action mécanique et son influence réflexe sur le sens génésique ou le centre génital. L'incapacité d'exercer le coït pour de nouveaux mariés, comme dans les exemples cités aux Anomalies de la copulation, ne peut se comprendre autrement, en. dehors des idées superstitieuses d'autrefois.

Le veuvage ou viduité ne diffère souvent guère du célibat. 11 devient même plus préjudiciable à celui qui, subitement, est obligé, encore jeune, de rompre, suspendre ou cesser des habitudes fonctionnelles contractées depuis longtemps. Il est si insupportable, que les jeunes veufs se marient proportionnellement plus que les garçons de leur âge. La continence est en général absolue ou relative, quand cet état se prolonge par la présence d'enfants et, quel que soit le moyen employé pour y obvier, il n'est autre que celui des célibataires. Il en a donc tous les inconvénients et les dangers, quant aux anomalies de l'érection, comme des exemples en sont déjà cités.

Tel l'avocat espagnol, marié à trente ans, dont la copulation fut d'abord très imparfaite et qui, devenu veuf huit ans après, sans enfants, était depuis deux ans sans désirs ni érections. (Observation 43.)

182. Un étranger, né en Europe., me demandait à l'hôtel Continental, le 21 mai 1888, et me remettait le mémorandum suivant. Agé de cinquante-cinq ans, il en a passé trente sous les tropiques, dans l'Amérique du Sud, à faire valoir une vaste exploitation, étant le plus souvent à chevalet menant une vie très active. Les hémorroïdes l'ont fait souffrir tout ce temps ainsi qu'une hydrocèle, affections communes sous ces climats. Marié, il a eu plusieurs enfants. Veuf depuis vingt-trois ans, il a eu trois maîtresses seulement, dont la dernière était si passionnée que ses excès l'obligèrent à la quitter, il y a huit ans. Depuis, il a été très, très réservé, au point de se priver tout à fait de femmes par crainte de maladies. Des pollutions nocturnes fréquentes ont ainsi eu lieu.

Très excitable et ayant beaucoup fait travailler son cerveau, il est devenu excessivement nerveux et pleure maintenant à la moindre nouvelle, malgré sa haute taille et sa corpulence un peu obèse. Dès qu'il s'approche d'une femme, l'émission a lieu avant de la toucher et, depuis qu'il s'en prive, il les désire moins et en est peu ou point excité. Les pollutions sont devenues plus rares, mais il en est brisé avec mal de reins et se croit impuissant! Il en voit déjà les effets sur son système nerveux en étant triste, morose, inquiet, dégoûté de tout.

— Simple effet, monsieur, de ce que vous allez marier votre dernier enfant, la fille dont la naissance a entraîné la mort de sa mère, et pour laquelle vous vous êtes sacrifié en ne vous remariant pas. Elle a été l'âme de votre vie pendant ces vingt-trois années de veuvage, condition des plus funestes à l'entretien de la virilité, et vous laisse maintenant seul et isolé. Voilà la vraie cause de votre état moral, qui, en rejaillissant sur le physique, perturbe et trouble vos fonctions génitales; de là vos inquiétudes, vos chagrins et vos idées noires. Rassurez-vous et puisque vous sentez la nécessité de la société d'une femme, d'une compagne surlout, choisissez-la à votre goût, pas trop jeune, et mariez-vous.

— Comment le faire dans mon état présent? Ce serait terrible... El devenir vieux, tout seul, avec les rhumatismes et le mal empirant, quelles seraient les conséquences? Ça fait frémir! »

— Du tout; employez préalablement les suppositoires d'ergotine et de strychnine; avec l'usage de vos lavements froids quotidiens, les pertes séminales spontanées seront combattues et atténuées sûrement. Les érections, rendues plus vigoureuses et persistantes par une saison à Carlsbad, source Felscn, permettront de vous assurer, à votre ûge et avec votre santé, que vous n'êtes pas impuissant. Si la puberté précoce des climats chauds entraîne une sénilité anticipép, surtout avec des hémorroïdes, une compagne aimable à vos côtés peut et doit encore faire renaître vos désirs dans le calme et la tranquillité du bien-être; en n'abusant d'aucune jouissance, vous pourrez les satisfaire encore longtemps.

183. Je tenais le même langage à un architecte distingué de Paris, d'une très belle santé apparente, du même âge et dans une situation analogue par la paresse de ses érections. Veuf depuis plusieurs années, avec un lils unique travaillant pour son compte, il était seul et prévoyait une triste vieillesse. Jouissant de grands avantages physiques, dont ilconservaitencoredebeauxrest.es, il avait mené une jeunesse galante accidentée et senti décliner de bonne heure ses facultés viriles. Il rapportait surtout cette faiblesse génitale à une aventure qui l'avait tenu en échec pendant trois semaines consécutives. Des entrevues presque journalières avec une femme mariée le tenaient en érection, la présence d'un jeune enfant ne permettant pas d'y donner issue. Comme l'officier du génie de trente ans, devenu impui-sant à la suite d'une épreuve semblable (Observation 176), son système nerveux en avait été très perturbé et il faisait justement dater de cette époque la diminution croissante de sa virilité. Néanmoins, il conservait une maîtresse qu'il visitait à peu près chaque semaine, plutôt par habitude que par nécessité.

