SENS GENES1QUE
Aucune recherche anatomique, histologique ni chimique, n'a réussi à découvrir, distinguer, isoler, ni saisir le sens génésique dans le cerveau, où l'origine des autres siège ostensiblement. Leur fonction cesse immédiatement par la division, la lésion ou la destruction des nerfs qui les relient aux différents organes ou appareils visibles de ces sens. L'impuissance ne résulte jamais d'une opération semblable, tandis qu'elle se produit sous l'influence d'une simple émotion. L'autopsie des impuissants n'a pas montré davantage dans le cerveau un point quelconque lésé spécialement pour indiquer le siège du sens génésique, comme on a découvert celui de la parole.
Au contraire, tout se réunit pour le fixer dans la moelle. L'irritation de celle-ci par la pendaison détermine l'érection, signe dislinctif chez les pendus. Ses lésions et ses maladies amènent le plus sûrement l'impuissance. Cet appendice nerveux du cerveau semble donc être l'intermédiaire indispensable des manifestations de ce sixième sens. Ses excès même : le priapisme, la nymphomanie, le satyriasis résultent ordinairement d'une irritation primitive et locale des organes génitaux. C'est secondairement que ces névroses acquièrent tous leurs caractères et entraînent la folie, en se transmettant au cerveau.
Sans siège local, fixe, déterminé, le sens génésique semble bien plutôt incité par ses satellites et en être la résultante. Que serait l'amour sans la vue, le tact, l'ouïe, l'odorat et le goût, la parole, le mouvement ?... Admettre l'inversion sexuelle pour ex-
pliquer des goûts contre nature, c'est donc forcer la note. L'inversion suppose la symétrie de ce sens, d'après les données positives que l'on a sur les autres, c'est-à-dire qu'il est double comme les organes eux-mêmes. Les centres moteurs des membres se rencontrent simultanément sur les parties latérales de l'écorce cérébrale, à droite et à gauche. Mais si les organes séminifèrcs sont doubles dans l'appareil génital des deux sexes, les organes copulateurs, doués de l'action la plus active, sont simples, asymétriques. A en juger par le sens de la parole qui est unique, comme celte faculté, et placé dans la troisième circonvolution frontale gauche, il y aurait lieu d'admettre que le sens génésique est également unique et isolé. Son inversion serait dès lors impossible et la modification du sentiment sexuel ne pourrait s'expliquer que par le changement de sa constitution moléculaire ou cellulaire, si elle est différente chez les deux sexes. Aufrempnt, l'idée et le mot seraient impropres et erronés, comme nous essayerons de le prouver à Inversion sexuelle.
Quoi qu'il en soit, ce n'est pas une raison de douter dû sens génésique, ni d'en nier l'existence. Personne n'a jamais pu démontrer le sens moral ni son siège, ses limites, et cependant tout le monde l'admet comme une faculté réelle et distincte. Philosophes et psychologues, médecins et légistes, juristes même, en tiennent compte et, à défaut de son siège, on le caractérise par sa négation même. De l'avis général, quiconque mène publiquement et impudemment une conduite scandaleuse, coin-
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mettant des actes immoraux sans s'en apercevoir, sans conscience ni repentir, manque de sens moral, dit-on, et sans l'absoudre devant l'intelligence et la raison qu'il manifeste, on l'excuse de certains faits que la plupart ne commettent qu'en secret, clandestinement et par occasion.
N'en serait-il pas de même de celui-ci?... On ne peut s'empêcher de l'admettre, en présence des organes secrets, déliés et délicats qui en sont comme les ministres, les agents spéciaux et dont les actes, si soudains et voluptueux, sont aussi incompréhensibles que leurs résultats sont grandioses et merveilleux. Sa réalité et son siège dans le cerveau se démontrent par ses manifestations subites, son impulsion spontanée comme celle de l'idée. Si les autres en sont les agents actifs inséparables, l'imagination, la mémoire ou le souvenir, immatériels et sans siège non plus, ne contribuent-ils pas de même à le distinguer ? Le confondre avec eux est donc impossible, puisqu'un seul suffit à le mettre en action, suivant l'occasion et le moment. Il est plus logique d'admettre qu'il est distinct, séparé, et que son siège, pour être encore inconnu et latent, comme celui de la mémoire, n'en est pas moins réel et sera découvert et iixé un jour aussi positivement que celui de la parole.
