Le grain, répandu par le semeur, ivle dans l'air
8. Le poète veut dire que la terre et le blé s'unissent pour la moisson féconde.
Pendant qu'il jette au vent les semences légères. Le geste lent, les reins tendus, le front baisse. Broyant sous ses talons les petites fougères Qui pendillent au bord du sillon commencé,
Moi je mords les cailloux et j'écarte la ronce, La racine obstinée ou le lierre têtu ', Ht sous la terre obscure et froide je m'enfonce, Dans le déchirement du soc rude et pointu.
Soleil, divin Soleil, père des moissons blondes! Viens voir l'Homme, vêtu de misère et de chair. Collaborer, devant l'éternité des mondes. Avec le bois, avec la bête, avec le fer !
La marche haletante et pénible des couples'. L'effort lent des jarrets dans les sentiers bourbeux. Font sous les poils tordus craquer les muscles souples Au poitrail des chevaux, aux reins puissants des bœufs.
Au détour des sentiers creusés par les charrettes. Les gamins font dans l'air claquer des fouets d'osier. Les vieux chevaux, avec leur bon rire de bétes. Montrent leurs longues dents où luit le frein d'acier.
Le pavsan bruni, les deux mains sous sa gourde <, Boit par moment un peu de force, à petits coups; Ht les b(jcufs patients baissent leur tête lourde, Regardant la nature avec leurs grands yeux doux.
Et je fais mon devoir dans l'énorme mystère, Dans les profonds sillons de lumière inondés. Dans le ruissellement des sèves de la terre, n.ins le £îûnflcmcnt sourd dos iicnncs fécondés.
1. Qui est vivace, et s'obstine 1 foisonner U où il s'attache.
2. Les deux bêtes, chevaux ou bœufs, qui traînent la charrue et sont s-couplês.
{. 1^ gourdr est la caUhassr, courge scchée et vidée, dont on se sert pour y mettre du liquide.
Et c'est pourquoi j'ai droit à l'amour des poètes Qui chantent le ciel bleu, la vigne et messidoi'; Et c'est pourquoi, devant les siècles, j'ai mes fêtes Dans le midi splendide où le soleil est d'or!
Clovis Hugues,