‹ Anomalies sexuelles apparentes et cachées [electronic resource]Chapitre 32 sur 114 · AN CM A U ES SEXUELLES · texte numérisé non relu

AN CM A U ES SEXUELLES

192. Un religieux de l'ordre de S..., âgé de trentedeux ans, engagé depuis huit ans sans avoir transgressé ses vœux de chasteté, demandait si un trailement anodin ne pourrait remédier à l'état suivant : « Depuis trois ans au moins, je ressens dans les organes génitaux, tous les quinze jours à trois semaines environ, une sorte de fatigue dans la verge ou plutôt de petits élancements qui augmentent pendant trois à quatre jours, et je sens un grand besoin et surtout un grand désir d'expulser le sperme. Je le sens comme à l'extrémité de la verge. Quand il n'y a pas de pollution nocLurne à bref délai, je ressens de cette présence du sperme une gène générale, des maux de tète et un sommeil troublé. Je ne puis m'endormir qu'avec peine et je confesse que, de temps à autre, je trahis la nature et je frise, pour le moins, la violation de mes vœux. Pour me débarrasser de ce sperme et de la gène locale et générale, surtout la nuit, quoique ne me couvrant pas trop, même en hiver, je me couche sur le ventre et une minute de cette posture suffit à produire l'éjaculation. D'autres fois, voulant à tout prix obtenir le sommeil, je remue tout le corps contre le drap et la verge étant excitée tout de suite, je suis délivré; il me semble qu'on m'ôte un poids de dessus la poitrine et le sommeil revient. » (&'■• libat et célibataires, p. .'120.)

Cet onanisme par frottement, dont les divers procédés sont indiqués page 329, est choisi et employé par beaucoup de jeunes gens comme le plus analogue au coït. Ils le remplacent ainsi, quand ils en éprouvent le besoin, par cette exonération artificielle. 11 est certainement moins préjudiciable à l'organisme que l'emploi des bromures ou tout autre calmant anaphrodisiaque. A un homme bien résolu à observer ses vœux, c'était le moyen le plus simple avec le régime physique et moral habituel d'un couvent bien ordonné. Démonstration évidente que le

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prétendu sacrifice du célibat religieux est un défi à la morale, un outrage à Dieu et un crime envers la société.

Il est évidemment moins dangereux et nuisible que toute autre forme, ne pouvant se renouveler avec succès que sous l'influence d'un besoin naturel pressant, c'est-à-dire assez rarement. En simulant le coït naturel, il ne pourrait à la longue qu'augmenter les pollutions nocturnes auxquelles les continents sont si exposés, sans entraîner les anomalies de l'érection comme les autres procédés de frottement artificiel.

193. Un employé de vingt-quatre ans, délicat et nerveux, m'en a offert un autre exemple. Condamné à l'immobilité pendant de longues années par une coxalgie survenue à sept ans — suite d'une chute dans un escalier, dont il porte la déformation avec boiterie — il imagina le stratagème suivant pour éviter les traces de ses pollutions nocturnes assez fréquentes. 11 garnissait son lit d'une alèze avant de se coucher. Dès qu'il put remuer, et sous l'influence de désirs sexuels, il se renversait sur son lit garni et frottait le pénis en érection pour épancher sa semence en toute liberté. Il enlevait son linge en se levant et sa mère n'y voyait rien.

Il employa ce procédé d'exonération artificielle pendant plusieurs années consécutives, sans en ressentir d'autre inconvénient qu'un peu de faiblesse. 11 s'est enfin résolu à y renoncer en allant voir les filles avec un camarade; mais après deux rapports sexuels avec la même femme, l'acte s'étant très bien passé, il a eu ensuite, à deux ou trois jours de distance, des pollutions nocturnes causées par le retour dans le rêve de l'acte normalement accompli.

— Effet de votre longue continence et de la surexcitation de vos organes résultant de voLre onanisme prolongé. Evitez les excitations; prenez quelques bains tièdes et une verrée d'eau froide en lavement avant de vous mettre au lit. Usez avec modéralion du coït et

mariez-vous aussitôt que possible pour ne pas encourir d'accidents.

Il était également employé par l'anaphrodite de Roubaud, réduit, pour s'exonérer, à se frotter sur son lit, en rentrant bredouille des bras de sa maîtresse. Ceux qui sont las de la main et en éprouvent les mauvais effets y recourent aussi parfois comme moins dangereux. Plusieurs me l'ont confié ; mais ce procédé leur suffit rarement pour entretenir l'érection jusqu'à l'émission.

Des réserves sont pourtant à faire sur la nocuité de cet onanisme spécial. J'ai observé deux pédérastes accentués, ayant un goût très prononcé et tout particulier de s'étendre sur le ventre de leur acolyte pour se frotter le pénis jusqu'à éjaculalion. L'un d'eux, étant enfant, avait découvert son foyer érogène en montant à l'arbre à la campagne. Il s'adonna ensuite à la masturbation, seul d'abord, puis à deux dans l'armée et se livra plus tard à la sodomie passive, mais sans l'avoir jamais pratiquée activement. Ces deux faits relatés à Inversion sexuelle, montrent que beaucoup de pédérastes ont un suprême bonheur à se coucher nus ensemble pour se frotter à poil. Celte friction des poils et l'excitation en résultant est un puissant aphrodisiaque pour eux, d'après l'Observation 4SI. Des femmes saphistes n'éprouvent entre elles le spasme cynique qu'en se frollant réciproquement le mont de Vénus. Le système pileux serait donc un excitant érogène, comme la valériane pour les chats, en se roulant dessus. Les frotleurs ou frôleurs. se glissant dans les

foules pour se frotter le pénis contre les hommes, ne sont en général que des masturbateurs solitaires choisissant ce mode particulier quand ils en trouvent l'occasion. Ils le préfèrent par leurs goûts pédérastiques, sans vouloir se livrer, et sont menacés par là d'inversion sexuelle comme le sujet de Y Observation 14.

D'autres s'adressent spécialement aux femmes et se frottent contre leur vêtement pour éjaculer. Ce sont des pervertis, ayant la manie de n'entrer en érection que devant certains objets de vêtement, un tablier ou un mouchoir blancs, qu'ils dérobent habilement pour éjaculer dessus. Un journalier de quarante-trois aus a été ainsi amené récemment à la préfecture de police pour vol d'un tablier blanc. (Soc. demcd. légale, 13 juin 4887.) C'est une perversion analogue à ceux qui déterrent les cadavres de femmes dans le même but. ( Onanisme, page 304.) Ce sont des aliénés irresponsables par anomalies de l'instinct sexuel dont il sera question plus loin.

La masturbation antérieure est une cause très fréquente de ces pertes, et lorsqu'elles s'effectuent sans attouchement, c'est l'onanisme moral de J.-J. Rousseau, qui l'a ainsi décrit d'après lui-même dans ses Confessions : « Ce vice, que la honte et la timidité trouvent si commode, a un grand attrait pour les imaginations vives : c'est de disposer pour ainsi dire à leur gré de tout le sexe et de faire servir à leurs plaisirs la beauté qui les tente, sans avoir be-

soin d'obtenir son aveu. » C'est une forme d'érotomanie, s'observant particulièrement chez les jeunes gens hystériques, dont trois exemples sont rapportés dans l'Onanisme sous toutes ses formes, page 2"7.

Le même fait n'est pas rare chez les fiancés très épris l'un de l'autre, pendant leur cour obligatoire. Ils sont mouillés chaque fois qu'ils se séparent, de véritables crises nerveuses et un amaigrissement remarquable sont souvent les indices de cet éréthisme génital sans conclusion naturelle. Les jeunes artistes, à la vue du modèle nu, éprouvent aussi, au début, ces pollutions diurnes par l'impression profonde de l'imagination sur leurs organes génitaux souvent affaiblis. Elles sont sans danger, en pareil cas, en étant suivies du coït à bref délai ; mais les effets en sont redoutables pour ceux qu'elles entretiennent seulement dans la masturbation.

