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LE RÊVE DU JAGUAR

Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,

Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,

Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,

Bercent le perroquet splendide et querelleur,

L'araignée au dos jaune et les singes farouches '.

C'est là que le tueur de bœufs et de chevaux.

Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue.

Sinistre et fatigue, revient a pas égaux.

Il va, frottant ses reins musculeux qu'il bossue;

Et, du mufle béant par la soif alourdi.

Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse.

Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,

Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.

En un creux du bois sombre interdit au soleil

11 s'affaisse, allongé sur quelque roche plate;

D'un large coup de langue il se lustre la patte ;

11 cligne ses yeux d'or hébétés de sommeil;

Et, dans l'illusion de ses forces inertes,

Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,

Il rêve qu'au milieu des plantations vertes,

11 enfonce d'un bond ses ongles ruisselants

Dans la chair des taureaux effarés et beuglants '.

LliCONTH DE LibLE.

1. Le jaguar est un quadrupède Carnivore, de race féline, à peau mouchetée.

2. Nous voici transportés dans l'Iude, parmi les jungles, ou sous une foret vierge.

^. C'est d'une réalité si vraie qu'elle donne presque le frisson.

LA CHASSI-; iJi. LAIGLi:

L'aigle noir aux yeux d'or, prince du ciel mongol ', Ouvre, dès le premier ravon de l'aube claire, Ses ailes comme un large et sombre parasol.

Un instant immobile, il plane, épie, et flaire. Là-bas, au flanc du roc crevassé, ses aiglons Érigent, affamés, leurs cous au bord de l'aire '.

Par la steppe"' sans fin, coteau, plaine et vallons, L'œil luisant à travers l'épais crin qui l'obstrue. Pâturent, çà et là, des bardes d'étalons*.

L'un d'eux, parfois, hennit vers l'aube, l'autre rue; Ou quelque autre, tordant la queue, allègrement. Pris de vertige, court dans Thcrbe jaune et drue.

La lumière, en un frais et vif pétillement, Croit, s'élance par jet, s'échappe par fusée, Ht l'orbe du soleil émerge au firmament.

A l'horizon subtil où bleuit la rosée.

Morne dans l'air brillant, l'aigle darde, anxieux,

Sa prunelle infaillible et de faim aiguisée.

Mais il n'aperçoit rien qui vole par les cieux, Rien qui surgisse au loin dans la steppe aurorale, Cerf ni daim, ni gazelle aux bonds capricieux.

1. Province de Cliinc, hi Mongolie fut le bercciu de l'I-mpirc de (îeiigis-Khan (1164-1227).

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