PROJET DE DÉPART
Cependant Olivier ^ reprit un peu courage. Le lendemain matin; et, sachant qu'un voyage
1. Après la journée laborieuse, il n'y a que l'appétit qui parle.
2. Un mendiant couvert de /i\/«« (du haut allemand loc, chose pendante), c'est-à-dire de guenilles en lambeaux.
3. C'est le fermier qui parle. Le saloir est le vaisseau qui conserve les viandes dans le sel.
4. Olivifr, qui donne ici son nom à un poème, est un jeune homme qui, fatigué de la vie de Paris, va se refaire dans un voyage au pays natal.
Peut distraire, il faisait ses apprêts, sans songer
De quel côté ses pas allaient se diriger;
Quand soudain — la mémoire a de ces bons caprices —
11 fredonna tout bas ce refrain des nourrices
Qu'il entendait jadis, rythmé par le rouet
De sa mère, du temps qu'à ses pieds il jouait
Au soleil, sur le seuil de sa maison de veuve.
11 se souvint alors de la pierre encor neuve
Qui la couvre I, parmi l'herbe épaisse qui croit,
A côté de la vieille église de l'endroit.
Et sur qui, vers le soir, l'ombre du clocher tombe.
Il résolut d'aller pleurer sur cette tombe,
Et d'en orner de fleurs la simple croix de fer;
Et, comme si ce fût un souvenir d'hier,
Il revécut les temps lointains de son enfance.
— Oui, c'est là qu'il irait. — Et, frémissant d'avance De plaisir, il avait sous les yeux le tableau
Des sveltes peupliers qui se mirent dans l'eau
En murmurant tout bas leur chanson familière-,
Et de la ville blanche au bord de la rivière.
O l'enfance! O le seul et divin souvenir!
Lac sans rides! Miroir que rien ne peut ternir!
Olivier revoyait les plus minimes choses,
La chaumière natale aux espaliers de roses '^
Le vieux fusil, au mur par deux clous retenu,
De ce père défunt qu'il n'avait pas connu.
Le grand lit qu'enfermait l'alcôve en boiseries.
Le bahut de no\ cr aux assiettes fleuries,
Et le grand potager derrière la maison,
Où, pour faire la soupe et selon la saison.
Sa mère allait cueillir les choux-fleurs ou l'oseille ';
— Puis l'école, où parfois le tirait par l'oreille Le maître en pince-nez de fer, en bonnet noir,
1. Il s'agit du tombeau de sa mère et de la pierre qui le couvre.