11 me demandait, le 22 décembre 1888, si dans cet état il pouvait se remarier avec une demoiselle de trentedeux ans qu'il aimait et estimait; s'il n'y avait pas danger, non de rester en affront, mais d'être insuffisant. Il avait la preuve de ne pouvoir reparaître jeune et craignait même, d'après quelques faiblesses accidentelles exigeant

la complaisance de sa maîtresse, de s'exposer à une faillite avec sa nouvelle épouse. Ma réponse fut néanmoins affirmative, sans autre restriction qu'un traitement hydrothérapique préalable, une grande sagesse dans sa prise de possession et beaucoup de modération ensuite pour en jouir plus longtemps.

Conseiller le mariage, à cet âge et dans ces conditions, paraît bien délicat et peut-être compromettant. Mais il faut considérer l'avenir réservé en échange à l'homme dans le veuvage et l'isolement. C'est la tristesse et le découragement, la paillardise ou le concubinage, quand ce n'est pire encore par les folles convoitises engendrées par la vieillesse ! Le mariage assure donc contre ces graves dangers ceux qui ont fait preuve d'esprit de famille et de sociabilité dans une union antérieure. On a vu que je l'ai conseillé également à l'avocat espagnol, d'une virilité encore plus douteuse et suspecte.

La vie célibataire, à cette période de la maturité de l'âge, est aussi critique que pour le jeune homme lassé de la frivolité des plaisirs et des amours delà jeunesse. Il songe à un établissement sérieux, à une affection sincère, pour parcourir la vie et en jouir en fondant une famille. C'est pour la terminer tranquillement et heureusement que l'homme veuf, de cinquante à soixante ans, privé de ses enfants, peut encore recourir au mariage. L'expérience qu'il a acquise l'assure contre toutes les chances que courent les jeunes gens dans cette épreuve, quand il fait son choix avec réflexion et sagesse et en remplaçant l'amour par l'amitié.

Si la présence d'enfants dans la viduité est un

obslncle à une seconde union, les veufs, hommes et femmes, courent mille périls à rester dans le célibat avant cinquante à soixante ans. Filles et garçons, non habitués aux douces relations du mariage, y sont moins exposés. Il est ainsi démontré par la statistique qu'il se remarie plus de veufs des deux sexes, et même de divorcés, que de célibataires du même âge par le besoin qu'ils en éprouvent, après avoir goûté de la nuptialité. (Célibat et célibataires, Paris, 1887, p. oO.) A moins de remplacer le mariage par des relations illégitimes, ils sont souvent frappés d'impuissance précoce ou d'anomalies génitales inattendues, comme en témoignent les faits précités.

184. Un instituteur de la Nièvre, âgé de quaranteneuf ans, resté veuf avec deux fillettes, dix ans auparavant, en offrit un autre exemple en 1885. « A deux ou trois reprises pendant son mariage, un suintement d'un liquide clair et filant , accompagné de faiblesse génitale, s'était montré au méat sans cause appréciable.» Une hypersécrétion des glandes urélrales en était probablement la source et il n'y fit pas attention. Mais le prurit génital ne pouvant être satisfait aussi régulièrement dans sa viduité, et éprouvant « une sensation de froid extrême au méat, dès le deuxième mois, il aperçoit, avec stupeur, en pressant le canal, le retour de ce suintement. C'était une goutte de liquide blanchâtre et filant, toujours accompagnée d'une faiblesse sexuelle allant jusqu'à l'impuissance.»

Se rappelant alors avoir contracté autrefois une balanitc suivie d'écoulement, dans une maison publique, son esprit en est frappé et il consulte dès lors et suit sans résultat les traitements d'une douzaine de médecins de Paris et de la province dont il lisait l'annonce des méthodes infaillibles dans les journaux, dit-il. Enfin, il était guéri depuis deux mois avec Je Corassa

compound, envoyé d'Amérique moyennant 25 francs; mais la faiblesse génitale persistait par intervalles, au point de ne pouvoir accomplir le coïl. Il m'est arrivé même que l'éjaculation a eu lieu sans érection , tandis qu'elle se produisait d'autres fois et permettait de l'accomplir parfaitement.

En m'apercevant que j'avais alfaire à un pauvre hypocondriaque dont la monomanie était fixée sur ses organes génitaux, je l'ai prévenu que son suintement urétral était sans gravité, non plus que ses faillites; qu'une nouvelle union remédierait à tous ces inconvénients par des rapports réguliers en toute sécurité. Beaucoup de névropathes célibataires m'ont présenté des accidents analogues, notamment cet ancien militaire de vingt-huit ans. (Observai ion l2->.) C'est à leur intention que cet accident est relaté ici avec ses principaux détails. Entretenir ces malheureux dans leurs idées fausses et les traiter, c'est du charlatanisme en spéculant sur leurs divagations.

J'en reçus la confirmation dans une lettre postérieure de remerciements, où cet instituteur disait: « Vous m'auriez épargné bien des tracas et au moins 1,800 à 2,000 francs de dépenses inutiles. Avant-hier matin, une petite goutte d'une matière blanchâtre et filante s'est encore montrée. Je tremble qu'elle ne reparaisse, car je ne puis m'y habituer; la vue de cette goutte m'épouvante chaque fois que je l'aperçois. »

Nul douLe que sur les esprits faibles, cette vie célibataire ne conduise à la folie par tous les désordres et les troubles qu'elle entraine. Les abus et les

fraudes commis dans la prostitution , les rapports irréguliers et jusqu'au concubinage, sont si bien la cause de leur faiblesse génitale que les vieux célibataires en portent parfois l'empreinte en se distinguant par le regard lubrique, fixe et libidineux. Ils ne parlent aux femmes que pour leur adresser des galanteries provocantes, obscènes ou ordurières. C'est le signe de l'érotomanie chronique dont leur cerveau est le siège . En voici un exemple, qui servira d'épilogue aux dangers du célibat prolongé.

