LI- LONG DU Q.UAI
Le long du quai les grands vaisseaux.
Que la houle- incline en silence, Ne prennent pas garde aux berceaux Que la main des femmes balance.
Mais viendra le jour des adieux; Car il faut que les femmes pleurent.
Et que les hommes curieux Tentent les horizons qui leurrent'.
1. Ce sont les douze mois pendant lesquels le soleil accomplit i..i révolution annuelle. C'est ainsi quWndré Chénier a dit :
Peul-^lre avaul que l'Hfuie eu ctrclf promette
Ail pose sur l'ituail brillant.
Dit IIS les soixante pas où sa route est l-oruet.
Sou t>U\l sonore et vigilant, Le sommeil au tombeau pressera ma ptupièie.
2. L.I ImiU (du breton hoiiï, vague) est le mouvement d'ondulation des Hots.
3. Lenner, c'est attirer par une espérance trompeuse. Ce mot vient de leurre (lonim, cuir;, morceau de cuir en l'orme d'oiseau qui sert à
r.ippcler le faucon.
Et ce jour-là les grands vaisseaux, Fuyant le port qui diminue', Sentent leur masse retenue Par l'âme des lointains berceaux'.
Sully PRUDHOMMt.
LES YHUX
Bleus ou noirs, tous aiincs, tous beaux, Des veux sans nombre ont vu l'aurore; Ils dorment au fond des tombeaux, Et le soleil se lève encore.
Les nuits, plus douces que les jours.
Ont enchanté des veux sans nombre; Les étoiles brillent toujours.
Et les yeux se sont remplis d'ombre.
Oh! qu'ils aient perdu le regard, Non, non, cela n'est pas possible- !
Ils se sont tournés quelque part, Vers ce qu'on nomme l'invisible;
Et comme les astres penchants Nous quittent, mais au ciel demeurent, Les prunelles ont leurs couchants ; Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent;
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Ouverts à quelque immense aurore, De l'autre côté des tombeaux Les veux qu'on ferme voient encore.
Sully Pruduohme.