‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 174 sur 444 · LE CHANT DU TORRENT · texte numérisé non relu

LE CHANT DU TORRENT

L'eau jaillit, la roche déserte Va répondre aux chansons des bois; Je donne aux prés leur robe verte:

Ils sont muets, je suis leur voix.

La vie autour de moi fourmille, Elle coule avec les ruisseaux.

J'abrite une immense famille :

Un peuple entier vit sous mes eaux\

I. Même éloignée, même flétrie, la rose embaume encore la main

qui la toucha. , .

' 2 Le poète suppose que le torrent chante ses mentes. • Les torrents et les gaves nourrissent surtout des truites excellentes.

POÉSIES PITTORESQUES lé^

De mes bords chérissant la zone.

Les arbres croissent par milliers; Le merle bleu siffle sur l'aune; Le vent berce les peupliers.

Toute chose que Dieu féconde.

Prête à chanter, prête à fleurir, Aime le vif accent de l'onde, Aime à voir le ruisseau courir.

Quand de la ruche printanière L'essaim s'est échappé dans l'air, 11 vole, au bruit de la rivière, Vers le frêne au feuillage clair.

La génisse, au bruit de sa cloche, Conduit vers moi de gais troupeau.x; En chantant, le berger s'approche.

Et prend sa flûte à mes roseaux.

C'est moi qui fais tourner la roue Du meunier conteur et malin :

jMa voix l'accompagne, et se joue Au joyeux tic-tac du moulin.

A vos travaux je m'associe; Je bats le fer du forgeron, .le meus l'infatigable scie Sous le toit du vieux bûcheron'.

A travers le roc et l'argile.

L'eau glisse et creuse incessamment; C'est moi, sur la terre immobile'.

C'est moi qui suis le mouvement.

1. Les cours d"cau sont pour l'industrie une force motrice moins coûteuse que la vapeur.

Page 1