185. Un Anglais de soixante-huit ans, à la face rubiconde et les yeux enflammés, se présente le 7 mai 1887 poLirsavoir si la castration le guérirait sûrement du délire érolique dont il est atteint depuis plusieurs aimées. C'est un célibaLaire qui, après des excès vénériens d< jeunesse, est venu finir sa vie oisive dans la prostitution parisienne. Il en connaît et discute tous les meilleurs numéros. Depuis plus de dix ans, il est en proie à des excitations, des idées lascives, qu'il ne peut satisfaire qu'en paroles et entretiens lubriques dans les lupanars où il pas-e son temps. Il en est absolument privé de sommeil, malgré le chloral, les bromures et autres calmants n'agissant pas plus que de la farine, dit— iï- En butte à ces idées, sans repos ni tiève, il s'est volontairement enfermé dans un asile spécial anglais, pendant un an environ, sans profil. 11 a ensuite passé six mois au bord de la mer dans le midi de la France, vivant très sobrement, sans être délivré de ses obsessions salaces par la vue, l'ouïe et l'imagination qui lui congestionnent le cerveau. L'excision des testicules lui a été conseillée comme un moyeu radical de guérison. Sa sauté étant parfaite d'ailleurs, je le dissuade de celle opération dangereuse à son âge. Il parait néanmoins disposé à s'y soumettre, par crainte que son excitation cérébrale permanente ne détermine la paralysie et la démence. Voilà la conséquence d'un célibat par égoïsme, lubricité et oisiveté.

La continence, volontaire ou forcée, qui devrait être la caractéristique du célibat prolongé, détermine à la longue si manifestement l'impuissance chez l'homme qu'elle se produit également chez les mariés qui l'observent pour ne pas avoir d'enfants. L'exemple démonstratif s'en est offert chez un grand monsieur de soixante aus, fort et vigoureux, dont l'observation, relatée dans la Stérilité humaine, mérite d'être rappelée :

186. Père de deux garçons à trente-six ans, il résolut avec sa femme de ne plus avoir d'enfant et, pour y réussir plus sûrement, ils s'astreignirent par un piétisme exagéré à ne plus coucher ensemble. Pendant douze à quinze années consécutives, ils s'isolèrent dans une chambre séparée, sans la moindre infraction, tout en vivant ensemble sous le regard de leurs enfants.

Tourmenté de violentes érections qui troublaient son sommeil, le mari se borna à les combattre par des purgatifs, des bains, quelques remèdes homéopathiques , des lotions et des promenades nocturnes dans sa chambre pour les faire cesser, sans leur donner jamais issue par aucun rapport sexuel, ni masturbation, ni pollution. Il n'en avoue que deux... accidentelles, une résultant du massage... sur les reins et l'autre parles attouchements indiscrets d'une femme. C'était à n'y pas croire, malgré ses affirmations .

L'âge de sa femme l'ayant mis à l'abri de la grossesse, il sentit renaître ses désirs et reprit le lit conjugal. Vains efforts! l'impuissance était complète, absolue et malgré des bains excitants, des douches locales, l'hydrothérapie, l'électricité, tout l'ut sans résultat, il n'éprouvait que des pollutions passives.

L'exploration des testicules et du périnée suffît ainsi pour déterminer instantanément un tremblement con- \ oisif avec demi-turgescence du pénis et l'émissiûnd'un flot de sperme brunâtre, très liqu'de, visqueux sans grumeaux ni odeur. C'était le mot de l'énigme : altération nerveuse locale produite par là continence prolongée.

Par les abus, les excès et les privations auxquels le célibat conduit, il est évident qu'il expose de même à toutes les anomalies génitales par les perles séminales involontaires et le priapisme qui est surtout la plaie des continents comme des incontinents.

Anomalies de l'éjaculation et de l'ovulation. La connexité des deux, actes de la copulation est si étroite et intime que leurs anomalies semblent inséparables et devoir se confondre, cellesci étant la conséquence de celles-là. Il en est ainsi, en effet, à l'état physiologique et normal. Mais, en dépendant d'organes distincts et séparés, ceux-ci peuvent être troublés, lésés séparément par l'abus qui en est l'ait dans leur fonctionnement. Au lieu du pénis seul, les testicules et leurs annexes: l'épididyme, le cordon, les vésicules séminales, les canaux éjaculateurs, la prostate même et jusqu'au canal de l'urètre, peuvent être intéressés dans les anomalies de cette fonction. Les exemples en sont décrits aux Anomalies tes liculaires. Celle-ci est donc beaucoup plus compliquée que la première, quoique sous sa dépendance immédiate.

De là son interversion , c'est-à-dire l'éjaculation sans érection ni coït ; de même que l'érection et le coït restent frustes dans certains cas, signalés aux Anomalies de la copulation.

Le type île cette anomalie est l'éjaculation sans coït. Il ne s'agit pas de pollutions actives involontaires, assez fréquentes, mais de réjaouîation réelle par la sodomie passive. Ce n'est pas le lieu d'en citer

l'exemple qui sera mieux placé à Inversion sexuelle.

Si tranchées sont les différences de ces deux actes qu'elles s'accusent jusque dans leurs résultats. Au lieu de l'impuissance produite par une anomalie de l'érection, celles de l'éjaculation amènent spécialement la stérilité masculine. Celle-ci est même souvent cachée, dissimulée dans la composition du sperme qu'il faut aussi examiner. Et cette stérilité provenant également de la femme, la même recherche est à faire de son côté. La complication de ces deux fonctions correspondantes rend donc nécessaire la description séparée de leurs anomalies.

