LE SOMMEIL D'UN ENFANT
Le cher enfant dormait, les lèvres demi-closes. —
Les lèvres des enfants s'ouvrent, comme les roses,
Au souffle de la nuit. — Ses petits bras lassés
Avaient dans son panier glissé, les mains ouvertes;
D'herbes et d'églantine elles étaient couvertes.
De quel rêve enfantin ses sens étaient bercés,
Je l'ignore. — On eût dit qu'en tombant sur sa couche,
Elle avait à moitié laissé quelque chanson,
Qui revenait encor voltiger sur sa bouche.
Comme un oiseau léger sur la fleur d'un buisson.
Nous étions seuls. J'ai pris ses deux mains dans les miennes.
Je me suis incliné, — sans t'éveiller pourtant,
O Gunther'! J'ai posé mes lèvres sur les tiennes,
Et puis je suis parti, pleurant comme un enfant.
A . DE Musset.
JEANNE parle:*
Jeanne parle; elle dit des choses qu'elle ignore-; Elle envoie à la mer qui gronde, au bois sonore, A la nuée, aux fleurs, aux nids, au firmament, A l'immense nature, un doux gazouillement. Tout un discours, profond peut-être, qu'elle achève Par un sourire où flotte une âme, où tremble un rêve. Murmure indistinct, vague, obscur, confus, brouillé. Dieu, le bon vieux grand-père, écoute émerveillé.