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LA MACHINE

Dans la fabrique en feu ' la Machine est en joie. Le chauffeur la nourrit du charbon le plus dur; Et le soufflet, poumon robuste-, vers l'azur Envoie une fumée épaisse qui flamboie.

La Machine toujours guette l'Homme, sa proie. Il te faut, ouvrier, coup d'oeil vif et pied sur, Pour éviter l'horrible embrassement obscur Que donne à l'homme étreint l'engrenage 3 qui broie.

La Machine parfois pousse des cris humains,

Et souvent le cylindre 4, en broyant les matières.

Écrase des poignets et des jambes entières;

La roue, en tournoyant, semble agiter des mains;

Sur le pilon de cuivre une tête se pose.

Et dans le cuvier noir coule un sang tiède et roses.

Edmond Lepelletier

1. Le feu de la Machine ne s'éteint pas : on voit la haute cheminée de ses fourneaux flamber même pendant la nuit.

2. On dirait un monstre gigantesque dont la poitrine h.aletante vit et respire.

3. On appelle engrenage l'agencement des roues dont les dents entrent les unes dans les autres.

4. Un cylindre est, ici, un rouleau qui tournoie sous une force motrice.

5. Ces vers sont inspirés par une pitié vraiment éloquente pour le. martyrs du travail.

POÉSIES MORALEi 361

LES TF^MItKAIRES

Du pôle il va tenter les merveilleux hivers»,

11 part, le grand navire! Une puissante enflure

Au souffle d'un bon vent lève et tend la voilure,

Sur trois beaux mâts portant neuf vergues^ en travers.

Il est parti. Là-bas, au soleil, dans les airs Traînant son pavillon j comme une chevelure. Il a pris sa superbe et gracieuse allure. Et du côte du nord gagne les hautes mers.

D'un œil triste je suis au loin son blanc sillage ♦ ; 11 va sombrer peut-être au but de son vovage. Par des géants de glace étreint de toutes parts!

Et près de moi, debout, l'enfant du capitaine. Dans la brise ravi vers la brume lointaine;. Agite dans son cœur d'aventureux départs*.

SCLLY PrUDHOMME.

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