Une erreur grossière est à signaler préalahlement. Des ignorants confondent l'éjaculation avec l'émission ou excrétion plus ou moins abondante et voluptueuse du fluide transparent, onctueux et filant, sécrété par les glandes vulvo-vaginales chez la femme et parcelles du canal de l'urètre chez l'homme. En surexcitant celte sécrétion, la succion réciproque de ces organes en provoque l'émission plus abondante et plus rapide ; elle est prise ainsi pour une véritable éjaculation féminine et la simule chez les jeunes masturbateurs. L'irritation de ces glandes produit même une sorte d'écoulement ou de fausses pertes séminales passives, que des hommes prennent pour la spermatorrhéc, comme dans les trois observations d'écoulements simulés (/2o, /2S el '184), alors qu'il s'agit d'une simple cowpéritc. La distinction, par l'odeur, avec le sperme, en est établie plus loin.

La découverte expérimentale des nerfs éjaculateurs, sur les animaux, relatée au Centre génital, page 39,

tend à expliquer et rendre évidentes toutes les anomalies de cette fonction chez l'homme, si elle est confirmée sur les grands animaux. La rétention du sperme dans ses réservoirs, produisant les sympexions (Observation 69), pourrait ainsi s'expliquer par l'atonie de ces nerfs, comme les pertes séminales involontaires et passives par la faiblesse des muscles éjaculateurs. Rien n'alarme plus l'homme que ces pollutions. L'éjaculation rapide, instantanée ou très lente et se faisant attendre, en sont les exemples déjà cités aux Anomalies de la copulation.

L'éjaculation rapide, assez fréquente, s'observe d'ordinaire chez des individus très impressionnables, lyniphatico-nerveux, anémiques et affaiblis, surtout à la suite de la masturbation ou d'excès vénériens. L'atonie ou le relâchement des voies séminales, sinon leur irritation et souvent une semence mal élaborée et trop lluide, en sont les causes habituelles. Elle est presque toujours incomplète et peu voluptueuse, stérile même, par la fluidité du sperme, son émission en bavant et surtout l'absence d'animalcules.

187. « Quoique à peine âgé de trente-quatre ans, écrit un célibataire boi délais, le 7 novembre I88i. je suis alteintdepuis deux à trois ans d'une grande faiblesse des organes génitaux. Outre des érections parfois lentes et molles, sans énergie, elle se manifeste surtout parleur cbule rapide, dès qu'elles ne sont plus entretenues p;ir une excitation manuelle. D'où la difficulté très grande d'accomplir le coït, et enfin par des éjacujations rapides se. produisant dès Je début et souvent même avant le coi t.

« Doué d'un tempérament très nerveux et surexcité par des excès vénériens, j'ai été obligé de renoncer à

DE L'É JACULÀTION.

l'hydrothérapie qui me faisait plus de mal que de bien. J'ai commencé, il y a un mois, un traitement par l'électricité statique dont j'éprouve une grande amélioration. »

En pareil cas, le repos des organes par une sage continence, l'absence d'excitation, un régime tonique fortifiant, l'usage des bains et lavements d'eau froide, l'introduction dans l'anus aussi haut que possible de suppositoires névroslhéniques et astringents, obtiennent facilement raison de ces éjaculations anticipées. Dès qu'elles reviennent à l'état normal, le mariage est commandé pour éviler une récidive par la régularité du coït et la tranquillité d'esprit qui y préside.

L'éjaculation tardive habituelle, comme dans YObsérvation 146, est aussi rare que l'autre est fréquente. Accidentelle, au contraire, elle survient surtout dans le priapisme par la contracture des voies sperrnatiques et la chute de l'érection, sans qu'il y ait à s'en inquiéter. Le mieux est de rester tranquille et de ne pas imiter le jeune fou de l'Observation 115.

Il y a lieu de penser, lorsqu'elle est ordinaire, à une sécrétion très parcimonieuse, et dès lors elle doit être moins tardive par une continence relative. Elle peut dépendre aussi d'une conformation vicieuse ou d'un rétrécissement des voies sperrnatiques ; on en a la preuve s'il en est de même par la masturbation.

La plus grave de ces anomalies est l'absence môme d'éjaculation, malgré la présence des testi-

cules. Leur défaut de fonctionnement, tout en rendant les désirs plus lents et paresseux, n'empêche pas le coït, et si la sécrétion muqueuse des glandes urétrales entretient l'érection, il est ordinairement prolongé et toujours sans résultat. Par sa gravité et sa rareté, elle mérite donc une description spéciale.

Aspermalisine. C'est l'absence du sperme. Sa sécrétion se formant directement du sang de l'artère spermatique, il faut non seulement que ce vaisseau soit intact, mais que le sang qu'il apporte ait une composition normale pour qu'elle s'effectue. Dès que le sang est diminué, altéré par l'âge, la maladie, le jeûne, la misère, cette sécrétion en subit l'influence. De là son exiguïté et sa parcimonie. Les désirs peuvent bien y suppléer momentanément en excitant la circulation locale, mais c'est toujours au détriment de la durée et de la valeur de celte fonction, des forces et de la santé. La faiblesse et l'amaigrissement résultent fatalement de celte surexcitation.

Le défaut de désirs des anaphrodites peut aussi contribuera l'aspermatisme par l'atonie générale des organes génitaux. En manquant d'excitants, cette fonction se ralentit, diminue et devient nulle, même avec des testicules intacts. Elle se rencontre telle particulièrement chez les efféminés, non seulement par le volume amoindri de leurs testicules, mais par leur sécrétion lsnle et obscure. Planque a vu ainsi un individu fort et robuste, ayant de gros testicules, la verge courte et flasque, qui ne connaissait ni érection ni semence, et n'avait jamais

DE L'ÉJA CULATION. 425

éprouvé le sentiment amoureux. C'était là plutôt un impuissant ou neutre qu'uu aspermatique.

