‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 219 sur 444 · LES CHÈVRES · texte numérisé non relu

LES CHÈVRES

La verte Normandie a sur ses promontoires De grands bœufs accroupis sur leurs épais genoux, Des bœufs au manteau blanc, semé de taches noires. Des bœufs aux flancs dorés, marqués de signes roux ■

Or, si la Normandie a les bœufs, la Provence^

Garde aux flancs de ses monts les chèvres en troupeaux,

Les chèvres dont le pied, libre et hardi, s'avance,

Et dont l'humeur sans frein ne veut pas de repos.

La montagne au soleil, où croissent pêle-mêle

Cytise et romarin, lavande et serpolet,

Enfle de mille sucs leur bleuâtre mamelle;

On boit tous ses parfums quand on boit de leur lait.

Tandis qu'assis au pied de quelque térébinthe % Le pâtre insoucieux chante un air des vieux jours, Elles, dont le collier par intervalles tinte. Vont et viennent sans cesse, et font mille détours.

En vain le mistral ^ souffle et chiffonne leur soie. Leur bande au pâturage erre des jours entiers. Je ne sais quel esprit de conquête et de joie Les anime à gravir les plus âpres si-nrier*;.

1. Ces vers rappellent la chanson de Pierre Dupont intitulée Mes Baufs.

2. Cette ancienne province de France comprend aujourd'hui les départements des liasses-Alpes, des Bouches-du-Rhône, du Var, et une partie de la DriSme et de Vauclusc.

j. Arbre résineux, toujours vert.

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