LES CIGALES
Lorsque dans l'herbe miire aucun epi ne bouge. Qu'à l'ardeur des rayons crépite le froment. Que le coquelicot tombe languissamment Sous le faible fardeau de sa corolle rouge.
Tous les oiseaux de l'air ont fait taire leurs chap.ts; Les ramiers paresseux, au plus noir des ramures. Somnolents, dans les bois, ont cessé leurs murmures. Loin du soleil muet incendiant les champs.
Dans les blés, cependant-, d'intrépides cigales, Jetant leurs mille bruits, fanfare de l'été. Ont frénétiquement et sans trêve agité Leurs ailes sur l'airain de leurs folles cvmbales.
I. Les païens rcpandaieut du vin, ou du lait, eil l'honneur de leurs dieux. C'était une Uhation religieuse.
i. Crf'cniiiint veut dire ici pendant ce temps-là.
Frémissantes, debout sur les longs épis d'or, Virtuoses' qui vont s'éteindre avant l'automne, Elles poussent au ciel leur hymne monotone. Qui dans l'ombre des nuits retentissait encor.
Et rien n'arrêtera leurs cris intarissables; Quand on les chassera de l'avoine et des blés. Elles émigreront sur les buissons brûlés, Qui se meurent de soif dans les déserts de sables.
Sur l'arbuste effeuillé, sur les chardons flétris Qui laissent s'envoler leur blanche chevelure% On reverra l'insecte à la forte encolure, Plein d'ivresse, toujours s'exalter dans ses cris;
Jusqu'à ce qu'ouvrant l'aile en lambeaux arrachée, Exaspéré, brûlant d'un feu toujours plus pur. Son œil de bronze fixe et tendu vers l'azur. Il expire en chantant sur la tige séchée^.
Jules Brlton.
1. On appelle virtuoses ceux qui ont la passion désintéressée de l'art musical et y excellent.
2. La fleur cotonneuse du chardon laisse s'envoler au moindre vent ses brindilles plucheuses.