Une relation intime semble même exister entre ces deux sens. Le moral l'ait ordinairement défaut dans les aberrations ou perversions génésiques qui en sont la négation. Beaucoup de pédérastes, de masturbateurs des deux sexes sont mal èquïJi-
brës psychiquement. Privés de sens moral, ils se laissent aller inconsciemment, passivement à leurs incitations organiques, leurs mauvaises habiludes, en disant que c'est un défaut de nature. Or, le sens génésiquè est souvent obtus, absent même, chez ces intelligences détraquées. L'anaphrodisie n'est pas rare chez les originaux, excentriques ou bizarres. De là, leur rapprochement implicite. Ils s'annihilent réciproquement. Le premier ne pouvant exister que dans le cerveau indique qu'il faut y chercher le second, avec ses irradialions spéciales dans la partie inférieure de la moelle epinière, où siège le centre génital, dans le voisinage des organes sexuels.
Centre génital. Longtemps confondu avec le sens génésiquè, ce centre a été tour à tour fixé clans le cerveau, le cervelet et la moelle épinière, sans être encore définitivement localisé. Il a même fait négliger et oublier le premier, pendant un certain temps, quand Gall, guidé par son système de localisation des différentes facultés dans les bosses du crâne, crut en avoir découvert le siège dans le cervelet. La saillie de la bosse occipitale était, d'après lui, le signe évident et positif du penchant aux plaisirs de l'amour. Une nuque large, saillante et bosselée, décelait une grande puissance de l'amour physique, tandis que son effacement, son aplatissement ou sa dépression étaient des preuves visibles de froideur et d'impuissance.
Plusieurs exemples, rapportés à l'appui de celle opinion (Impuissance, page 108), lui valurent de nombreux partisans; mais des faits contradictoires
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s'élevèrent bientôt. Les fureurs du priapisme et du satyriasis ne coïncidant pas avec le développement de cette bosse et son affaissement ne se rencontrant pas chez les castrés, les eunuques orientaux ni les skoptzy russes, le crédit de la doctrine de Gall s'évanouit. Une fille de onze ans, morte d'épuisement à l'hôpital des Enfants par la masturbation, fut même trouvée dépourvue de cervelet à l'autopsie.
S'il ne siège pas dans la masse encéphalique, contenue dans la boîte crânienne, le centre génital doit se rencontrer à coup sûr dans la moelle épi— nière, en rapport direct avec les organes génitaux dont les nerfs spéciaux émanent de la partie inférieure, au niveau des dernières vertèbres lombaires. C'est là que Budge l'a spécialement fixé. Sans pouvoir le délimiter exactement, comme lui, au niveau de la quatrième vertèbre lombaire, source des mouvements de la partie inférieure des canaux déférents, ce siège est rendu évident par les modifications survenant dans les fonctions génitales, dès que cette portion de la moelle est atteinte, lésée, altérée ou malade.
Sa réalité chez l'homme semble confirmée par la récente découverte des nerfs éjaculateurs, faite par M. Rémy sur le cochon d'Inde, promulguée en 1884 à la Société de biologie et récompensée par l'Académie des sciences du prix de physiologie en 1885.
L'origine en serait dans un petit ganglion, comme une tête d'épiugle, placé sur la veine cave intérieure, au niveau des veines rénales qui en font
ressortir la blancheur. Ses filets radiculaires émanent du plexus rénal et des rameaux de la région . Deux branches blanchâtres en émergent, placées dans le méso-côlon, et descendent parallèlement à la colonne vertébrale vers les organes génitaux internes. L'excitation de ces rameaux provoque l'émission du sperme ; celle des racines du ganglion est au contraire nulle. Cette démonstration a été faite publiquement, sans que l'effet ait jamais manqué.