Si minime que soit la sécrétion séminale, dès qu'elle existe dans ces conditions, elle peut toujours êfre augmentée, favorisée, par un traitement moral et physique. Un mari maigre, petit, d'une intelligence suspecte, était frappé d'aspermatisme depuis douze ans de mariage; il n'avait jamais eu d'éjaculation, bien que le coït eût lieu conjugalement comme à l'ordinaire. Soumis à la continence et à un traitement tonique par le professeur Pajot, pendant six mois, il put enfin achever pour la première fois la péroraison attendue depuis douze ans. Dès le second rapprochement, sa femme était enceinte. Elle a été accouchée au forceps d'un enfant qui s'est parfaitement élevé.

Roubaud a observé un cas analogue, chez un garçon de vingt ans d'une parfaite santé. Il entrait facilement en érection et ses désirs étaient d'autant plus vifs qu'il n'avait jamais éprouvé les jouissances de l'amour. L'intromission avait lieu sans difficulté ni douleur et il éprouvait du charme, un sentiment de bien-être, de plaisir, une excitation générale dans ses rapprochements; mais il n'éjaculait pas, malgré ses efforts prolongés, toute son énergie amoureuse et les ressources de son imagination. Il ne connaissait pas la volupté suprême, le spasme de l'éjaculation dont on lui avait parlé. La masturbation restait également fruste, mais il avait des pollutions nocturnes qui le réveillaient et cessaient aussitôt.

Ce n'est pas là de l'aspermatisme, puisque le

sperme el l'éjaculation existent. Une sécrétion minime et la contracture des conduits spermatiques par une érection trop forte, sorte de priapisme dans l'excitation erotique, suffisent à empêcher l'éjaculation. L'exemple en a été souvent donné par le noble vénitien guéri par Cockburn. Marié jeune à une demoiselle très aimable, il se comportait assez vigoureusement, sans pouvoir atteindre le point essentiel du bonheur. Toul annonçait dans ses transports le moment de l'extase, sans jamais l'obtenir. L'érection la plus forte n'était jamais suivie du jaillissement voluptueux ; mais des songes succédant à ces stériles efforts le réveillaient par des pollutions ne laissant aucun doute sur sa virilité sans pouvoir la manifester.

Cet amour se consumait ainsi en vains efforts depuis longtemps, lorsqu'il suffit au médecin anglais de faire administrer des antispasmodiques, des calmants pour diminuer les érections ou plutôt leur spasme et obtenir la guérison par une éjaculation normale.

Tous ces exemples sont de l'aspermatisme faux> simulé et incomplet. Il est ordinairement possible d'améliorer l'éjaculation, en combattant la cause qui l'empêche ou l'entrave. L'exiguïté de la sécrétion du sperme en est la plus fréquente. En s'opéranl d'une manière latente, insensible, comme la salive et les larmes , elle est toujours activée et augmentée par les stimulants ordinaires de l'amour. La continence en est le meilleur excitant, avec un régime tonique et l'emploi des phosphates.

L'aspermalisme vrai, réel et complet, est l'absence absolue de sperme, pendant et après l'érection, par le défaut de sécrétion de l'organe. Il manquait ainsi deux fois dans les 192 cas examinés par Duncan, page fo2. Diverses tentatives, répétées longtemps dans différentes conditions pour son émission, en sont la seule preuve concluante; encore faut-il vérifier exactement s'il ne s'écoule pas ensuite passivement. Sa réalité a été longtemps contestée, le sujet qui en est atteint pouvant seul s'en assurer, et cachant d'ordinaire cette anomalie avec soin, excepté au médecin lorsqu'il veut s'en guérir ou se marier. Trois exemples s'en sont ainsi offerts à nous.

L'absence des testicules dans les bourses, leur rétention dans le ventre, en est une cause par l'atrophie, la dégénérescence de ces glandes et leur défaut de fonctionnement. L'Observation 3 en est un exemple assez fréquent chez les efféminés. Des testicules petits, atrophiés ou indurés, sclérosés, incapables de fonctionner, peuvent aussi se rencontrer. L'absence de l'épididyme ou l'imperméabilité du cordon spermatique, par sa ténuité filiforme, en sont également des causes, d'après le cas suivant.

188. Garçon de trente-six ans, petitet délicat, venant du Nord le 30 juillet 1884, pour savoir s'il est apte au mariage. Sans être ardent, il a toujours aimé les femmes et en est exclusivement impressionné. N'obtenant rien par la masturbation, il a essayé du coït vers dix-huit à vingt ans, mais si longs et prolongés que fussent l'exorde et l'acte, la péroraison a constamment manqué dans toutes les occasions, si favorables qu'elles se soient rencontrées. L'érection se produit normalement et, tout d'abord, il en éprouve une surexcitation erotique géné-

raie qui va en augmentant pendant quelques minutes. Elle reste telle ensuite, comme dans le priapisme, sans que l'érection tombe, pendant une demi-heure, sans avoir jamais ressenti la moindre éjaculation ni obtenu le spasme cynique. Ses compagnes ont pu même l'éprouver, tandis qu'il ne l'a jamais partagé. Aucune pollution ni perle séminale ne s'en est jamais suivie et il déclare spontanément ne pas connaître la couleur ni l'odeur du sperme, pas plus que sa consistance ni son impression voluptueuse, n'en n'ayant jamais expulsé.

