LE GOUTER DES ENFANTS
Quel trésor pour cette famille De fiers et lovaux travailleurs!
Le garçon a dix ans; la fille Aura sept ans au mois des fleurs.
Leur mère, étant du peuple, est bonn.- Et les aime, sans les gâter; Mais tous les jours elle leur donne Le petit sou pour le goûter.
Alors, bambins qu'un rien égayé.
Gazouillant le long du chemin, Serrant la pièce de monnaie Dans leur toute mignonne main.
Se tenant tous deux par la manche.
Evitant les coins encombrés.
Us vont vers les maisons en planche Où l'on vend des c.îtcaux dorés.
Un de ces derniers jours, leur mère.
Pensive, les suivit des yeux.
Ayant au cœur quelque chimère".
Quelque trouble mystérieux.
Elle les vit, tournant la tête.
Regardant bien, tendant le cou.
S'approcher de la maisonnette Sans dépenser leur petit sou.
1. Toute mère, vêriublement mcrc, est Kutiu. Cette cpiihète est un picoinsmc.
2. t'c vers n'est pas très net. Le poète veut dire ouc U nunun ob»cr\x- ^ banibius, parce qu'elle est inquiète sur l'emploi de leur petit sou.
c La chose n'est pas naturelle.
Quoi ! l'on boude aux goûters sucrés' ? Je saurai tout, murmura-t-elle, Aussitôt qu'ils seront rentrés. »
Ils rentrèrent. « Que l'on s'explique, Dit-elle, et qu'on soit diligentM D'où venez-vous ? — De la boutique.
— Qu'avez-vous fait de votre argent ?
« — Nous avons mangé des galettes Et tout plein' de bonbons très doux.
— C'est un mensonge que vous faites :
Allons, allons, expliquez-vous ! »
Les deux enfants, la tête basse.
Dirent à leur mère en pleurant :
« Mère, accorde-nous notre grâce !
Tu sais, le travail n'est pas grande...
« Notre père te l'a fait lire...
Des messieurs en parlaient entre eux...
Nous faisons une tirelire
Pour les ouvriers malheureux. »
ClOVIS HUGUlii.,