Il suffit de couper ces nerfs efférenls pour déterminer l'impuissance des animaux. On voit ensuite les tubes webériens, qui se contractaient énergiquement pour éjaculer le sperme, s'en remplir, le garder et quintupler de volume, lorsqu'on sacrifie l'animal trois mois après l'opération. Les tubes avaient alors la résistance de kystes distendus, et les canaux déférents , pleins de sperme condensé, formaient une colonne blanchâtre grosse comme une plume d'oie.
Cette découverte, enregistrée dans notre Dictionnaire annuel des progrès de 1886, sera facile à vérifier, même chez l'homme, le ganglion étant visible à l'œil nu. Les expériences pourront ainsi être répétées pendant la vie sur les grands animaux.
Mais celte localisation précise explique seulement l'acte terminal de la pièce; les précédents, dont l'incitation vient manifestement de l'imagination, sont inexplicables par le centre génital. La congestion sanguine des corps caverneux, qui amène l'érection, n'en saurait venir directement, car elle se produit avant au cerveau et dans tout l'organisme.
TEMPERAMENT GENITAL. ',1
L'excitation est générale. Si elle part du centre génital, c'est pour retentir immédiatement sur le sens génésique du cerveau par l'intermédiaire de la moelle.
Les généralisateurs ont ainsi vu justement, selon nous, un effet de contiguïté se reliant directement au sensorium spécial du cerveau par les racines motrices. Les impressions émergeant de la pulpe des doigts, de la surface des lèvres, de l'intérieur des yeux, agissant de même que des régions où siège l'imagination, elles peuvent en provoquer la réaction. Transmises dans une direction centripète, à partir du sens génital de la région lombaire, par une série de libres ascendantes vers les régions supérieures du système nerveux, ces impressions sensorielles se condensent dans le sensorium pour s'irradier ensuite à la périphérie et susciter leurs manifestations spéciales. ( Luys.)
Centre génital et sens génésique sont donc solidaires. Soutenus, fortifiés par les foyers érogènes, ils s'impressionnent réciproquement. Malgré l'insuffisance de ces localisations du sens génésique, celles-ci sont encore préférables aux hypothèses de ceux qui les disséminent un peu partout.
Tempérament génital. Une disposition spéciale, le plus souvent exagérée, aux excès ou aux abus vénériens, est le caractère distinctif de ce tempérament. Inné ou acquis, il donne lieu à des effets presque identiques. Sans avoir des traits appréciables, constitutionnels, comme les tempéraments sanguin, bilieux et lymphatique, il se confond intimement avec le
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tempérament nerveux. Ses effets spéciaux en sont la seule différence. D'où sa plus grande fréquence chez la femme par la multiplicité et la prédominance de ses foyers érogènes, mis en action par le centre génital.
Il est surtout augmenté chez les deux sexes par les habitudes contre nature, solitaires ou à deux. En exigeant des moyens artificiels et une plus longue durée pour arriver à la conclusion, ces habitudes onanistiques irritent directement le centre génital et les foyers érogènes sur lesquels elles s'exercent. Elles finissent ainsi par créer ce tempérament particulier ou l'exalter, comme chez ceux qui se livrent aux excès vénériens naturels. En voici le tableau, d'après Tardieu :
Chez la femme hystérique, dont la prédominance du système nerveux exalte surtout les pensées et les sentiments érotiques, il se décèle par l'ampleur des masses charnues et l'abondance du système pileux, l'expression mobile de la physionomie, l'animation facile des traits, l'éclat brillant des yeux, la flamme brûlante du regard, l'épaisseur et la coloration des lèvres, d'un rose vif, tranchant sur la blancheur des dents ; le développement des seins et des organes sexuels en est la confirmation.
