OBSERVATION XII
(Docteur Riche)
Escroquerie. — Vols au préjudice de sa famille. — Kleptomanie. — Orgueil. — Instabilité.
Ma. Gaston-Honoré, âgé de 19 ans, détenu, inculpé d’escroquerie, arrêté le 4 octobre 1913, à 10 heures du soir, accusé par son patron d’avoir fait établir dans une maison de crédit des
A A ne
chèques au profit de tiers, qu’il a essayé de toucher ensuite, sans succès d’ailleurs, car ils n’étaient pas acquittés, et cela au moyen de fausses lettres avec écriture et signatures imitées.
Au moment de son arrestation, on a trouvé sur l’inculpé les” deux chèques non touchés, mais sur lesquels un faux acquit avec : signature avait été placé. Dans la chambre qu'il habite à Paris, on à trouvé des essais de signature de son patron et différents papiers constituant une sorte de code de cambriolage.
Il avait quitté la place où il était employé depuis six semaines comme dactylographe, à 150 franes par mois, pour suivre comme secrétaire un général, qui épousait une Créole au Mexique.
En ce qui concerne les notes de cambriolage, M... déclare que ce sont des notes personnelles, des études spéciales qu’il fait à ce sujet; elles sont rédigées depuis deux ans et proviennent de recherches et de lectures faites dans les journaux £&t des volumes. Il ajoute qu’il n’a jamais commis de vol au préjudice de personnes étrangères à sa famille.
Il déclare qu'il est venu à Paris dans l’intention de se procurer de l’argent en commettant des faux. Il regrette d’avoir agi ainsi à l’égard de son patron, qui a toujours été bienveillant pour lui.
Au point de vue physique, est un petit garcon mal COHSRRUS en retard dans son développement
Son père, alcoolique, serait mort à 33 ans et sa mère à 35 ans d’une affection cardiaque ; il aurait été orphelin à l’âge de 5 ans.
Il à été recueilli par une sœur de sa mère, placé dans un pensionnat tenu par des religieux ; il a obtenu le brevet élémentaire et a préparé successivement sans succès l'Ecole normale de Laon, d'Arras, la marine marchande. Il s’est engagé et a été réformé pour bronchite chronique après un an de service. Il est resté ensuite deux mois chez son oncle, à Saint-Quentin, où il apprit à conduire les automobiles, puis vint à Paris parce qu'il s’ennuyait.
Il n’a jamais eu affaire à la justice: mais sans qu'on ait rien de grave à lui reprocher dans sa famille, on se plaint du défaut de suite dans ses idées, de ses mauvaises fréquentations, et on le considère comme un garçon égaré, qui ne pourra jamais rien faire de bien.
L'art du cambriolage est chez lui une idée fixe. « J'ai déjà, dans ma famille pris de l’argent et des objets, aussi bizarres
Mo) de
22 + J A Q / . # qu'inutiles, au point qu'après j’en étais embarrassé. Lorsqu'un
objet me tentait, jene le prenais pas tout de suite, mais je cher-
chais la facon dont je pourrais me l’approprier adroitement ; c'était comme un sport. » Ce qui le passionne de préférence, c’est le cambriolage avec fausses clefs, le rat d’hôtel, le perceur de. coffres-forts ; il dit: & Je sais manier le chalumeau et conduire une auto, ce qui est souvent utile ».
Il avoue son impuissance à se diriger seul: « Il faudrait que je sois surveillé, que je travaille près d’un homme, qui me guidé. Je n’ai jamais eu personne pour me conseiller, aussi je me suis fait une facon de vivre à part et je m'en rends très bien compte, mais ce n’est pas maladif, c’est dans mon naturel ».
En somme, par ses propos et sa facon de les exprimer, M. se présente comme un débile intellectuel, qui énonce ses idées avec importance, sans se rendre compte de leur insanité ou de leur ridicule ; il est heureux de se rendre intéressant, a une haute idée de lui-même; d’autre part, jusqu’à aujourd’hui, il s’est toujours montré instable.
Cet état ne l’empêche pas de se rendre compte de ses actions, et il peut en répondre devant la justice, mais il est cependant de nature à lui attirer l’indulgence du tribunal.