Intelligent et désireux de se marier, il a voulu se convaincre de sa virilité par la fréquentation régulière, depuis dix-huit mois, d'une femme galante, dont il présente la photographie, ayant un amant attitré. 11 l'a choisie et lui est attaché pour toutes ses complaisances. Il peut la visiter à intervalles plus ou moins rapprochés, passer la soirée ensemble et parfois la nuit. Ils ont ainsi acquis réciproquement la triste assurance qu'il était radicalement privé et incapable d'éjaculalion pendant et après le coït. En vivant ainsi, presque maritalement, il s'est convaincu qu'il en avait plutôt l'envie que le désir ni le besoin, sans en avoir jamais éprouvé le prurit ni la volupté.

L'examen décèle deux testicules très petits et durs, de véritables billes, peu sensibles à la pression, sans épididyme appréciable, suspendus à des cordons imperceptibles, filiformes. Prostate insensible, urètre perméable, sans la moindre trace d'affection vénérienne ni syphilitique.

189. Un garçon de vingt-cinq ans, né au Mexique, petit et grêle comme le précédent, mais plus efféminé, présentait une balano-posthite aiguë contractée dans les conditions suivantes. Depuis ses études terminées à Paris, il vit dans l'abondance et l'oisiveté chez ses parents, allant caracoler au bois le malin avec ses camades, le soir au bal, au théâtre, dans la compagnie des grandes cocottes, sans avoir eu ni recherché jusque-là aucun rapport sexuel. Des baisers, des caresses et des propos galants, érotiques, lui suffisaient au théâtre comme dans les soupers, pour le mettre en belle bu-

meur, sans produire jamais que des érections vagues, indécises, fugitives, le chatouillant agréablement par l'émission d'un mucus urétral ou prostatique clair et transparent, assez rare, sans pollution consécutive. Il n'a jamais eu de pertes séminales nocturnes et ne connaît pas la masturbation.

La maîtresse d'un de ses amis, l'une des filles dont il faisait sa compagnie habituelle, qu'il trouvait la plus belle et convoitait beaucoup, ayant été délaissée, il tenta de s'essayer avec elle. Il ne put arriver à la péroraison, malgré la prolongation de l'acte. Il remit au lendemain pour obtenir ce qu'il désirait tant sans le connaître; il n'y put parvenir, et il en fut de même la troisième fois, malgré la nuit passée avec sa conquête et un priapisme persistant. Dans Lous ses assauts, il ne gagna que la balano-posthite avec gonflement extrême du prépuce pour laquelle il se présentait. Il ne se doulait pas de son anomalie, confirmée par l'exiguïté des testicules et leur mollesse, et c'est en lui en découvrant toute la gravité qu'il me garda rancune, sans doute, et ne revint pas.

Le signe distinctif de cette aspermie n'est pas toujours, comme dans les deux cas précédents, d'être petit, délicat, de faible constitution, efféminé. Le 21 avril 1887, un troisième exemple s'en est présenté dans les conditions physiques suivantes :

190. Grand et beau jeune homme brun, de vingt et un ans, à l'aspect déluré, la voix mâle, l'accent franc et décidé, la démarche hardie, se disant incapable d'obtenir l'éjaculation, malgré ses tentatives répétées.

Nullement enclin à la masturbation, qu'il voyait partiquer par ses camarades, il n'en a jamais éprouvé ni le désir ni le besoin. Des érections spontanées le font s'adresser aux filles dès l'âge de dix-sept ans, plutôt conduit par une curiosité réfléchie que par le désir ou un prurit spontané. Après plusieurs échecs complets, la copulation s'exerce normalement, mais sans jamais pouvoir arrivera la péroraison. Chaque épreuve est prolongée davantage, jusqu'à une demi-heure et plus, sans parvenir

INOM \l.li;s SEXUELLES

à compléter l'acte. Les exploits d'une année de volontariat sont aussi infructueux; il n'y gagne qu'une urétrite suivie d'écoulement persisLant. En vain, il promet de récompenser par un supplément de la taxe celle qui le conduira au but tant désiré, aucune n'obtient le prix et il reste absolument ignorant... de ce qu'il voulait savoir.

Conformation externe absolument normale des organes génitaux, avec les testicules à leur place; mais un paquet de varicosités existe à gauche, sur le trajet du cordon rendu imperceptible et comme coupé par ces varicosités. Rien d'anormal à droite. Ces deux glandes semblent donc frappées d'inertie. Avant de procéder à un examen rectal des conduits séminifères internes, une épreuve du congrès, dans des conditions plus normales, m'a paru devoir être tentée avec un traitement aphrodisiaque pour être certain de l'absence absolue de la spermatose. Le résultat m'en est resté inconnu.

L'absence du sperme lors de la puberté est donc le meilleur signe de cette infirmité, quand elle ne s'explique pas par la maladie en général, le diabète en particulier, de longues et abondantes suppurations, l'usage de certains médicaments comme Ips iodures, sinon une profession insalubre. Aussi bien, ceux qui en sont frappés éprouvent-ils de 1 eloignement pour la masturbation, seul ou à deux, même sous l'incitation de l'exemple. Les trois sujets précédents en étaient absolument exempts et ne l'avaient guère essayée, n'en ayant ni le besoin, ni le désir et n'en ressentant pas la moindre volupté. Rien ne les y porte ni ne les encourage à s'y livrer. C'est la raison donnée catégoriquement par le dernier.