Ces pollutions nocturnes sont naturelles chez les hommes chastes. « Je n'en ai jamais rencontré un qui ne m'ait répondu affirmativement», dit sir J. Paget, l'illustre chirurgien anglais, dans ses leçons cliniques. Elles varient de fréquence, suivant le climat, le régime, les habitudes sociales, la constitution et le tempérament. Elles sont compatibles avec la santé et dès que celle-ci ne s'en altère pas, il est inutile d'y faire attention. A condition, bien entendu, faut-il ajouter, qu'elles ne soient pas trop fréquentes ni abondantes, comme dans le cas suivanl :

194. Ancien séminariste, vingt-deux ans, instruit dans un institut religieux de sepl à dix-huit ans, avec des principes rigides, détendant tout sentiment d'amour

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ou simplement d'affection envers le beau sexe. Toute contravention à cette règle établie encourait les peines les plus sévères et, en certains cas, était suivie du renvoi de l'élève coupable. Nourri de ces préceptes, il contracta de bonne heure des pratiques onanistiques continuées jusqu'à dix-neuf ans environ. Sorti alors pour entrer comme employé aux écritures dans un bureau, de huit heures du matin à sept heures du soir, il constatabientôt l'effet pernicieux de ces fraudes sur sa santé. 11 a réussi depuis trois ans environ à s'en corriger à peu près complètement ; mais la continence qu'il s'est imposée rend son état pire par les pertes séminales en résultant. Voici son état, le 29 septembre 1887 :

Maigreur croissante, suffocations fréquentes, sommeil lourd la nuil ; au réveil, mal de tète, idées confuses, facultés intellectuelles engourdies ; tintements violents et constants dans les oreilles (depuis l'âge de seize ans et plus intenses depuis environ trois ans); sensibilité excessive à l'amour; pollutions très fréquentes suivies presque toujours de crachats teintés de sang; construction des testicules, rétrécissement de la verge et de la peau recouvrant le gland.

L'état stationnaire, assis, du malade et peut-être sa nourriture ou une tare héréditaire pouvaient bien contribuer à entretenir ces accidents, mais les pollutions très fréquentes en étaient certainement le l'acteur principal. Je prescrivis l'exercice matin et soir, le traitement topique anal et un coït hygiénique tous les quinze jours. Mais comment y réussir? Il avait banni si longtemps tout sentiment sexuel, qu'il rougissait en passant devant une demoiselle de sa connaissance, ses pensées se portant aussitôt vers l'acte qu'on lui défendait et qu'il croyait répréhensiblc. Cet état moral s'était un peu amélioré au contact du monde et le sentiment du danger de son éducation. Il n'était pas impuissant, mais ne le

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deviendrait-il pas, avec son extrême timidité, en s'essayant ?

195. Les abus vénériens sont aussi dangereux que la continence à ce sujet. Un célibataire de trente-cinq ans, maigre, faible, d'une impressionnabilité excessive, mal équilibré, et que ces perles ont rendu hypocondriaque, écrit d'une ville de la Seine-Inférieure, le 8 février 1886 : « Jusqu'à l'âge de vingt ans, je n'ai jamais connu la maslurbation, j'ai toujours eu ce vice en horreur, lorsque ma sagesse et ma tranquillité firent place à la plus grande passion et au plus fol amour. Ayant fait connaissance d'une jeune fille de mon âge, elle fit naître en moi la plus terrible passion. Celait de la bestialité ! L'excès de mon amour me rendit impuissant. L'ébranlement nerveux était si grand, quand je m'approchais d'elle, qu'au moindre attouchement la semence se perdait avant que l'acte fût accompli. Je me contentais alors de lui embrasser les cuisses et les parties aénitales! Je me fais honte, mais, que voulez-vous, j'étais fou!

Cette surexcitation nerveuse a continué jusqu'à la mort de cette femme, survenue ces derniers mois. Jamais je n'en ai connu d'autre et cependant je m'en suis toujours tenu aux attouchements causés par mon impuissance et mes pertes séminales. Si j'essaie des rapports sexuels, l'éjaculation a lieu au moindre attouchement. De là. ma faiblesse, de mauvaises digestions et des selles sanglâmes. »

Une telle perturbation de corps et d'esprit ne permet guère une médication efficace, surtout par correspondance, ces malheureux hypocondriaques s'exagérant leurs maux et changeant d'idées à cet égard d'un jour à l'autre. Aucun traitement suivi, régulier ne leur est ainsi applicable, car ils se laissant aller à tous les excès et se soumettent ensuite à des privations selon leurs idées dominantes. Admettant que

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l'intestin était malade, celui-ci se privait heureusement de viUj café, liqueurs et tabac, mais il abusait des toniques; d'où sa constipation. Une verrée d'eau froide en lavement, pris en se couchant poulie garder, lui fut prescrite pour la combattre et atténuer ses pertes séminales hebdomadaires, qualifiées à tort de spermalorrhée.

Les pollutions passives s'effectuent, au contraire, sans besoin, ni désirs, ni volupté, contre la volonté etàl'insu même du malade. En se renouvelant ainsi, plus ou moins fréquemment, elles constituent une maladie, effet presque inévitable et certain de la masturbation ou d'abus vénériens précoces et prématurés, dont l'action nocive retentit principalement sur les organes éjaculateurs. Les pratiques onanistiques contre la génération sont les plus funestes à cet égard. Surmenés dans l'adolescence, atteints dans leur toniciLé, affaiblis ou relâchés, ces organes en conservent une marque indélébile par une éjaculation anormale, anticipée, signe initial de ces pollutions passives.

Les garçons faibles, délicats, cachectiques, lymphatiques, scrofuleux ou strumeux y sont particulièrement exposés, surtout ceux atteints d'incontinence d'urine. Ces pertes coïncidaient trois fois avec cette infirmité dans nos observations : chez un étudiant anglais de vingt-quatre ans, chétif et névropathe; un charron de vingt-trois ans, pâle et arthritique; un employé belge de vingt ans, très délicat, né dans la régence de Dusseldorf. Livrés à

la masturbation dès l'enfance, ils avaient eu ensuite des pertes séminales nocturnes, montrant que ces deux incontinences, connexes et solidaires, résultaient d'une faiblesse nerveuse locale. Plus tard, elles s'effectuent parfois sans réveil, les malades ne s'en apercevant que sur leur linge et surtout par le malaise général, la courbature, le mal de tête en s'éveillant, ne pouvant se tirer du lit, plus éreintés et énervés qu'en se couchant, par les rêves, les cauchemars qu'ils ont eus et dont ils se souviennent vaguement. L'histoire de ce dernier résumera celle des deux autres.

13 décembre 1886.

196. « Je me masturbai de quatorze à dix-neuf ans, ayant parfois de rares éjaculations nocturnes. Mon état de faiblesse me fit renoncer complètement à ce- vice, il y a neuf mois. Les pollutions n'ont pas cessé, donnant un liquide épais, d'un blanc jaunâtre et raidissant le linge. Un médecin m'ordonna une solution bromurée avec des frictions dans un drap mouillé en me levant et l'usage de la gymnastique. Les pollutions diminuèrent à deux par mois, mais une démangeaison insupportable de la peau me fit abandonner le traitement: elles augmentèrent bientôt. J'essayai en vain de fréquenter les maisons publiques pour forcer ma nature à se ranger dans son droit chemin, si longtemps perdu ; j'étais impuissant. Actuellement, les pollutions ont lieu deux fois par semaine. .

Je suis maigre, la peau est pâle et sècbe ; maux de tète, surtout en arrière du crâne, douleurs dans le bas des reins en travaillant trop fort, ce qui provoque les pollutions nocturnes rarement suivies d'images voluptueuses. Je suis vieilli avant le temps. »

Soumis au traitement local et topique d'une verrée d'eau froide en lavement tous les soirs en se couchant, remplacée par un suppositoire calmant et astringent

tous les deux ou trois jours, avec essai d'un coït régulier tous les quinze jours, ce garçon n'avait plus, dès le 15 février suivant, que deux pollutions par mois, faute de coït. Sa santé se rétablit et il écrivait de Brème, le 28 juillet : « Quant à mon mal, je m'en soucie fort peu. J'ai encore quelques pollutions, à défaut du coït dont je n'ai point l'occasion; mais je me porte bien et ma nouvelle position, en me permettant de remplir entièrement vos prescriptions, me vaudra sans doute une guérison complète de corps et d'esprit. »

Ce traitement simple et topique, par son action directe sur les parties malades, remplace avantageusement les médications internes usitées contre les pertes séminales. En variant la composition des suppositoires avec l'ergotine, la strychnine, la cocaïne, etc., suivant les indications, j'en ai obtenu de nombreux succès. La verrée d'eau froide, prise alternativement en lavement en se couchant et facile à garder, est un adjuvant très efficace en calmant l'éréthisme des conduits séminifères. La diminution rapide de ces pertes rétablit le calme et l'espérance dans l'esprit troublé et perturbé de ces malades. Les Orientaux surtout sont pris d'idées noires, de mélancolie, d'hypocondrie, qui les poussent au suicide.

197. Un jeune Roumain, juif, faisant ses études à Genève, très nerveux et impressionnable, m'écrivait, en août 1885, qu'après avoir abusé de la masturbation avec un camarade, il était pris de pertes séminales nocturnes si fréquentes qu'elles se renouvelaient jusqu'à deux fois. Il avait dix-sept ans et manifestait son désespoir pour l'avenir de sa virilité, car ces pollutions avaient lieu sans érection ; il ne s'en apercevait souvent qu'à son linge et au malaise qu'il éprouvait en s'éveillant. Il ne pouvait plus se livrer à ses études favorites.

