LES OISEAUX
Tant que durent les fleurs, tant que l'épi qu'on coupe
Laisse tomber un grain sur les sillons jaunis,
Tant que le rude hiver n'a pas gelé la coupe
Où leurs pieds vont poser comme aux bords de leurs nids,
Ils remplissent le ciel de musique et de joie : La jeune fille embaume et verdit leur prison % L'enfant passe la main sur leur duvet de soie, Le vieillard les nourrit au seuil de sa maison.
Mais, dans les mois d'hiver, quand la neige et le givre Ont remplacé la feuille et le fruit, où vont-ils? Ont-ils cessé d'aimer? ont-ils cessé de vivre? Nul ne sait le secret de leurs lointains exils.
On voit pendre à la branche un nid rempli d'écaillés Dont le vent pluvieux balance un noir débris; Pauvre maison en deuil et vieux pan de murailles Que les petits, hier, réjouissaient de cris.
1. Imité de H. Shcllcy, poète lyrique anglais, ami de lord Byron (1792-1X22).
2. Llle met du iiioiêtvti et des fleurs odorantes dans leur cage.
O mes charmants oiseaux, vous si joyeux d'éclore! La vie est donc un piège où le bon Dieu vous prend Hélas! c'est comme nous. Et nous chantons encore; Que Dieu serait cruel s'il n'était pas si grand' !
A . ij H Lama k t i n l .