De là aussi leur défaut d'entraînement vers l'autre sexe : le stimulant essentiel leur manque. La sécrétion des glandes de l'urètre et de la prostate —

DE L'ÉJÀCULATION. 431

dont lo tluide muqueux, lilant et transparent, suflit à chatouiller les enfants de douze à quinze ans dans leurs manœuvres — semble même en être diminuée, atténuée ou rendue insensible par son absence d'excitation. C'est plus tard seulement, de vingt à vingt-cinq ans, sous l'influence d'érections nocturnes prolongées, que l'écoulement de ce fluide se fait sentir. En en éprouvant un certain chatouillement voluptueux, ils croient rendre du sperme. Les différences physiques en sont trop sensibles et appréciables pour les confondre.

A l'odeur légère et fade de ce lluide, il suffit d'opposer celle de l'eau de javelle ou de la fleur du marronnier, exhalée par le sperme normal, pour en faire la différence. La. couleur blanc bleuâtre et l'opacité de celui-ci, sa consistance plus ou moins épaisse et grumeleuse, son abondance relative, contrastant avec la fluidité claire et transparente du blanc d'œuf du premier, sa rareté surtout, permettent de les distinguer facilement. Mis dans l'eau^ le fluide glandulaire surnage, tandis que le sperme tombe au fond : c'est l'épreuve décisive.

L'absence d'éjaculalion n'est pas apparente, comme le défaut d'érection dans l'impuissance. Elle se décèle au contraire par la persistance et la prolongation inusitée de cette érection. Dès qu'elle s'entretient ainsi ordinairement, même avec une certaine volupté, i ispermatisme est à craindre. La copulation normale doit se terminer brusquement en quelques minutes, par le spasme cynique qui, comme la décharge électrique, impressionne l'organisme tout entier, de la

tête aux pieds. C'est là le caractère de la véritable éjaculation. Autrement, les conjoints peuvent bien tomber fatigués de coïts prolongés par aspermalisme, ils n'en sont jamais rassasiés ni satisfaits.

L'aspermie n'entraîne donc pas l'impuissance. Ces laits, comme ceux, des castrés, en sont la démonstration péremptoire. Mais elle est fatalement stérile et devient une garantie pour les femmes passionnées, les Messalines pouvant ainsi assouvir leur ardeur avec des hommes, sans danger de révéler les mystères de leurs passions.

h'absence de menstruation est l'anomalie correspondante chez la femme ; il n'y a donc pas à s'y tromper. On sait qu'elle entraîne de môme sa stérilité : les germes séminifères indispensables à la génération existant dans le sang des règles comme dans le sperme. Ces liquides n'en contiennent pas toujours sans doute ; d'où la nécessité d'en faire l'examen. Celui du sang des règles n'est pas, à beaucoup près, aussi concluant à cet égard que celui du sperme; le microscope le plus puissant n'ayant pas réussi jusqu'ici à y déceler un caractère précis et certain de fécondité. La raison en est dans ce fait que la femme conçoit en elle, et l'homme hors de lui. On ne peut donc vérilier la présence des ovules dans le sang des règles, mais par sa composition, sa richesse, sa quantité, sa couleur et surtout la régularité et la facilité de son écoulement, il est permis de préjuger le détachement normal de ces germes et leur vitalité. l>es règles très abondantes ou à peine marquées, très douloureuses avec caillots, un sang très pâle ol fluide,

DE L'ÉJ ACULATION. 433

aqueux , apparaissant irrégulièrement , équivalent presque à l'aspermatisme chez l'homme.

À défaut de pouvoir en juger avec assurance, quand la stérilité existe, il suffit d'examiner au microscope le sperme du conjoint, émis dans de bonnes conditions, pour déterminer par exclusion de quel côté elle provient. On sait positivement qu'en contenant des spermatozoaires à l'état normal dans leurs conditions d'abondance, de mouvement et de vitalité, ce sperme est fécondant. Dès qu'il est éjaculé normalement et surtout aux époques des règles, avant ou après, sans aucun obstacle à sa réception, on peut donc affirmer que la stérilité dépend de la femme. De là l'importance de fixer les conditions où le sperme est stérile.

Azoospermie. C'est le sperme privé de spermatozoaires, c'est-à-dire de l'élément fécondant. C'est donc un sperme stérile, comme celui des hommes frappés d'une double orchite et conservant des durillons de l'épididyme. (Observation 39.) Cette anomalie est plus fréquente que l'on ne croit. Sur les 192 examens de sperme, on a vu ces animalcules manquer 31 fois, soit dans le sixième des cas. Sur les 80 mariages stériles dont le sperme fut examiné par le professeur Pajot, 6 fois seulement, il ne contenait pas de spermatozoaires chez les hommes n'ayant pas plus de quarante ans, dont deux étaient absolument exempts de maladie vénérienne. Malgré un traitement local et général, aucun n'a guéri.

Si cette absence résulte ordinairement des maladies vénériennes, de la masturbation, des pertes

séminales, des abus el des excès vénériens, il n'est pas douteux qu'elle ne soit aussi originelle parfois. Que penser de ces anaphrodites de trente à quaraute ans et plus, dont l'histoire est relatée ci-devant, n'ayant jamais pu exercer le coït par défaut d'érection et incapables de l'obtenir isolément pour l'examen du sperme, sinon que celui-ci est rare et privé de ses éléments essentiels? On peut le reconnaître à l'œil nu, dès qu'il est fluide et presque inodore immédiatement après son émission , sans grumeaux au toucher entre les doigts, empesant à peine le linge et n'allant que très lentement au fond de l'eau en y tombant. Tel est le sperme altéré, nul et stérile.