Soumis au traitement précédent, il m'annonçait, après

une correspondance de six semaines, que ses pertes diminuaient graduellement. Il en fut débarrassé en deux mois et guéri définitivement de sa fatale habitude de la masturbation seul et à deux.

198. On aura une juste idée de ces idées sombres par la lettre suivante : « Suite d'abus, je suis condamné malgré ma jeunesse, vingt et un ans, à une maladie fatale, la spermatorrhée. Depuis six ans, je vis dans un désespoir absolu : j'ai perdu la mémoire, la gaîté, l'intelligence. Toujours entouré par une hypocondrie sombre, je cherche en vain à chasser ces idées mélancoliques qui me donnent envie de me suicider. J'ai quitté la Turquie pour me guérir de cette impitoyable maladie et continuer mes études ; mais, hélas! depuis plus de dix mois que je suis à Paris, je souffre davantage. Je vous demande humblement vos conseils à ce sujet. »

Livré à l'onanisme manuel à quinze ans, par les agaceries d'une petite fille, ce jeune homme, bien développé, tenta vainement le coït de seize à dix-sept ans pour s'en guérir. Il resta impuissant et continua sa fatale habitude deux fois par jour, provoquant ainsi des palpitations, une hémicrânie gauche, qu'il appelle migraine et paraissant plutôt névralgique, avec contractions musculaires des membres. Jl a aussi réussi de moins en moins dans le coït, même en provoquant l'érection artificielle avec la main. Des pertes spermaliques ont lieu deux à trois ibis par jour après la miction et en allant à la garderobe; constipation habituelle, malgré des lavements journaliers. Douleurs dans le bas des reins et au périnée, en perdant le sperme et lors de l'éjaculafion.

Soumis au traitement précédent avec un régime physique et moral très sévère, par l'absence de toute excitation et une continence mesurée, ce jeune Orien-

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tal, jouissant de sa liberté, paraît peu disposé à en profiter, étant livré aux charlatans et ne rêvant que remèdes violents: électricité, cautérisation post-urétrale, strychnine, bromures, etc.

199. Un phtisique émacié, âgé de vingt-deux ans, se présentait, le 28 novembre 1887, en se plaignant de pertes séminales nocturnes, abondantes et croissantes depuis un an. Il était venu de Russie pour consulter M. Peter au sujet de sa maladie pulmonaire, sans lui parler de ces perles qui l'épuisaient, disait-il. Elles étaient survenues de seize à dix-sept ans, après une année passée en excès vénériens avec une maîtresse qu'il voyait seulement à la dérobée. Leurs entrevues consistaient ainsi en coïts répétés et forcés, jusqu'à trois en quelques heures. Il se porta bien néanmoins jusqu'à vingt et un ans, en continuant ses études; puis la toux survint et les pollutions rares, existant auparavant, augmentèrent graduellement, sans douleur locale. Il était pris d'une fièvre vespérale tous les jours. Peut-être s'agissait-il d'une tuberculose des vésicules séminales, mais je ne crus pas utile de m'en assurer devant la tuberculose pulmonaire prédominante, et je prescrivis seulement le traitement ordinaire qui lui procura du soulagement, m'a-t-il dit.

En succédant à la masturbation prolongée, les abus, les excès vénériens rendent ces pertes encore plus inévitables et graves, comme dans le cas précédent. Une véritable spermatorrhée aiguë, diurne et nocturne, suivit immédiatement des abus inconsidérés de coït jusqu'à extinction de toute émission, chez un garçon de vingt ans. A cette contracture des canaux éjaculateurs succéda leur relâchement. Indolores d'ordinaire, ces pertes sont parfois douloureuses. « J'éprouve une petite douleur, m'écrit un correspondant, qui des vésicules va jusqu'au gland.

Elle n'est pas continue. Quand je vais à la selle, les pertes se produisent sans érection. La nuit, il y a érection et sensalion faible de volupté. Je soulfre beaucoup du mal de tête. »

Ces pertes passives, en succédant à la masturbation, aux abus et aux excès vénériens, en ont donc tous les dangers qu'elles augmentent encore par l'abondance des pollutions spermatiques. Leurs victimes les confondent ainsi avec la spermatorrhée : écoulement continu, indolore et goutle à gouite du liquide spermatique, gonorrbéïque ou purulent, tandis qu'elles se distinguent en s'effectuant en une seule fois, tout à coup, et séparées par un certain intervalle. C'est leur caractère distinctif, soit qu'elles s'opèrent sans érection notable, par une pensée lubrique, à la vue d'un acte obscène ou à son récit, soit en montant à cheval ou en allant à la selle, s'il y a constipation, et par tout autre effet mécanique portant sur le périnée.

200. Le 4 juin 1886, un garçon suisse de trente-huit ans, peintre en bâtiment, très bien constitué et d'une santé parfaite en apparence, se dit atteint de spermatorrhée depuis de longues années. Masturbateur passionné jusqu'à vingt ans, il n'a cessé qu'à l'apparition de pollutions spontanées. Une blennorrhngie avec bubon, contractée dans ces conditions, augmenta le mal qui n'a pas cessé depuis. La moindre pensée erotique, regard ou toucher lubrique, détermine une pollution dans le jour, debout ou assis; il en a même sur son échelle, toujours sans érection. La trépidation du chemin de fer et le siège dur en ont déterminé pendant son voyage, à la vue des femmes placées dans le wagon.

De là son impuissance. Il demandait si le mariage

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ne l'en débarrasserait pas. Au contraire, répondie-je; observez plutôt la continence et évitez toute excitation. Aucune lésion locale nétait appréciable. Le traitement topique sus-indiqué avec l'ergotine diminua l'écoulement, sans permettre les rapports normaux un mois après.

201. Le 26 décembre suivant, un grand garçon de vingt-cinq ans,chétif, maigre et très nerveux, demandait conseil pour des pollutions nocturnes se renouvelant toutes les deux à trois nuits. Il était exempt de masturbation et à peu près novice, n'étant entré que deux à trois fois dans les maisons publiques. Conjointement avec le même traitement local, nous lui avons prescrit, au contraire, des rapports sexuels réguliers et le mariage au plus tôt.

202. Le priapisme, accompagnant ces pertes et les compliquant par la masturbation, les rend encore plus graves, en déterminant l'absence de désirs et provoquant l'anaphrodisie chez ces névropathes. Un employé télégraphiste en province, âgé de vingt-deux ans, était livré à l'onanisme depuis l'âge de quinze ans, sans aucun rapport sexuel, par l'impuissance des organes directs qu'il décrit ainsi : Verge raccourcie, gland violacé avec rougeur pourpre postérieurement; canal très irrité. Bourses petites, lâches et pendantes, devenant dures comme un caillou par le froid. Des perles séminales nocturnes se reproduisent en moyenne tous les cinq jours, sans que rien puisse les faire prévoir. Un rêve obscène a lieu vers le matin, de trois à cinq heures, puis une perte ordinairement dépourvue de volupté, que le réveil seul, une heure après, fait découvrir. Néanmoins, les érections sont très fréquentes, prononcées et persistantes durant la nuit, mais l'éjaculation trop rapide rendrait le coït impossible, suivant le malade.

Sans désirs sexuels ni force morale pour résister à leur fatale habitude solitaire, ces infortunés hypocondriaques, analysant leurs moindres sensations et

les exagérant dès qu'elles se rapportent aux organes génitaux, se croient frappés d'impuissance par toutes les souffrances qu'ils énumèrent à plaisir. Celui-ci s'accuse ainsi de tous les accidents nerveux, généraux et locaux, avec l'aiblesse, maigreur, tristesse profonde, désir de la mort, et s'est adressé successivement aux annonces de tous les charlatans pour essayer leurs remèdes.

Il a employé sirops anti nerveux, strychnine, quinquina, phosphate de chaux, bains de mer, bougies belladonées, cautérisation de l'urètre au nitrate d'argent, etc.; le tout sans autre résultat, en l'entretenant dans ses fatales illusions, que l'aggravation de son état. Voici un spécimen de l'une de ces formules indigestes :

Poudre de cachou 10 grammes.

Lupulin 5 —

Poudre de racine de belladone . . 2 gr. 50 cent. Extrait de quassia amara .... Q. S.

Pour faire 100 pilules. — Dose : 1 à 4 pilules successivement, le soir au coucher ou un peu avant.

Un traitement hydrothérapique bien dirigé, conjointement avec la médication anale précitée, et l'essai d'un coït hygiénique, en temps voulu, m'ont paru devoir être essayés bien plus rationnellement pour guérir à la fois le physique et le moral.