Les femmes ainsi constituées peuvent résister parfois un certain temps aux pensées, aux désirs qui les obsèdent, jusqu'à ce que, vaincues par la lutte du devoir et de la raison contre le désordre et le dérèglement des sens, elles cherchent souvent dans les attouchements solitaires une diversion passa-
i il, m r i'a n a m ii rN 1 u Ji i> 1 1 a. u . <w
gère à l'ardeur qui les tourmente. Eu les répétant, elles arrivent graduellement à l'érotisme, la nymphomanie et d'autres passions lubriques compliquant souvent l'hystérie. On les voit ainsi abandonner parents, amis, enfants, et aller chercher dans la prostitution un remède impuissant à la triste fureur utérine qui les domine.
L'homme en proie au priapisme ou au satyriasis offre une apparence analogue. C'est celle de fou rai sonnant, excepté sur l'objet même de son aberration érotique, libidineuse, qui le conduit aux abus onanistiques comme aux excès vénériens. Une érection violente, douloureuse et persistante, en est le signe principal. Extérieurement, ces individus se distinguent par un regard lubrique, brillant et fixe, avec les yeux injectés, la bouche voluptueuse, souriante, le teint pâle, sinon animé par leurs convoitises ou couperosé par leurs excès alcooliques et tabagiques, des manières ou des paroles indécentes et une tournure provocante indiquant les pensées, les désirs et les passions dont ils sont agités.
Un enfant conçu dans ces conditions peut hériter de ce tempérament, comme l'a dit Virgile : Invalidique patrum referunt jejunia nati. Et d'un père affaibli naît un enfant débile. (Géorgiques, liv. III.) Mais la continence, par la rétention du sperme agissant comme excitant, suffit à provoquer le satyriasis chez les hommes nervoso-sanguins, comme le curé de Cours en a offert un célèbre exemple. C'est le supplice de ceux qui observent le célibat religieux. D'où la règle, instituée dans la plupart des or-
dres cloîtrés pour le prévenir et le combattre, de se lever la nuit pour prier ensemble à la chapelle. L'irritation des voies génito-urinaires, suite d'excès et d'abus vénériens, le produit encore plus souvent en surexcitant directement les centres nerveux. Les excès de coït ou les abus onanistiques, précédant le début de l'ataxie locomotrice et la rage, en sont la preuve. Ces névroses sont donc analogues à l'hystérie de la femme. D'où les mêmes aberrations et l'impuissance finale, comme les faits le démontrent dans l'Impuissance physique et morale.
De là, la capacité différente au coït des hommes de vingt-cinq à quarante ans. Les uns, nerveux, vifs, colères, emportés, passionnés, s'y livrent à satiété, coup sur coup ou à divers intervalles, tandis que d'autres, plus calmes, lymphatiques, froids, ne le renouvellent qu'avec difficulté. 11 était nécessaire, indispensable, tous les deux jours, à un garçon de vingt-quatre ans (Observation I0S), tandis qu'un simple rapport sexuel par mois suffisait à un autre, plus grand et plus fort, ancien militaire, âgé de vingt-;-ept ans. 11 y a là un effet d'habitude et de constitution. L'érotisme se développe par l'usage et l'abus même de la fonction. Certains individus ne pourront jamais atteindre les exploits de leurs camarades. Il ne faut pas s'en inquiéter. Comme les forces radicales du corps, chacun a son degré à cet égard qu'il est toujours imprudent et dangereux de franchir.
I. Un jeune homme de vingt-huit ans, entrepreneur en bâtiments/ s'inquiète de ne pouvoir renouveler le
FOYERS EROGENES.
coi L. C'est là, pour lui, une menace d'impuissance à brève échéance et il craint de se marier.
— Le premier s'accomplit-il virilement ?
— Très bien!
— Quelle raison, dès lors, d'en demander davantage?
— Ma maîtresse se plaint de mon insuffisance -et trouve que je ne l'aime pas assez, car son amant attitré, qui compte plus du double de mon âge, la satisfait à volonté.
