‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 364 sur 444 · LE REPOS DU SOIR · texte numérisé non relu

LE REPOS DU SOIR

Quand le soleil se couche horizontal.

De longs rayons noyant la plaine immense, Comme un blé mûr, le ciel occidental De pourpre vive et d'or pur se nuance' ; L'ombre est plus grande, et la clarté s'éteint Sur le versant des pentes opposées; Enfin, le ciel, par degrés, se déteint, Le jour s'efface en des brumes rosées.

Reposons-nous!

Le repos est si doux :

Que la peine sommeille Jusqu'à l'aube vermeille!

Dans le sillon, la charrue au repos Attend l'aurore et la terre mouillée; Bergers, comptez et parquez- les troupeaux. L'oiseau s'endort dans l'épaisse feuillée. Gaules en main, bergères aux doux yeux, A l'eau des gués^ mènent leurs bêtes boire; Les laboureurs vont délier les bœufs.

Et les chevaux soufflent dans la mangeoire. Reposons-nous! etc.

Tous les fuseaux s'arrêtent dans les doigts; La lampe brille, une blanche fumée

1. Les rayons du soleil dorent la plaine et lui donnent l'apparence d'un immense champ de blé mûr.

2. Un parc est une clôture ùite de claies, où l'on enferme les moutons, en été.

5. Gué (du latin vadinn), endroit d'une rivière où l'on peut passer à pied.

POÉSIES IIORALES 35*9

Dans l'air du soir monte de tous les toits; C'est du repas l'annonce accoutumée.

Les ouvriers, si las quand vient la nuit. Peuvent partir: enfin, la cloche sonne; Ils vont gagner leur modeste réduit, Où, sur le feu, la marmite bouillonne . Reposons-nous! etc.

La ménagère et les enfants sont là.

Du chef de l'âtrc •' attendant la présence; Dès qu'il paraît, un grand cri : « Le voilà ! » S'élève au ciel, comme en réjouissance; •De bons baisers, la soupe, un doigt de vin, Rendent la joie à sa figure blême; 11 peut dormir, les enfants ont du pain. Et n'a-t-il pas une femme qui l'aime?

Reposons-nous! etc.

Tous les foyers s'éteignent lentement; Dans le lointain, une usine qui fume Pousse de terre un sourd mugissement; Les lourds marteaux expirent sur l'enclume! Ah! détournons nos âmes du vain bruit.

Et nos regards du faux éclat des villes : Endormons-nous sous l'aile de la nuit Qui mène en rond ses étoiles tranquilles! Reposons-nous! etc.

Pierre Dupont

.}. 11 y .» dans cette esquisse un sentiment Je bien-être Mi,'r;T.' iwr !... trav.iil.

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