Ces pertes spermatiques sont parfois entretenues par une cause très simple et peu connue : la brièveté du frein. En attirant le méat en bas, surtout dans 1'éreclion, elle provoque une irritation locale pouvant déterminer des pollutions involon-

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taires et entretenir Ja stérilité comme dans l'hypospadias décrit page 143.

203. Un garçon de vingt ans, grand, brun, lymphatique, atteint de pollutions nocturnes depuis deux ans, était réduit à une extrême faiblesse, malgré le camphre, les bains tièdes et froids et le régime lacté. Il arrivait à l'épuisement.

A l'examen des parties génitales, le docteur Heulard ne trouva rien d'anormal, sinon un filet extrêmement court qui, en abaissant le gland dans l'érection, formait un angle prononcé avec le pénis. Le frottement en résultant pouvait donc provoquer l'éjaculation. Un coup de ciseau, comme pour le filet de la langue chez les nouveau-nés, suffît à détruire cette anomalie et les pollutions nocturnes cessèrent immédiatement durant plus de quatre mois consécutifs. Elles ne revinrent ensuite, avec la force et la santé, que rarement et à l'état normal. (Abeille méd., n° 40, 1866.)

204. Elles sont aussi simulées par des écoulements prostatiques ou des glandes de Cowper. Un garçon de vingt-sept ans environ accuse de fréquentes émissions nocturnes contre lesquelles un médecin lui prescrit le coït. Un mois après, il avait une gonorrhée dont il guérit en six semaines. Un écoulement prostatique suit bientôt en compagnie des femmes. Marié un an après sa première gonorrhée, il est pris, dès le second coït, d'un écoulement jaunâtre et douloureux qui se manifeste avec tous les symptômes d'une blennorrhagie aiguë. Douleur surtout après la marche, en urinant, et mictions toutes les quatre heures. Une douleur locale au périnée t'ait découvrir au toucher deux corps durs comme une petite noisette, en arrière du corps spongieux, situés de chaque côté de la ligne médiane. C'étaient évidemment les glandes do Cowper, dit le docteur Bowie , dont la pression provoquait le besoin d'uriner. Il y avait lièvre avec constipation et langue chargée. Le repos au lit et des fomentations chaudes locales, avec l'extrait de pulsatillc à l'intérieur, mirent fin à tous les accidents en quatre jours, et cet homme

reprenait ses occupations le surlendemain. L'écouleraenL seul persista pendant trois semaines. D'où la conclusion que l'extrait de pulsatille a une action directe sur l'inflammation des glandes de Cowper, comme sur celle des testicules et de la prostate. Deux gouttes de l'extrait toutes les quatre heures diminuent immédiatement la douleur et la font disparaître en quelques jours. N'est-ce pas le cas de l'essayer dans ces écoulements dont la source est douteuse? (Lancel, 21 uovembre 1885.)

Le mélange du sang ou du pus avec le sperme lui donne uue couleur rouge brun ou noirâtre et même verte, comme des exemples eu ont été rapportés sous les noms d'hémospermatisroe, d'hémospermie et cyanospermie. Ces colorations diverses indiquent un état morbide des réservoirs du sperme. Les pertes séminales peuvent ainsi présenter différentes couleurs et être confondues avec la blennorrliée, écoulement urétral d'un blanc grisâtre, la goutte militaire et la prostatorrhée. L'écoulement verdâtre intermittent, constaté page 91, provenait probablement de la prostate, comme dans YObservution 124. Mais ce ne sont plus là des anomalies ; ce sont des maladies souvent graves et rebelles des organes séminifères, exclusivement du ressort du médecin et que lui seul peut distinguer. Il n'y a donc pas à s'en occuper ici, leurs symptômes et leur traitement étant décriLs dans la Stérilité humaine.

205. La compression ano-périnéale, signalée par Trousseau contre les perles séminales involontaires, a été employée efficacement depuis chez un jeune homme qui en était profondément débilité. Il avait eu même temps des érections violentes comme dans le priapismei (Observation 170.) Les moyens rationnels avant

échoué, le docteur Doisneau fil adapter à une sangle en ceinture, bouclée par devant, une autre sangle fixée en arrière et longeant le sacrum et le coccyx. Une pelote ovalaire dure, de quatre à cinq centimètres d'épaisseur, lut placée au niveau de l'anus pour le comprimer et une autre triangulaire agissait de même sur le périnée jusqu'à la racine des bourses. Une double courroie en cuir, fixanl les deux angles, s'agrafait par devant. Appliqué par-dessus la chemise, en se couchant, ce bandage eompressif fit cesser les érections et les pollutions par l'obstacle apporté à la circulation. Cette guérison a été relatée en 1808 dans notre Dictionnaire annuel des progrès des sciences médicales.

La manuélisation chez la femme amène des accidents analogues, se traduisant par des pertes de sang, des écoulements blancs ou flueurs blanches dont les exemples sont relatés à Y Onanisme, p. 346. Des catarrhes purulents peuvent même s'ensuivre.

Ovulation. Les anomalies de la spermatose ont probablement leurs analogies chez la femme dans l'ovulation, c'est-à-dire la déhiscence des ovules de l'ovaire déterminant la menstruation; acte correspondant à l'émission du sperme, sauf la différence que les ovules ne sont pas visibles et distincts dans le sang, ni tangibles et pondérables comme celui-ci. Leur détachement, constaté par l'empreinte cicatricielle qu'ils laissent à la surface de l'ovaire, ne peut se faire que sur le cadavre ou expérimentalement sur des femelles animales en les sacrifiant. De là leur admission sur le vivant, sans que la constatation puisse en être faite dans le sang des règles. De nombreuses causes altérant celui-ci dans la matrice et le vagio, avant son expulsion, ren-

déni cet examen presque illusoire. De là, l'absence de recherches directes à cet égard. Autant il est facile de constater actuellement l'absence de sperme ou des animalcules qui en sont le principe vivifiant, leur rareté et leur défaut de vitalité, autant il est difficile, impossible même de vérifier cette vitalité des ovules. On ne peut en juger que parla régularité de la menstruation, la quantité et la qualité du sang des règles.

Ce signje est si variable, en constituant autant d'anomalies de l'ovulation, sans maladie apparente, qu'elles seraient infiniment plus fréquentes que celles de la spermatosc. Ce n'est pas seulement dans l'avance et le retard des époques, leur abondance et leur rareté, leur ténuité, leurs dérangements et leurs diverses irrégularités, mais leurs nombreuses déviations et jusqu'à leur absence absolue, comme leur persistance pendant la grossesse et l'allaitement. Ce sont là autant d'anomalies dont il est inutile de s'inquiéter, tant qu'il n'y a pas douleur ni souffrance ou une cause quelconque pour en rendre compte. Combien les pertes sémiuales involontaires chez la femme seraient plus fréquentes que chez l'homme, si l'on comptait comme telles toutes ses pertes sanguines, ses hémorragies ! ! La plupart viennent de la matrice et non des ovaires, et c'est pourquoi aucune comparaison n'est à établir ici ; elles ne correspondent qu'avec les écoulements blennorrhéiques et prostatiques de l'homme.

Tout parallèle étant impossible par la différence même des deux appareils correspondants, il n'y a

pas à examiner toutes les anomalies de l'ovulation, la plupart restant cachées. Tant de femmes bien réglées sont stériles, alors que d'autres, ne l'étant pas, sont très fécondes, qu'il serait superflu de rechercher le pourquoi. Tout le secret en est parfois dans une extrême fécondité, comme la femme russe, citée dans le Mariage, page 207. Mariée à quinze ans sans être réglée, elle eut seize enfants, dont plusieurs jumeaux, sans que les règles aient eu le temps de se montrer dans les intervalles, étant constamment enceinte ou nourrice jusqu'à trente-six ans. La mort du mari permit seule aux règles d'apparaître. Des exemples authentiques démontrent que la menstruation n'est pas toujours et nécessairement un signe d'ovulation et vice versa.

206. Allemande, âgée de quarante-cinq ans, grande et forte, a eu neuf enfants dont sept vivants. Ayant, depuis quelque temps, un sentiment de tension dans le ventre avec douleurs lombaires, ses voisines l'attribuent à l'âge critique; ce qu'elle ne croit pas, parce qu'elle n'a jamais été menstruée. Jamais elle n'a eu d'écoulement sanguin du vagin ni d'ailleurs. Aussi ne savait-elle pas comment fixer la date de ses grossesses; souvent elle ne les connut que par les mouvements de l'enfant. A l'âge de dix-sept ans, immédiatement avant son mariage, elle consulta un médecin, supposant qu'elle avait quelque vice de conformation devant s'y opposer. Celui-ci ne constata rien d'anormal. Cependant, jamais elle n'eut de règles ni même, en l'absence d'écoulement, de malaise périodique.

l'uur cinq de ses grossesses, la conception eut lieu pendant qu'elle nourrissait, et trois fois fort peu de temps après l'accouchement.

