LES CHEVAUX DE LABOUR
Tout en sueur, voici les bêtes de labour Qui reviennent, traînant la herse- et la charrue; Et leurs pas réguliers résonnent dans la rue Comme ceux des soldats qu'anime le tambour.
Voyez-les s'avancer, les serviteurs des hommes. Eux qui se réservaient le plus dur du travail : Percherons 3 accouplés, par le large portail Ils rentrent au logis des fermiers économes.
Le robuste garçon qui s'assied sur leur dos. Les cinglant de son fouet, souvent les importune. Quoiqu'ils aient tout le jour creusé la terre brune. Et bien gagné le foin, l'avoine et le repos.
Ils ont de bons regards, à défaut de paroles, Pour saluer de loin le gros chien aboyeur-*. Les tout petits enfants les touchent sans frayeur; Et le couchant vermeil leur fait des auréoles.
LiON DUVAUCIIUL,
1. Messidor (de incssis, moisson) est le dixième mois du calendrier i jpublicain, du 19 juin au 18 juillet.
2. La herse (du latin Hirpicevt), instrument qui sert à rompre les mottes d'une terre labourée.
}. Se dit d'une race de chevaux, originaires du Perche, ancien pays de France enclavé dans les départements de l'Orne et d'Hure-et-Loir. 4. Ces animaux domestiques vivent entre eux en bons camarades.
SAISON DF-S sr.MAILI.IiS •
C'est le moment crépusculaire.
J'admire, assis sous un portail, Ce reste de jour dont s éclaire La dernière heure du travail.
Dans les terres, de nuit baignées.
Je contemple, ému, les haillons D'un vieillard qui jette à poignées La moisson future aux sillons.
Sa haute silhouette noire Domine les profonds labours'.
On sent à quel point il doit croire A la fuite utile des jours'.
Il marche dans la plaine immense, Va, vient, lance la graine au loin.
Rouvre sa main, et recommence; Et je médite, obscur témoin,
Pendant que, déployant ses voiles.
L'ombre, où se mêle une rumeur, Semble élargir jusqu'au.x étoiles Le geste auguste du semeur '.