— Prenez garde, il n'y a pas d'âge pour cela. Donnez ce que vous pouvez et rien de plus; si elle est trop exigeante, laissez-la. Une douche froide sur la colonne lombaire, avant votre visite, vous communiquera peutêtre plus de virilité; mais n'en abusez pas.
Bien d'autres auomalies de l'érection, en plus comme en moins, sont la conséquence de ce tempérament, comme on le verra plus loin à ce mot, notamment par les exemples signalés au Priapisme.
FOVERS ÉROGÈNES OU CENTRES ÉROTIQUES. L'ilicita-
tion amoureuse spéciale du sens génésique, provoquée par les autres sens, en se communiquant au centre génital par la moelle épinière, produit une excitation générale du cœur, avec accélération de la circulation, déterminant un afflux spécial du sang vers les organes génitaux. D'où la turgescence, l'érection des organes copulateurs, en particulier, comme une nécessité de leur fonctionnement. Malgré l'éréthisme en résultant, c'est une erreur de croire que le sentiment voluptueux, qui se dégage de leur frottement mutuel et réciproque entre les deux sexes, dépend indifféremment de toutes leurs parties constituantes. Des centres distincts, isolés, sont chargés d'y présider, en vertu
m ANOMALIES SEXUELLES,
de leur organisation spéciale, comme nous l'avons déjà indiqué dans la Génération universelle, page 276, deuxième édition. En eux, réside l'élément nerveux correspondant au cerveau, centre de l'imagination, qui incite et porte aux plaisirs de l'amour, par l'intermédiaire de la moelle épinière qui les met en rapport. Ce gros cordon nerveux en transmet et distribue le sentiment à tout l'organisme par les nombreux filets qui s'en détachent. La main, les lèvres, les yeux en sont ainsi les principaux auxiliaires par le réseau nerveux qui s'épanouit à leur surface.
Le gland, chez l'homme, est considéré comme l'unique foyer erotique à l'état physiologique et normal. Le lacis veineux, si riche et ramifié, qui en forme la traîne, est l'aboutissant de toute l'action mécanique de la copulation. Des filets nerveux, ténus et déliés, en s'épanouissant à la surface, sous forme de petites houppes, surtout à la couronne, déterminent cette sensibilité voluptueuse si exquise, qui en fait le principal siège du plaisir. De là, l'usage et l'abus solitaire de la masturbation, qui est comme l'initiation de la volupté sexuelle chez le jeune garçon .
Il y a ainsi indication de tenir celte extrémité libre du pénis recouverte du prépuce, son enveloppe naturelle, afin d'en conserver la sensibilité exquise et ne pas l'émousser par le contact immédiat de l'air cl Le frottement des vêtements. D'où l'inconvénient de l'exiguïté insuffisante de cette enveloppe et les dangers de son absence, comme de son allongement
exagéré, surtout avec rétrécissement de l'ouverture. Toutes ces diverses anomalies, en altérant la sensibilité glandulaire, sont la source de graves aberrations génésiques .
Un second centre érogène, peu connu et non encore signalé, existe anormalement chez certains individus : l'anus. Il est démontré positivement par le chatouillement et l'érection produits, chez quelques hommes, par le toucher ou plutôt la titillation de cet orifice. On ne sait pas assez que c'est par ce procédé que les vieux sodomistes excitent à la débauche les jeunes pédérastes qu'ils convoitent et veulent séduire pour les embaucher et enrégimenter dans leurs rangs. Après les excitants vulgaires des poignées et serrements de mains, la masturbation à deux, des baisers sur la bouche et les yeux, leur moyen d'essai et de succès est le chatouillement de l'anus avec la pulpe de l'index, introduit dans l'orifice. Ceux qui en sont impressionnés agréablement — et il y en a au point d'éjaculer spontanément aussitôt — sont condamnés à la sodomie passive; Ja répulsion et la douleur en sont les plus sûrs garants .