C'est là un fait des plus intéressants démontrant

qu'il n'y a pas une relation nécessaire entre l'ovulation et la menstruaLion.

Leur rapport même n'est pas une condition absolue de fécondité. Les ovules sont parfois peu viables à l'égal des spermalozoaires. La stérilité peut ainsi en dépendre, comme dans la chlorose, l'anémie et les diathèses cancéreuse, phymique, etc. La menstruation, même régulière, n'est donc pas un signe absolu de fécondité. Il y a des exceptions.

Les déviations menstruelles avec ou sans fécondité, car on ne peut dire ovulation, sont beaucoup plus fréquentes. Sur 308 observations, M. J. Mou vit r a trouvé qu'elles siégeaient 277 fois dans une région unique et 31 fois dans des régions multiples. L'exhalation s'est produite 51 fois par la muqueuse pulmonaire, 50 fois par la muqueuse stomacale, 38 fois par les membres inférieurs, 30 fois par la muqueuse nasale, 2!) fois par les yeux, 27 fois par les membres supérieurs, 20 fois par les mamelles, 23 fois par l'anus et l'intestin, 21 fois par l'oreille, 17 fois par la bouche, la langue et les lèvres, 13 fois par la face, le dos et l'abdomen, 13 fois par les gencives et les alvéoles dentaires, 10 fois par la muqueuse des vuies uriiiaires, 0 fois par le cuir chevelu, 0 fois par le nombril, 4 luis par toul le corps, 2 fois par le pli de l'aine et 1 fois par le creux de l'aisselle. (Acad. des sciences, janvier I884.J

La persistance des règles pendant la grossesse, contrairement à l'habitude, n'a pas plus d'importance que pendant l'allaitement; l'enfant seul peut eu soulfrir, surtout dans sa nourriture. Le lait est alors

moins abondant et communique assez souvent des coliques au nourrisson . Sans être un certificat de bonne nourrice, cet état n'est pas davantage une cause d'incapacité ni d'exclusion absolue. Quand une mère voit ainsi ses règles reparaître dans la première année de l'allaitement, ce n'est pas une raison pour sevrer immédiatement son enfant ; il n'y a pas péril en la demeure et elle peut continuer, si le nourrisson ne présente aucun accident et ne dépérit pas. Elle ne doit cesser que si elle ou lui en sonl affaiblis, souffrants ou malades.

La femme réglée pendant sa grossesse n'a pas davantage à s'en préoccuper. Elle ne s'en aperçoit ordinairement que du quatrième au cinquième mois par les mouvements du fœtus. Inexpérimentée, elle ne sait pas interpréter les malaises, les nausées, les envies, le gonflement douloureux des seins, ni celui du Ventre, comme signes de la grossesse, ou du moins elle reste dans le doute et l'inquiétude sur son état, ainsi que sa famille, comme dans le cas suivant.

207. Le maire d'une commune du Puy-de-Dôme demandait avis, en décembre 1886, sur la position critique de sa femme, âgée de ving t-trois ans, très grosse et sédentaire, pesant quatre-vingts kilos, quoiqu'un peu anémique. Enceinte de sept mois et demi, elle est encore réglée comme avant sa grossesse, annoncée seulement par un changement de santé, de manière d'être et de caractère. La présence des règles fit douter de son état jusqu'au jour où elle ressenlit les mouvements de l'enfant. Ils sont encore très faibles aujourd'hui et à peine -ensibles à la main.

L'année dernière, elle accoucha à huit mois d'un enfant bien conformé, mais très frêle, sans doute par suite d'une chute faite dans les premiers mois et suivie

d'une perle considérable. L'enfant est mort huit jours après sa naissance.

Ces conditions ne sont pas favorables évidemment pour mener une grossesse à bien. Un accouchement prématuré est encore à craindre, et, s'il a lieu à terme, l'enfant pourra bien être peu viable, faible comme Je précédent. Telle fut ma réponse, en conseillant un exercice modéré, excepté pendant les règles, une légère révulsion sur les seins en les recouvrant de ouate sinapisée; une nourriture tonique, sans fer, et nullement excitante ; au besoin, l'extrait de quinquina ou d'autres toniques astringents; la vie au grand air, plutôt qu'au magasin. Continence.

Contre ces anomalies menstruelles, l'indication est une hygiène rigoureuse pour en contre-balancer les mauvais effets sur le sang de la mère et de l'enfant, prévenir les accidents ou y parer dès qu'ils se présentent. Les fausses couches et l'avorteinent en sont les plus redoutables et fréquentes conséquences par défaut de nutrition du fœtus. L'hygiène de la mère doit être modifiée.

Stérilité matrimoniale. Toutes les anomalies fonctionnelles précédentes sont des causes de stérilité entre les deux sexes; mais elles ne la déterminent pas fatalement. Il y a heureusement deexceptions inexplicables, dont les preuves sont données. Au contraire, leur disparition n'assure pas absolument la fécondation, quoique possible. Elle rosir incertaine, malgré sa probabilité, en présence des meilleures conditions naturelles, connues et fixées,

pour sa réalisation. Il y a toujours des aléas d'un côté ou de l'antre et le plus imperceptible suffit à l'empêcher. Celte stérilité est donc la plus redoutable et impénétrable de ces anomalies.

Exemple : voici deux jeunes époux bien constitués, l'homme ayant un sperme normal et la femme une menstruation régulière et naturelle. Tout se passe au mieux dans leurs rapports intimes. Il suffit pourtant que la sécrétion à peine sensible du vagin ou de l'utérus soit acide, plus acide qu'à l'ordinaire, pour tuer immédiatement les animalcules contenus dans le sperme, agents essentiels de la fécondation de l'ovuie et empêcher celle-ci. De là le mystère impénétrable qu'un simple examen préalable, au papier de tournesol, suffirait à éclaircir et quune injection d'eau de Vichy ferait évanouir aussitôt.

Combien de causes aussi simples et encore plus obscures peuvent empêcher le contact et la fusion de ces deux germes indispensables ! Il faut de plus que leurs conditions réciproques de vitalité les rendent également aptes à s'influencer. Et aorès leur pénétration réciproque, que de conditions inconnues d'arrêt et de mort dans la fixation et le développement de l'embryon, pendant les premiers jours, le premier mois surtout ! D'où les retards ou les hémorragies accusés par la plupart des femmes stériles. Autant de causes mystérieuses de stérilité, sur lesquelles les médecins ni les intéressés n'ont aucun pouvoir assuré.

Dès que l'éjaculation est normale, le mari est disposé à attribuer la stérilité à sa femme, avant même

m ANOMALIES SEXUELLES

de soumettre son sperme à un examen microscopique éclairé. Ceux qui ont lieu d'avoir des doutes à cet égard ne le font même pas toujours préalablement, comme les Observations 60, 61 et 104 d'orchite double en font foi. Il suffit que l'émission soit naturelle, pour qu'il le croie fécondant. C'est une erreur profonde. Tl y a le moment psychologique de l'émission, les fausses routes, les rétrécissements de l'urètre, du méat ou sa direction vicieuse, et bien d'autres causes de stérilisation à son avoir. Il ne doit soupçonner sa femme qu'après s'être assuré de leur absence.

Incontestablement, les causes apparentes et cachées de stérilité sont plus fréquentes chez la femme, parce qu'elle conçoit en elle. Mais tant qu'elle n'a pas conçu, elle n'y est pas plus exposée que l'homme.

Sa prédisposition spéciale à cette infirmité est la conséquence inévitable de ses fonctions de la gestation et de la maternité. Elle n'en est donc pas responsable ; mais l'onanisme, les fraudes contre la conception, les retards de la menstruation, les avortements ovulaires et embryonnaires et les maladies en résultant contribuent aussi à la stérilité, acquise ou accidentelle. Native, originelle, elle doit être recherchée essentiellement dans des arrêts de développement ou des vices de conformation comme chez son conjoint. A ce défaut, clic est imputable à l'homme. Privée même de toute impression voluptueuse dans la copulation , la femme n'en conçoit pas moins, d'après lus exemples relatés aux anomalies de cet acte. (Observations 110 111 et 112.)

Une vingtaine de ménages stériles se sont ainsi présentés ou ont écrit pour en connaître la cause. Plusieurs sont relatés ci-dessus aux Observations S, 20 et '101. Quatre seulement avaient eu des entants et les autres étaient restés absolument stériles. Voici les principaux détails de ces faits.

208. Deux Lyonnais, mariés jeunes, avaient eu un garçon, mort à treize ans d'une fièvre typhoïde. Dans son désespoir, la mère en a presque perdu la raison et a tout fait depuis quatre ans pour le remplacer. Ils s'étaient gênés au début pour n'en pas avoir d'autre et ont recours ensuite aux voyages, aux eaux, aux soins et aux efforts de tous genres, sans pouvoir réaliser ce beau rêve de l'âge mûr d'avoir un héritier. D'une santé florissante avec un peu d'embonpoint, la femme, âgée de trente-sept ans, est encore régulièrement réglée en quantité normale. L'homme en a quarante-six et jouit de toute la vigueur de la maturité.

