‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 2 sur 444 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

patrie, idéalisent la vie domestique, populaire et nationale, de manière à toucher les cœurs et à frapper vivement l'imagination. Ces morceaux ne seront pas non plus groupés par genres et par époques; car l'essentiel est de les graduer selon leur importance, et d'éveiller de jeunes esprits par des surprises ou des contrastes. Les préoccupations morales prévaudront aussi sur les visées littéraires, mais sans que ces scrupules dégénèrent en fadeur. Enfin, on se souviendra que les petits écoliers, comme les grandes personnes, aiment à entendre parler de leurs goûts, de leurs travers, de leurs jeux, de leurs affections, du monde où ils vivent. Or, cet élément d'intérêt a son prix; car nul ne saurait commencer trop tôt à se connaître lui-même. »

Cette citation d'un document officiel explique l'à-propos de notre recueil et l'esprit qui a présidé à son exécution.

En effet, notre principal souci a été de faire œuvre éducatrice, et voilà pourquoi nous avons préféré les vers à la prose'. Outre que la poésie est plus mnémotechnique et plus portative, elle a cet avantage de condenser beaucoup de substance sous un mince volume. Mais, pour avoir une vertu pratique, elle doit parler notre langue, nous entretenir de ce qui nous touche directement, peindre la réalité présente, nous aider à

I. Tout ce qui vient de l'hounne est rapide et fragile ; Mais le vers est de bronze, et la prose d'argile.

Lamartine

P P E f A C E II I

mieux comprendre notre âme et la nature, nous offrir comme un miroir de notre vie domestique, intime, civile et nationale, en un mot, être et paraître toute voisine de nous.

Or les plus fervents admirateurs du xvii*^ siècle et du XV m'" avoueront avec regret que les maîtres d'alors, à l'exception de La Fontaine, n'ont point écrit pour l'enfance, qu'ils diffèrent souvent de nous par les idées et les mœurs, que leurs chefs-d'œuvre ne sont pas toujours accessibles sans un lexique spécial, que trop d'imitation savante se mêle à leur sincérité native, qu'ils ne se mettent guère à la portée des humbles; enfin, que leur génie aristocratique se prête peu aux exigences d'une démocratie. On ne contestera pas du moins que, habitué aux entretiens des héros et des rois, leur goût y a contracté des délicatesses dédaigneuses, certains scrupules trop timorés, une allure volontiers solennelle, et le mépris ou l'oubli de tout ce qui n'est pas la Ville et plus encore la Cour. Aussi transportent-ils dans la nature l'abus des distinctions sociales et la morgue de l'étiquette. Ils n'osent même pas nommer les instruments du travail rustique, et les animaux qui sont les serviteurs de l'homme. Ne s'adressant qu'aux salons, ils soupv;onnent à peine l'existence du peuple.

Voilà pourquoi nous avons cru devoir demander aux contemporains, et non pas toujours aux plus célèbres (car il leur arrive de viser trop loin ou trop haut), les leçons ou les modèles que peut proposer à l'enfance une

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