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LE CHAMP D1-: BATAILLE

Sous le ciel morne rampe une plaine âpre, chauve. Et vierge du fécond déchirement des socs, Où rien ne croît, hormis aux fissures des rocs Quelques brins mal venus de bruyère ou de mauve.

Aux moindres bruits, un vol de corneilles se sauve. La pierre ruinée, éparse en sombres blocs, Témoigne qu'autrefois d'épouvantables chocs Ont consacré l'horreur de cette lande fauve.

I. Pour rajeunir ce motif qui développe un beau vers de Virgile, coninientons-le en citant la pièce suivante, intitulée les Epis, et inspirée à un jeune patriote par la vue du champ de bataille de Chatillon, témoin du premier et d'un des plus douloureux épisodes du siège de Paris (19 septembre 1870) :

Comme autant de flambeaux que le soleil allume, Les épis se dressaient plus beaux que de coutume, El l'on voyait à peine au xtnt leur front plier, Et, souriant d'espoir à sa moisson future. Le laboureur disait : t Oh! comme la nature A su se guérir vite et su vite oublier! »

Je passais : c^était l'an qui suivit notre guerre. Dans ces splendides champs on se battait naguère ; (Le coeur se serre encore au nom de Chatillon !) Et je dis au fermier nombrant déjà ses gerbes : » Tu fais bien d'admirer tes blcs, qui sont superbes, Mais prête un peu l'oreille à la voix du sillon ! »

Et des épis mouvants, pleins d'ardentes cigales,

Bruirenl un instant les tètes inégales!

Leur voix couvrit la voix des petits anitnaux :

• Songe que, pour nous faire aussi beaux que nous sommes, La terre, notre mère, a bu le sang des hommes!

Un sang vraiment français court dans nos chalumeaux,

• Ne t'y méprends donc pas, si notre tète brille! Car nos pieds saigneront au jour de la faucille ; Le meunier frémira qui broiera notre grain.

Ce pain, c'est notre sang, ô Bourgogne, 6 Bretagne! Il faut que, dans dix ans, les épis d'Allemagne Fassent la joie aussi des fermiers d'outre-Rhin ! »

Lucien Pâté.

Qu'un jour un laboureur habile aux durs travaux Vienne, attelle ses bœufs trapus, ses forts chevaux, Ht marche jusqu'au soir dans la glèbe qu'il fouille;

Il heurte à chaque pas des restes de hcfros. Javelots, boucliers, casques rongés de rouille... Epouvanté de voir la grandeur de leurs os.

Louis Ll Lassluk de Ranzay.

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