Au toucher, le col est placé en arrière, au point de ne pouvoir le découvrir avec le spéculum , malgré l'écoulement des règles indiquant sa situation. Cette antéversion très marquée de l'utérus réclamait l'emploi d'une ceinture hypogastrique et le coït a rétro. Les fraudes antérieures n'étaient probablement pas étrangères à ce déplacement.

209. Plusieurs enfants sont nés dans le second cas; il ne reste qu'une fille de dix ans, et par crainte de la perdre, la mère, comme Léa, en demande instamment d'autres à son mari, qui voudrait surtout un garçon. La femme a trente-quatre ans, le mari quarante passés, et, depuis six ans, leurs rapports sont restés frustres.

On ne découvre aucune cause de stérilité de part ni d'autre, si ce n'est l'excès môme de désirs de la maternité. Je recommande une certaine réserve et des injections alcalines à Madame, avant et après les règles.

210. En juin 1882, un Écossais, très grand et fort, de trente ans, épousait une petite demoiselle de trente-trois qui, après une grossesse très heureuse, accouchait le 6 avril suivant d'un gros garçon, élevé au biberon, faute de lait.

Les règles reparurent régulièrement depuis tous les vingt-six jours, sans nouvelle grossesse. Un examen de l'accoucheur, en 1885, constate une petite excoriation du col. Malgré un ou deux badigeonnages à la teinture dïode, le mal augmenta rapidement et une métrite constatée par l'accoucheur en résulta avec écoulement sanguinolent. L'avis de Simpson (d'Edimbourg) fut demandé 'et, en approuvant le traitement institué, il prescrivit le repos dans la position horizontale, la malade ayant vaqué jusque-là à ses occupations domestiques.

Malgré l'amélioration survenue, des douleurs générales, surtout dans les jambes, persistaient lors des règles, toujours en avance. Une doctoresse est alors consultée et constate un abaissement considérable avec version gauche. D'où l'emploi du pessaire à tige. Six mois après, les douleurs générales étaient plus intenses et continues. Son enlèvement ne changea rien. Des bains de mer, en 1887, ont rendu la menstruation moins douloureuse et la sensation de pesanteur presque nulle. Mais ces accidents ont reparu, dès la reprise de ses occupations domestiques.

En lisant la Stérilité humaine, en novembre 1887, le mari, attentif et judicieux, pensa qu'il pouvait bien être, à son insu, la cause de tout le mal. Il constatait avec le doigt une fausse route au-devant de la matrice et jugeait ainsi que le choc du pénis, très long, avait pu produire l'exulcération primitive du col et l'inflammation consécutive de l'utérus. D'où son abaissement, sa chute, la malade ayant continué à rester debout jusqu'à la prescription de Simpson. L'usage du pessaire dans cet état ne pouvait rien, sinon augmenter les accidents par son contact, surtout

conjoinlement avec la continuation du coït. D'où les douleurs générales survenant au moment des règles.

Le fait est qu'en s'astreignant à l'usage d'un anneau en caoutchouc dans la copulation, de manière à ne plus heurter le col, le mari pouvait constater, à la fin de février 1888, qu'il lui fallait insérer l'index jusqu'au fond du vagin pour le toucher. Il était donc remonté. Aussi bien Ja femme ne ressentait presque plus de pesanteur. Le col seul restait placé en arrière, dans l'axe du vagin, et l'état général devenait de plus en plus satisfaisant. La stérilité de six années pouvait donc disparaître avec l'espoir et le désir d'avoir encore un ou deux enfants. Il suffisait de continuer ces précautions et de soumettre sa femme à la position couchée sur le ventre avec un tampon ovoïde en crin, placé transversalement au-dessus du pubis, pour corriger l'antéversion de la matrice. L'usage d'une ceinture hypûgastrique, le séjour à la mer en été, un bon régime, devaient compléter le traitement.

211. Un cas analogue au n° 208 par l'âge, la demeure et la profession des époux, s'est présenté tout récemment. Mariés depuis dix ans, ils ont eu un garçon enlevé par une rougeole à l'âge de trois ans. Ils ont fraudé pendant ce temps, dit la femme qui se présente seule, et une métrile grave, persistante, a suivi son accouchement laborieux. Depuis, ils ont tout fait pour remplacer cet enfant. Le sperme du mari a été reconnu normal au microscope et la cause de la stérilité est ainsi attribuée à la femme, quoique bien réglée, mais un peu obèse. Une déviation du col, signalée par un médecin, niée par un autre, en serait la cause, et elle vient pour s'en assurer.

Large déchirure de la fourchette à l'examen. L'index

ne rencontre pas le col directement ni en avant ; il se trouve très en arrière, sur la paroi rectale et très haut, la pulpe le touchant à peine. L'antéversion du corps est ainsi manifeste. D'où l'indication du coït a posteriori, avec l'emploi d'un coussin dur sous le ventre au niveau du pubis. Injections avec une verrée d'eau de Vichy contre un léger écoulement au moment des règles. La stérilité s'explique donc dans ce cas comme dans le premier.

Cette stérilité entre époux, ayant eu des enfants ensemble, à un âge où l'on peut encore en obtenir, dépend donc le plus souvent de dérangements ou de maladies locales et le mieux est de s'en assurer, dès qu'elle persiste quelques années. Le tort des époux lyonnais fut d'avoir trop attendu. Ils avaient réussi à en limiter le nombre à leur gré et leur outrecuidance à cet égard leur fit négliger l'aide du médecin pour en avoir d'autres. De là leur punition.

Elle est aussi parfois essentielle: sans lésion, difformité ni déviation appréciable. L'exemple s'en rencontre surtout dans les unions fécondes dix. à quinze ans auparavant. Ils s'étaient mutuellement accordés pour n'en plus avoir et c'est en les perdant qu'ils ne peuvent les remplacer, malgré leurs désirs et la conservation des attributs de leur fécondité. Mariés jeunes, ils sont exempts de tout excès ou abus antérieurs et une tendre alfection n'a cessé de régner entre eux. A l'exemple même des mariages tardifs, ils croient pouvoir compter encore sur la venue tant désirée de nouveaux rejetons. La mère surtout, désolée de ne plus l'être, a beau faire tous les efforts pour redevenir jeune avec son mari : ses désirs restent vains. Remariée avec un autre, elle

en aurait peut-être, comme on le voit souvent; elle n'en peut plus avoir avec le sien. Effet de l'âge, de l'habitude, de l'imagination, de la vieillesse en un mot.

Ces exemples de stérilité tardive sont plus fréquents depuis un demi-siècle que les jeunes mariés prennent des précautions, comme les amoureux de contrebande, contre la multiplicité de leur progéniture. Ils ne se doutent pas alors qu'ils portent ainsi, les uns et les autres, le plus grave préjudice à leur virilité future, par la perturbation profonde du système nerveux génital, résultant de ces infractions à une fonction spontanée. Vienne le temps où, sans enfants, ils en voudront pour recueillir leur héritage, conserver leur nom et leurs titres, et ils ne pourront remplacer ceux qu'ils ont perdus. C'est en vain qu'ils s'écrieront comme les époux précités: tout se passe entre nous absolument comme étant jeunes mariés; pourquoi donc n'en résulte-t-il pas les mômes effets que chez les nouveaux mariés de notre âge?

En voici la démonstration authentique. Un capitaine, âgé de quarante-six ans, est mis à la retraite après la guerre de 1870-1871 et va se fixer dans le Midi. Engagé à dix-huit ans, il n'était certes pas resté continent. 11 épouse bientôt une demoiselle de trentesix ans. Quatre mois après, une fausse couche atteste la fécondité de cette union tardive. Un an ne s'était pas écoulé qu'un gros garçon naissait et deux Irères y succédaient d'année en année, au point que la mère, arrivée à quarante ans passés, est fatiguée e effrayée de cette fécondité à outrance.

Elle esL presque la règle, au lieu de l'exception, chez les vieux mariés, célibataires ou veufs. Les militaires surtout ne peuvent être taxés d'avoir observé le célibat: ce serait plutôt le contraire. D'où la démonstration que l'usage de la fonction n'est pas la cause de la stérilité des anciens époux avant l'âge. L'abus seul ou la perversité en est donc justiciable, sinon... la satiété.

