‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 193 sur 444 · MORT D'UN BOUVREUIL · texte numérisé non relu

MORT D'UN BOUVREUIL

Le fusil d'un chasseur, un coup parti du bois, Viennent de réveiller mes remords d'autrefois. L'aube sur l'herbe tendre avait semé ses perles. Et je courais les prés à la piste des merles. Écolier en vacance; et l'air frais du matin, L'espoir de rapporter un glorieux butin, Ce bonheur d'être loin des livres et des thèmes. Enivraient mes quinze ans tout enivrés d'eux-mêmes -\ Tel j'allais dans les prés. Or, un joyeux bouvreuil. Son poitrail rouge au vent, son bec ouvert, et l'œil En feu, jetait au ciel sa chanson matinale, Hélas! qu'interrompit soudain l'arme brutale. Quand le plomb l'atteignit tout sautillant et vif. De son gosier saignant un petit cri plaintif Sortit; quelque duvet vola de sa poitrine; Puis, fermant ses yeux clairs, quittant la branche fine. Dans les joncs et les buis de son meurtre souillés. Lui, si content de vivre, il mourut à mes pieds ! Ah ! d'un bon mouvement qui passe sur notre âme Pourquoi rougir? la honte est un railleur qui blâme. Oui, sur ce chanteur mort pour mon plaisir d'enfant. Mon cœur, à moi chanteur, s'attendrit bien souvent. Frère ailé, sur ton corps je versai quelques larmes. Pensif, et m'accusant, je déposai mes armes. Ton sang n'est point perdu. Nul ne m'a vu depuis

1. Bouvreuil (de bovariolus, petit bouvier), ainsi appelé parce qu'il suit les troupeaux de bœufs.

2. Outre l'enivrement de l'âge, il y avait aussi celui des vacances et du réveil matinal.

Rougir l'herbe des prés et profaner les buis.

J'eus pitic des oiseaux, et j ai pitié des hommes.

Pauvret, tu m'as fait doux au dur siècle où nous sommes'.

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