‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 390 sur 444 · C'est une revue des troupes qui ont fKimdf (nunaruvrt · texte numérisé non relu

C'est une revue des troupes qui ont fKimdf (nunaruvrt

Des escadrons? mais c'est comme une mascarade.

Les enfants et le peuple, hélas! enfant aussi,

S'arrêtent en chemin pour les voir. Or ceux-ci

Sont très beaux; et le fils de la veuve regarde;

Lui qui vécut dans les murs froids d'une mansarde".

Il n'a jamais rien vu de tel; il est hagard;

Et sa mère lui dit, bénissant ce hasard,

Ht distraite, elle aussi, de ses rêves austères :

c< Restons là. Nous verrons passer les militaires. »

Ils s'arrêtent tous deux : et le beau régiment. Sombre et pesant d'orgueil, défile fièrement. Ce sont des cuirassiers; ils vont, musique en tête, Répandant à l'entour comme un bruit de tempête; Les casques sont polis ainsi que des miroirs ; Les sabres sont tirés. Tous les chevaux sont noirs; Ils ont la flamme aux yeux et le sang aux narines. Les cuirasses d'acier qui bombent les poitrines, Jettent à chaque pas des éclairs aveuglants; Et les lourds escadrons, impassibles et lents. Se succèdent au pas, allant de gauche à droite. Avec leurs officiers dans la distance étroite. Si bien que le passant, sur la route arrêté, Cependant qu'il peut voir s'éloigner d'un côté Des croupes de chevaux et des dos de cuirasses, Voit de l'autre, marchant de tout près sur leurs traces. S'avancer, alignés comme par deux niveaux. Des casques de soldats et des fronts de chevaux. Et ce spectacle est plus sublime et plus farouche Dans la rouge splendeur du soleil qui se couche'.

Mais, l'œil tout ébloui des ors; et des aciers,

1. Chambre pratiquée dans un comble. Ce mot signifia d'abord des fenêtres ouvertes dans la partie verticale d'un toit brisé. L'origine en remonte à. Mansard, l'architecte de Versailles, des Invalides et du Valde-Grâce.

2. C'est l'exactitude de la photographie instantanée, mais .ivcc le coloris d'un tableau.

}. Ce mot s'emploie au pluriel, pour signifier les différentes couleurs de l'or.

POÉSIES PATRIOTIQUES )8f

L'enfant cherche surtout à voir ces officiers Qui brandissent, tournés à demi sur la selle. Leur sabre, dont la lame au soleil étincelle. Ht sont gantés de blanc ainsi que pour le bal. Et commandent, tandis que leur fougueux cheval. Se rappelant sans doute une ancienne victoire, Secoue avec orgueil son mors dans sa mâchoire. ^ Et plus que tous ceux-là l'enfant admire encor Le plus jeune, qui n'a qu'une aiguillette d'or' Et marche dans les rangs ainsi qu'une recrue. Mais qui semble toujours à la foule accourue Le plus heureux, le plus superbe et le plus beau. Car il porte les plis somptueux du drapeau-.

Le régiment défile, et l'enfant s'extasie.

Craintif, et se tenant a la jupe saisie

De sa mère, il admire, avide et stupéfait.

Et tremble. Tout à coup, celle-ci, qui rêvait.

Le regarde, et soudain elle devient peureuse.

La pauvre femme, qui naguère était heureuse

Que pour son fils ce beau régiment paradât,

Craint maintenant qu'il veuille un jour être soldat ;

Et même, bien avant que ce soupv^on s'achève.

Son esprit a conçu l'épouvantable rêve

D'un noir champ de bataille où, dans les blés versés.

Sous la lune sinistre, on voit quelques blessés

Qui, mouillés par le sang et la rosée amère.

Se traînent sur leurs mains en appelant leur mère.

Puis qui s'accoudent, puis qui retombent enfin;

Et, seuls debout alors, des chevaux ayant faim

Qui, baissant vers le sol leurs longs museaux avides.

Broutent le o.i7<)ii noir entre les morr?; livides» î

Elle entraîne son tils; elle a le cœur glace.

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