Interrogé sur ces cas de stérilité essentielle eulre époux ayant eu des enfants, le médecin est souvent embarrassé pour donner une solution satisfaisante, quand tout se passe entre eux à l'état normal. Dès qu'il a constaté une spermatose et une menstruation physiologiques, sans diathèse, ni maladie, ni. altération appréciable de part ni d'autre, il n'a plus qu'une réponse à faire, variant selon les conditions différentes où se présentent d'ordinaire les demandeurs. A ceux n'ayant jamais fraudé, l'espérance est toujours permise. La stérilité peut bien résulter de la froideur ou de la satiété inséparables de l'âge et des habitudes. Il n'est pas exact de prétendre que tout se passe dans le mariage à quarante ou cinquante ans comme à vingt-cinq. C'est une pure illusion. La circulation et l'innervation ne jouissent plus de la même spontanéité, les sentiments et les sensations sont émoussés, les baisers moins brûlants et les étreintes moins immédiates; ce qui suffit à nuire au rapport dos organes et à en annihiler l'efficacité. La paresse des érections, la lenteur de l'acte en sont les preuves. Un n'est pas également disposé à s'y livrer ; ce sont des si, des mais et des préparatifs

STÉRILITÉ MATRIMONIALE. 4G9 indispensables. La conclusion se fait souvent attendre et quelle conclusion?. . . toujours moins profonde et voluptueuse qu'autrefois.

Tel est le secret : le thermomètre de l'amour vacille, s'abaisse inévitablement avec les années. Par occasion seulement, l'on retrouve ses premiers élans; au lieu de naître à volonté, il faut les attendre et en profiter. Les enfants inattendus dans l'âge mur n'arrivent pas autrement. La preuve en est dans la fécondité rencontrée parfois isolément, par ces mariés stériles entre eux par l'âge, dans des aveutures étrangères. On a cité des exemples véridiques d'hommes et de femmes mariés, ayant retrouvé leur fécondité à l'insu l'un de l'autre dans de coupables adultères, qui s'accusaient mutuellement in petto de la stérilité de leur union.

Les époux, désireux d'avoir des enfants légitimes sur le tard, 'doivent donc profiter de ces exemples pour ne pas trop se presser avec effort et attendre le jour et le moment psychologiques de s'unir ensemble avec le plus d'ardeur, surtout lors de la menstruation. La cause de la stérilité, en pareil cas, étant fréquemment du côté de l'homme, c'est à la femme, désireuse de devenir mère, à user de toutes les ressources et les stratagèmes, dont elle a le secret privilège, pour recevoir et absorber la semence propre à combler ses désirs. L'impressionnabilité de son système nerveux la rend toujours apte à redevenir jeune au moment propice, surtout dans certaines dispositions heureuses de corps et d'esprit. Il faut saisir ces occasions; autre-

ment ce sont jeux de hasard où l'étincelle qui doit allumer la vie manque le plus ordinairement

Tous les stimulants naturels et les excitants aphrodisiaques agissent favorablement pour redonner aux transports amoureux l'élan, l'ardeur et la sensualité nécessaires au succès. La fécondation est à ce prix chez les époux sur le retour. Quand elle ne se réalise pas dans ces conditions, on peut essayer de la fécondation artificielle, si elle est praticable.

Beaucoup plus fatale est la persistance de la stérilité entre les époux ayant fraudé pendant de longues années. Les diverses manœuvres lubriques et onanistiques employées contre la génération ne réussissent à frustrer la fécondation qu'en détruisant et annihilant cette précieuse faculté. Exemples : les éjaculations rapides et les pertes séminales atteignant l'homme ; les dérangements de la menstruation et les pertes blanches chez la femme. La fécondité se perd ainsi presque inévitablement chez ceux qui, par crainte d'une trop nombreuse progéniture, après un ou deux enfants scellant leur mariage, se soumettent à des restrictions, des rélicences physiques et morales, des tricheries, de la retenue, de la gêne pour ne pas se laisser aller. Des troubles locaux ou ia perturbation dans le jeu, le fonctionnement des organes séminifôres sont à prévoir presque à coup sur à bref délai .

L'homme, dans son rôle actif, est le plus exposé à cette perversion stérilisante dans l'émission du fluide séminal. Il y a dans les hésitations, les suspensions, les arrêts forcés imprimés à l'éjaculation

spontanée, autant de causes puissantes et renouvelées pour troubler profondément l'innervation si délicate des vésicules séminales , réservoirs du sperme, et des canaux éjacuiateurs chargés de l'expulser. Ces étreintes frustes, ces séparations subites, instantanées, au moment où le système nerveux cérébrospinal est en branle, ne peuvent s'exécuter qu'en réprimant et violentant les plus douces et voluptueuses sensations de l'organisme tout entier. Obligé d'en écouter, d'en mesurer mentalement le cours, pour les modérer, les ralentir, sinon les arrêter, l'homme perd bientôt, par ces résistances calculées et ces violences répétées, la faculté d'une éjaculation sDontanée et normale. Sa force et sa vélocité ne lardent pas à diminuer par l'altération même des muscles qui y président. Elle s'opère lentement, en bavant, et l'impression voluptueuse en est affaiblie, atténuée, absolument comme chez les masturbateurs. Le vrai spasme, la convulsion cynique n'existent plus. D'où la satiété, l'indifférence pour les rapprochements frustes et la dissolution des meilleurs ménages par l'éloignement que chacun en éprouve.

Une expérience personnelle permet de vérilier en secret cette cause : c'est de s'assurer isolément, par la masturbation, si les muscles éjacuiateurs ont conservé leur contractilité et leur ressort naturels par le jet du sperme à une certaine distance. Dès qu'il bave, tombe goutte à goutte, l'infécondité vient de là, lors môme qu'il contient des spermatozoaires. Leur existence ne suffit pas, dès qu'ils ne sont pas à l'époque opportune de la menstruation,

kU ANOMALIES SEXUELLES

sur le col de la matrice pour s'insinuer dans son ouverture .

Cette condition est d'autant plus indispensable alors que le col, soumis pendant de longues années à ces coïts frustes et toutes les pratiques onanistiques, est très souvent le siège d'un catarrhe chronique, d'engorgement avec atonie qui le paralyse, l'oblitère, le bouche. Les troubles de la menstruation par des hémorragies passives ou de violentes coliques à l'époque des règles, l'insuffisance de celles-ci, indiquent souvent, des altérations locales, suffisantes pour expliquer la stérilité et la rendre persistante. Telle est l'énigme quand on y regarde de près .

Il n'en est plus de même quand les époux, jeunes ou vieux, n'ont jamais eu la preuve, ensemble ou séparément, de leur fécondité réciproque. Elle n'est pas acquise, cette preuve, par des retards, ni des hémorragies consécutives chez la femme n'ayant jamais eu d'enfant. Ne consentant guère à se convaincre de sa propre stérilité, elle admet trop facilement cette excuse. Il faut toujours vérifier l'état des parties réciproques, en cas de doute, surtout quand le mariage dure depuis quatre à cinq ans ou plus. Des causes objectives ou subjectives, physiques ou morales , se rencontrent ordinairement de part ou d'autre et parfois des deux côtés. Les Observa lions S, 20 et 101 en témoignent. Un coït incomplet, avoué par le mari, suffit sans autre en

quête ; la douleur même y présidant l'explique parfois, comme dans VObservation 46.

Le désir, la passion de la maternité chez la femme, la folie même, déterminent la plupart de ces démarches et ces confidences des deux époux ensemble. Quand l'un se sait coupable de la stérilité de leur union, il se garde bien de le communiquer à l'autre. Il serait bien difficile de dire, à ce sujet, lequel est le plus habile et prudent pour ne pas laisser soupçonner son secret. Dès lors, ils se présentent séparément, comme les maris atteints d'orchite double ou frappés d'érections chancelantes. Les Observations 59, 60, 61, 122, 149 en offrent les preuves. Les femmes écrivent de préférence. (Observations 62, 156.) Tl serait si pénible d'avouer en face ! La faute leur en étant attribuée tacitement, elles provoquent, forcent leur mari à comparaître, dès qu'elles ne se sentent pas coupables. De là, le nombre restreint de ceux qui viennent ensemble.

Il est pourtan t des cas où l'on ne rencontre rien d'appréciable, bien que la stérilité persiste dans les meilleures conditions apparentes de fécondité.

212. Un horloger de trente-quatre ans, établi dans l'Aisne, épouse en secondes noces une jeune fille de vingt-quatre ans, deux ans après la mort de sa femme avec laquelle il a eu un enfant. Depuis deux ans qu'il est remarié, il n'en a pas d'autre et ils viennent ensemble en demander la raison. La femme se soumet d'autant plus facilement aux explorations qu'elle désire le plus ardemment devenir mère. Rien ne se découvre physiquement ni fonctionnellemcnt d'un côté ni de l'autre et l'on ne trouve à recommander ici qu'un peu de réserve entre les époques favorables, avec l'emploi des

stimulants aphrodisiaques pendant les cinq jours précédant et suivant les règles.