Par son voisinage du centre génital, ce foyer érotique n'a pas lieu d'étonner. Le contact du rectum avec le fond du canal de l'urètre, la prostate, les canaux éjaculateurs et les vésicules séminales, n'en fait-il pas le siège, le plus distinctement perçu, du spasme cynique lors de l'éjaculation? Dans l'égarement de la passion lubrique, l'homme peut donc y chercher une excitation artificielle plus directe et
facile que par l'urètre même. D'où la fréquence cl l'usage masculin presque exclusif de l'onanisme anal solitaire par l'introduction de corps étrangers dans l'anus, taudis que la femme choisit de préférence l'urètre. Les preuves statistiques à ce sujet figurent à V Onanisme, page 373.
Le penchant à la sodomie, attribué par les médecins à l'influence des fissures anales, des hémorroïdes, des maladies de la prostate et autres affections chroniques locales, en est la confirmation. Les oxyures ou petits vers blancs, dont le siège est dims l'anus, chez les enfants, déterminent un prurit qui les y fait porter le doigt et provoquent souvent la masturbation chez les deux sexes, par la même raison. La vulvite des petites filles la produit aussi. Un sentiment analogue peut donc provoquer le coït anal dont beaucoup d'exemples figurent à Inversion sexuelle.
D'autres centres érogènes se manifestent 'encore anormalement chez l'homme avec une grande prépondérance. Les mamelons, à peine marqués, éveillent des sensations erotiques analogues et même plus vives que chez certaines femmes. Les plus prédisposés a cette anomalie sont les efféminés et les pédérastes, malgré leurs poils rares et lins. D'autres éprouvent des sensations identiques de leur contact immédiat , à poil, disent-ils, en l'attribuant à l'abondance et la rudesse de ces poils, développant une sorte d'électricité par leur frottement. (Observation loi .) Cette sensation erotique du taoj, et du toucher est si réelle que d'aucuns se revêtent de chemises et de
r u î r* r\ o finuuDniio.
draps de soie, en se couchant, pour se livrer avec plus de lubricité à leurs infâmes turpitudes, à l'imitation des femmes galantes employant tous ces stratagèmes dans leurs débauches amoureuses.
L'oreille même nous a été signalée comme le centre érogène et l'aphrodisiaque par excellence ( Observation 407). Il peut encore s'en trouver d'autres, chaque homme nerveux, excentrique, ayant ses préférences particulières. Pour ceux-ci, c'est la bouche, la langue; pour ceux-là, le nez, l'odorat; les yeux et la vue pour d'autres. Bien que plus naturels et communs aux deux sexes, ces centres érogènes n'en sont pas moins des anomalies, quand au lieu d'être subordonnés au siège d'élection , ils viennent en première ligne et lui sont exclusivement préférés dans les rapports sexuels.
Chez la femme, trois foyers érogènes, distincts et séparés, existent à l'état normal: le canal vulvo-vaginalavecla matrice, le clitoris et les seins, dont le mamelon est le plus sensible par son érectilité. Chacun jouit à divers degrés de cette sensibilité voluptueuse qui, sous l'influence du toucher, de la titillation et du frottement, les fait entrer en érection, comme le gland chez l'homme. Isolés dans leur action et dans leur siège, ils jouissent à différents degrés de cette faculté de développer la volupté, suivant leur acuité nerveuse, leur érectilité. L'un est ordinairement chuisi, préféré, à l'exclusion des deux autres, à cause des sensations plus vives
et voluptueuses qu'il développe, soit par sa sensibilité plus grande, soit par son excitabilité spéciale.
A défaut de cette prééminence, leur connexité y supplée en les confondant. Mis simultanément à contribution, comme il convient à l'état physiologique, les trois n'en forment réellement qu'un seul. Ils donnent leur part d'action réciproque dans le coït naturel et triplent ainsi la somme de volupté résultant de ce consensus pour mieux en assurer l'effet. C'est une véritable trinilé, sans miracle ni mystère. Les femmes frappées de frigidité absolue et privées d'aucun sentiment de volupté dans l'acte de la génération, même suivi de fécondation, doivent donc être atteintes de quelque anomalie nerveuse ou organique pour expliquer cette rare exception, démontrée par les faits aux Anomalies de la copulation.