Le traitement à instituer en pareil cas — lorsqu'il n'existe aucun vice rédhibitoire appréciable, ni ma* ladic générale pouvant entraîner l'azoospermie. chez l'homme de vingt-cinq à quarante ans — est une continence absolue avec bonne nourriture animale, mêlée de légumes, de fruits et surtout de poisson de tout genre, sans aucun excitant autre que du vin vieux ou de la vieille eau-de-vie dans de l'eau. Régularité des fonctions intestinales, exercices musculaires variés et croissants selon les forces. L'examen du sperme tous les trois mois indiquera l'effet de celle médication.

Les bons résultats de ce traitement, continué de six mois à un an, avec quelques variantes suivant les cas particuliers, sont consignés dans la Stérilité humaine, page 329. Il serait superflu de les rappeler, ne pouvant les confirmer par aucun fait personnel-

Voici le plus remarquable comme encouragement :

191. Un employé supérieur d'une grande administration, après treize ans de mariage stérile, ayant suivi l'hygiène précédente pendant une année avec des bains de rivière très courts et une abstinence complète de rapports conjugaux, s'est montré lécond dès les quinze premiers jours qu'il les a repris. A ce premier enfant, deux autres ont succédé et un avortement de quatre mois.

11 y a pourtant des insuccès, même chez des hommes de trente à trente-huit ans. Un grand homme maigre de trente-deux ans, suivant ce régime depuis deux ans et demi, ne présentait qu'un sperme médiocre, quoique amélioré. Essayé à plusieurs reprises par la fécondation artificielle, il est resté stérile sur la femme parfaitement réglée .

Perles séminales ou pollutions involontaires. L'émission spontanée du sperme, survenant la nuit sous l'influence de rêves lascifs ou de visions, d'hallucinations libidineuses, chez les adolescents, est un effet naturel de l'âge plutôt qu'une anomalie. C'est l'éveil de la fonction génitale confirmant la puberté, chez la plupart des garçons de seize à vingt ans. Les sujets nerveux, à l'imagination vive, y sont spécialement prédisposés, surtout si au lieu de s'occuper activement de leurs études ou de leur métier, ils vivent daus la paresse, l'oisiveté, enclins à s'instruire et à s'entretenir entre eux de tout ce qui se rapporte à cette nouvelle fonction de la spermatose. Elles dépendent donc du tempérament et de la constitution, revenant tous les huit à dix jours par un besoin naturel, chez les jeunes gens vigoureux privés de coït.

Mais il n'en est pas de môme chez les enfants adonnes à la masturbation. En excitant et irritant

les organes génitaux par l'appel du sang dans tout l'appareil sexuel et en le congestionnant, cette fatale habitude trouble et pervertit le système nerveux local, aussi bien que le cerveau. Ils sont énervés, comme on dit, et ces pertes séminales deviennent de plus en plus fréquentes et abondantes par le relâchement des conduits séminifères, au point de constituer une véritable maladie, bien plus redoutable que la masturbation même. C'est le fléau des masturbateurs et leur châtiment, au point de ne pouvoir plus bientôt se livrer à leur passion favorite par le défaut d'érection.

D'où la division de ces pertes en actives et passives. Les premières sont l'effet de la jeunesse et de la continence et se reproduisent par intermittences plus ou moins rapprochées, selon la vigueur et les occasions, sans frottement ni masturbation, chez les sujets privés, de coït ou s'en abstenant pour une raison quelconque. Elles sont ordinairement très voluptueuses et provoquent le réveil, quand elles résultent naturellement de la rétention du sperme et le besoin de son émission. La pensée, le souvenir ou les réminiscences du plaisir éprouvé dans une entrevue suffisent à les reproduire et les provoquer par une sorte d'onanisme mental habituel. Un chef d'institution, grand et fort, célibataire, âgé de trente-six ans, avait ainsi une émission très rapide après une rencontre ou une entrevue galante qui le dispensait du coït; C'est donc là une simple anomalie, comme le célibat et la continence dont elle dépend.

Les hommes mariés, encore jeunes, privés de leurs femmes, sont exposés à ces pertes, en raison même de leurs habitudes conjugales. Un peintre connu, délicat et nerveux, âgé de trente-sept ans, en est ainsi atteint. II a cherché à se marier dès l'âge de vingtcinq ans, par le besoin génital qu'il en éprouvait, en étant absolument vierge malgré son volontariat. Marié dans cet état à vingt-neuf ans, il est père de quatre enfants, nourris par la mère. Elle n'a donc pas cessé d'être enceinte ou nourrice, et passe la belle saison à la campagne pour sa santé et celle de sa petite famille.

Obligé de rester à Paris, le mari est souvent plusieurs semaines sans pouvoir la rejoindre et éprouve des pertes séminales actives assez fréquentes. Elles l'inquiètent n'en comprenant pas la cause. Simple effet d'une continence forcée trop prolongée. Allez voir votre famille plus souvent et avec l'usage, dans l'intervalle, d'une verrôe d'eau froide en lavement, le soir en vous couchant, vous n'aurez plus de ces réveils intempestifs.

Ces pollutions spontanées, naturelles, sont sans aucun danger et plutôt bienfaisantes. On en éprouve du bien-être en s'éveillant et de la liberté d'esprit, dès qu'elles se renouvellent seulement deux ou trois fois par mois chez les plus vigoureux. Les hommes chastes et occupés sont souvent averiis du besoin de cette exonération artificielle par une pesanteur de tête, la difficulté du travail mental et un malaise général dont ils s'habituent à connaître la cause par le bien-être qu'ils en éprouvent. L'observation suivante dépeint bien ces effets de la continence forcée et ses résultats.

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