Une stérilité relative peut exister ainsi entre certains époux comme on l'a admis. La fécondation artificielle est le plus rationnellement indiquée dans ces cas. Sans la proposer immédiatement, nous l'avons signalée ici comme pouvant être nécessaire dans quelque temps. Depuis cinq ans, ce ménage n'a plus reparu ni donné de ses nouvelles.

213. « Je suis marié depuis douze ans et n'ai pas encore d'enfant, écrit en 1887 un fabricant de montres du Doubs. Ma femme n'a que vingt-neuf ans et moi quarante-deux et nous nous portons parfaitement bien, surtout ma femme d'une santé florissante; Deux fois, elle fut en espérance, mais un accident a détruit cet espoir, il y a cinq ans, la dernière fois. Une sage-femme, consultée depuis cette dernière fausse couche ayant amené une convalescence de quinze mois, a dit que le col était dévié de droite à gauche, Forifice s'appuyant de ce côté pouvant être la cause de la stérilité. »

11 demandait la fécondation artificielle et devait venir à cet effet en 1888. Mais ayant parlé de son prochain voyage à un ami ayant fait des études en médecine, celui-ci se moqua franchement de lui, laissant la réalité de cété pour courir après une chimère qui pourrait bien lui coûter cher; qu'en voulant avoir un enfant, il risquait le sacrifice de la mère. Il eut peur et, malgré les prières de sa femme, il ajourna indéfiniment sa visite.

Rien de bizarre et d'anormal comme ces mariages d'un homme de trente ans avec une enfant de dixsept ans, à peine formée. Après douze ans seulement, il cède à ses prières pour demander avis sur sa stérilité, à cause de deux accidents pouvant bien n'être que des retards ou des suppressions de règles. Cette prétendue « fausse couche » n'a d'autre continuation.

S T É R I L I T É M A T R I M 0 N J A LE. 475 en effet, que quinze mois de convalescence ; tandis qu'une fausse route à droite peut expliquer tout le mystère de cette stérilité. La santé « ilorissante » depuis pourrait bien en être la conséquence, par un engraissement anormal chez une nullipare de vingtneuf ans ! Réflexions suggérées par la triple correspondance du mari et son indécision pour ne rien faire.

Beaucoup plus décidée est la femme à ce sujet. La passion de la maternité est si vive et prédominante chez elle qu'elle brave tous les obstacles pour avoir des enfants... quand elle en désire. Rien ne l'arrête, ni la pudeur, ni la souffrance, et au risque même de sa vie, elle se soumettrait à cetle fécondation, si le médecin, indigne dece nom, y consentait, même en sachant qu'elle n'a aucune chance de succès. De là son adresse, son habileté et ses stratagèmes pour Jes éviter, quand elle n'en veut pas. Ni drogues, ni opérations ne lui font peur pour s'en débarrasser par l'avortement ou l'infanticide. C'est pourquoi tant en sont victimes.

214. Une dame italienne, très distinguée par ses titres et qualités, écrivait au commencement de 1888: « Je suis muriée depuis dix ans et, à mon grand chagrin et celui de mon mari, mon cousin germain, je n'ai jamais eu d'enfant. De grandes pertes avec douleurs utérines, provoquées par l'existence d'un fibromyome intra mural plus gros qu'un citron, en sont la cause, d'après les nombreux médecins consultés. Rendu ainsi inopérable, il s'est endurci et je souffre moins des coliques en restant couchée pendant six jours à chaque époque avec di s pertes moins abondantes. Mon ventre a le volume d'une femme enceinte de sept mois et tout

le reste du corps est à l'avenant. Agée de trente-quatre ans, je pense avec terreur que les règles peuvent cesser bientôt et que je n'aurai pas d'enfant. J'en suis si tourmentée, que bien souvent j'ai souhaité la mort, quoique mon mari soit nn ange de bonté.

11 y a quatre ans, on m'enleva un autre fibro-myome situé sur le col de l'utérus ; plus tard, on incisa cette ouverture pour faciliter la fécondation. Tout fut vain. Maintenant je me porte bien entre les époques, avec bon appétit et bon sommeil ; je me promène à pied et en voiture, sans pouvoir monter à cheval ni grimper sur les montagnes. En fatiguant trop, le ventre enfle, s'endolorit et une perte de quatre à six jours y succède.

Croyez-vous, monsieur, qu'avec cette tumeur, située dans la partie antérieure de la matrice, je puisse devenir enceinte par la fécondation artificielle ? Autant qu'il m'en coûte, je tenterais ce remède comme ma dernière chance. Mon mari, après avoir lu votre ouvrage, a essayé de faire seul comme vous l'indiquez, mais l'utérus est si sensible qu'il n'a pu insister. »

Une réponse négative, fortement motivée, était la seule à faire, après ces détails précis. Comment greffer artificiellement un embryon humain dans un utérus si sensible, quand tous les efforts pour l'implanter naturellement étaient restés inuLiles par ces pertes profuses, ces coliques atroces suffisant à l'expulser, sans que l'on pût s'assurer d'une conception réelle? Et... et...

Néanmoins, cette malheureuse et si intéressante dame ne l'ut pas convaincue et tenta une réplique.

« Tous les médecins spécialistes consultés lui avaient dit que si elle pouvait devenir enceinte, ce serait sa guérison radicale par l'absorption du fibro-myome interstitiel. Dans ce but. le col avait été raccourci pour en élargir l'ouverture deux ans avant, l ue dame de ses conimissanees avait été guérie de la sorte. Sa mère

avait aussi eu un fibrome, ainsi que sa grand'mère, et s'il est vrai qu'elles curent beaucoup de fausses couches, elles avaient pu avoir des enfants. Elle avait refusé une seule chose pour guérir : l'extirpation de la matrice comme lui enlevant tout espoir d'être mère. Au contraire, elle voulait absolument tenter la fécondation artificielle. Sa mère et sa grand'mère avaient pu aller à terme avec un polype, pourquoi n'irait-elle pas ? Je suis de, nature robuste, tous les médecins me trouvent très bien faite et disent que j'accoucherais facilement. Ils m'ont dit aussi, il est vrai, que mes pertes avec caillots pouvaient détruire de suite un commencement de grossesse.

N'espérant plus réussir par la voie naturelle — à cause de l'extrême sensibilité du ventre qui me rend toute pression gênante et mes devoirs de femme si lourds que j'en éprouve une répugnance insurmontable — je mets tout mon esprit et mon espoir dans la fécondation artificielle. »

Je me récusai absolument, en objectant qu'il n'y avait aucune chance de succès et qu'en réussissant, une grossesse exposait, par la rupture de l'utérus, à des accidents mortels . L'opération la plus dangereuse est toujours licite quand la mort est prochaine et inévitable ; la plus légère est coupable et défendue quand elle peut la donner, sans que la vie soit menacée autrement.

La fécondation artificielle, sans être dangereuse, est assez délicate pour ne pas être pratiquée légèrement à qui la réclame. Elle n'est pas toujours possible lorsqu'elle est la mieux indiquée, comme dans les Observations 101, 208, 211, et elle offre tant d'aléas à sa réalisation qu'il est toujours préférable de la laisser s'accomplir naturellement quand, après examen réciproque, les époux sont reconnus aptes

à l'accomplir. Elle est parfois réclamée par simple impatience de la femme, amour-propre du mari. Comment n'a-t-elle pas lieu en pouvant se réaliser? Une enquête scrupuleuse est toujours indispensable préalablement pour en découvrir la cause positive, précise ou probable. A son défaut, il faut en chercher, en supposer même de secrètes et cachées : l'un des conjoints ayant souvent intérêt à ne pas dire toute la vérité à l'autre. La femme peut avoir eu un enfant avant de se marier, sans que le mari le sache, et vice wrsa. Si le col maternel chez la première peut révéler ce fait, rien ne peut l'indiquer chez le second. 11 faut donc s'informer séparément de tous ces détails d'un très puissant secours pour savoir à quoi s'en tenir. Les diathèses ou maladies héréditaires en sont une contre-indication formelle.

Dans la plupart des cas, un temps d'attente et d'essai préalable est à fixer, et l'opération doit être signalée seulement comme un pis aller chanceux, une ressource aléatoire. Il faut toujours obliger les intéressés à montrer leur persistance dans la résolution de s'y soumettre. La pratiquer d'emblée, comme des médecins l'ont proposé et le font couramment, c'est encourager l'immoralité et en faire preuve. De là aussi les tristes résultats obtenus, d'après la dernière statistique.

Sur vingt-six essais de fécondation artificielle, deux succès seulement ont été suivis d'accouchement ;\ terme. Et encore les observations manquent. De là les restrictions précédentes faites à cette opération, très exceptionnellement applicable à la stérilité matrimoniale.

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