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« Que devient mon fils? Je ne peux pas partir sans lui; on doit l'empêcher de rentrer ». M. Reynard lui indique les adresses des deux commissariats voisins où il a dû aller.
B... réplique: « Venez avec moi ». M. Regnard refuse, en disant
qu'il n’a pas le temps et en le priant de le laisser finir son dîner tranquillement.
Très surexcité, l’air méchant, B.. se lève brusquement, vient se placer devant M. Régnard, qui lui dit: « Allons, mon vieux, allez-vous en, vous allez vous faire une sale histoire ». B... sort un revolver de sa poche et le braquant sur M. Régnard, tire un coup, qui atteint celui-ci à l’abdomen; puis, se retourne vers les consommateur dans une attitude menacante.
Un instant après, il prend la fuite en passant par la salle du
débit, voisine du restaurant. |
Il est arrêté par deux agents et se laisse emmener sans faire de résistance et sans proférer une parole. ,
Au commissariat, il est dans un état de grande surexcitation; il répand une forte odeur de vin, il est ivre ou, plus exactement, pris de boisson, et ne peut répondre à aucune question. (Procèsverbal du commissaire de police.) F
Le lendemain, 3 janvier, B.…. interrogé sur son état-civil, répond très correctement. Le commissaire lui dit alors: « Il résulte des renseignements recueillis, que vous avez blessé d’un coup de feu M. Régnard, dans un café de la rue des Martyrs. Que répondez-vous ? »
B... déclare: « Je ne sais absolument rien sur les circonstances qui ont pu amener mon geste. Je ne me souviens de rien. Pourtant il me semble que j'étais ivre ». :
Le 12 janvier, devant M. le juge d’instruction et en présence de son avocat, B... déclare que le 2 janvier, jour férié, il n’avait pas travaillé et que, vers 3 h. de l’après-midi, il avait quitté Puteaux avec ses enfants, pour aller voir les baraques du jour de l’an sur les boulevards; qu'il était entré dans deux ou trois
cafés pour y boire un verre de vin. Puis, ayant voulu amuser
ses enfants, il les avait emmenés dîner dans un restaurant. À partir de ce moment, il dit ne plus se souvenir de rien. M. le juge d'instruction s’est attaché à établir si B.., au moment
Les à, a,
° ie 57 où il a tué l’acteur Régnard, était en état d'ivresse et s’il avait été l’objet de moqueries.
Sur ce dernier point, tous les témoins sont d’accord pour dire, que personne ne s’était moqué de lui, et que M. Régnard, en particulier, lui avait parlé avec une grande douceur. Sur l’autre point, l’accord est moins parfait; les uns prétendent qu'il était ivre, les autres qu'il ne l'était pas.
M. Dubois, député, transmit une pétition signée d’un grand nombre de gens de Puteaux, demandant la mise en liberté provisoire de B... et affirmant que celui-ci « est un honnête homme qui à commis le crime qui lui est reproché dans un moment de folie, peut-être occasionnée par les excès de boissons ». à
On trouve aussi un certificat du D' C.. en date du 5 janvier
1911, ainsi libellé: « Je certifie donner mes soins depuis plus de 15 ans à la famille B.. M. B.. est atteint d’alcoolisme chronique, avec tendance à l’éthéromanie. Il a eu chez lui de nombreuses crises d’alcoolisme aigu, pour lesquelles j'ai été appelé à lui donner mes Soins ».
- Les renseignements fournis par le père et la mère, nous ap- ‘prennent que la grand’mère de l’inculpée a été internée à l’âge de 77.ans pour mélancolie; elle $ortit guérie au bout de deux mois et mourut 2 ans et demi après, à la suite d’une seconde crise de mélancolie. Du côté paternel, un grand-père s’est suicidé à 72 ans. Un frère, né en 1871, épileptique, buveur, est mort à 25 ans, de congestion pulmonaire.
L'’inculpé né en 1873, a eu le carreau dans les premiers mois, puis des bronchites, le faux-croup. « Vers l’âge de 8 ans, il eût une fièvre typhoïde, qui dura six semaines et ne guérit que grâce à des piqûres de morphine. »
À 18 ans, il voulut s'engager; ajourné deux fois, il est réformé ensuite.
Vers la vingtième année, en faisant du trapèze, il tomba sur ia tête et resta évanoui quelques instants.
A 21 ans il se maria, contre le gré de ses parents, dont il n’obtint le consentement qu’en menaçant de se suicider.
Depuis 4 ans, il souffre d’un ulcère de l’estomac et boit de grandes quantités d’éther pour calmer ses douleurs.