Vagin. Dans l'état virginal delà femme, le canal vulvo- utérin, impressionné directement le premier par l'intromission pénienne, semble devoir être le principal foyer érogène par la compression du pénis sur les deux bulbes et le tissu érectile de l'intérieur. Pour certaines femmes, en effet, il faut que le foyer utérin soit touché, secoué et fortement ébranlé par une copulation très active pour éprouver la plus grande somme de volupté. Là, s'élabore toute la sensation progressivement accrue et de là, aussi, s'élance l'irradiation terminale du spasme vénérien, sans que le clitoris paraisse y prendre aucune part, même avec un volume relativement considérable dans quelques cas. La plus grave anomalie pour la
FOYERS ÉROGÈNES. 51 femme est de n'en éprouver aucune sensation.
Clitoris. Faire de cet organe minuscule, véritable bouton insensible le plus souvent, tant qu'il n'a pas été touché, ébranlé artificiellement, le foyer érogène le plus actif, c'esi accuser implicitement toutes les filles d'onanisme antérieur ou de libertinage plus tard. Soutenir cette thèse, c'est montrer que leurs auteurs ont surtout vécu avec les femmes galantes, qui connaissent et emploient de préférence ce rudiment de l'amour. Tout en correspondant directement au pénis, foyer érogène de l'homme, il ne prend ordinairement une part active qu'à la préparation du coït par des frottements ou des attouchements indiscrets. C'est par là que la plupart des femmes entrent en éréthisme sensuel, quel que soit le procédé employé; mais il ne joue qu'un rôle accessoire dans l'accomplissement de l'acte réflexe spasmodique qui détermine la jouissance et la mène graduellement à son maximum d'intensité. Son volume et son érection peuvent y contribuer sans doute par le frottement, le serrement réciproque des deux pubis ; mais son excitation, sa titillation avec le pénis, la main, la langue, et même la succion buccale, sont insuffisantes à déterminer le spasme cynique. Toutes ces formes d'onanisme à deux surexcitent, exaltent la femme sans la satisfaire; il faut aller réveiller les sensations plus loin et jusque dans la profondeur des organes génitaux.
Mamelons. Le rôle important dévolu aux seins comme foyers érogènes en a fait abuser, de même que du précédent. Leur développement est le pre-
Se ANOMALIES SEXUELLES.
mier signe apparent de la puberté et la nubilité de la jeune fille; c'est sous l'empire de ces charmes extérieurs, unis à tous les autres, qu'elle fascine et séduit l'homme. Leur sensibilité exquise à chaque époque menstruelle, annonçant cette fonction, marque leurs rapports et leur étroite sympathie avec les organes de la génération, dont ils sont les auxiliaires indispensables. Leur sadlie est un signe de fécondité, comme leur absence ou leur extrême exiguïté est un défaut physique que la femme dissimule avec soin. Sa frigidité, une impuissance relative et la stérilité peuvent en être les conséquences. Cette difformité — en coïncidant avec une mauvaise conformation des organes correspondants et une disposition hystérique — l'expose même à des habitudes contre nature, la manuélisation solitaire, le clitoridisme ou le saphisme.
Un développement opulent de ces organes est, au contraire, une cause efficiente pour l'homme d'abuser de ces charmes. C'est souvent le souverain excitant pour les deux sexes, dans les caresses conjugales, et bien des unions restent stériles par leur défaut d'éréthisme, l'absence d'attouchements et de baisers.
Le mamelon en est la partie la plus excitable. Son érection est rendue manifeste par le toucher, la titillation avec les doigts, les lèvres et surtout la succion. Uni ou bilatérale, elle amène parfois. (Lins toute leur intensité, les sensations voluptueuses du spasme génital avec l'émission du liquide vulvaire qui l'accompagne. Des nourrices éprouvent ainsi un