I..\ CIIARIMH
Le ciel est noir : pas une étoile; Les regards fixement baissés, Jeanne effile un lambeau de toile Pour les blessés.
Son ami se bat. Pauvre fille!
Elle a vu partir aujourd hui Tous les hommes de sa famille.
Tous avec lui !
Elle entend gronder plus voisine La voix lugubre du canon Sommant, jour et nuit, la famine Qui répond : « Non"! »
L'heure est lente, le fil s'amasse.
Après un labeur sans répit, Jeanne sent sa main qui se lasse.
Et s'assoupit...
1. IX: l'aïKicn verbe cbarpir (Utiii nirpcu), qui »i^nittait dctircr, cllilcr de 1.1 toile ou do la bine.
2. Allusion ï Paris assiège et atfamc, dans la guerre de 187U. — Le
tour du vers est très poétique.
Comme elle achève de la sorte Son œuvre sainte en s'endormant, Elle entend remuer la porte Tout doucement '.
Une visiteuse inconnue Apparaît droite sur le seuil, Blonde, à la prunelle ingénue, Pâle, en grand deuil.
— « Ne crains rien, Jeanne, lui dit-elle, Je porte la croix rouge ^ au bras.
D'où je viens, comment je m'appelle, Tu le sauras.
« C'est Marguerite 5 qu'on me nomme, Et j'arrive des bords du Rhin.
J'aime un cruel et fier jeune homme.
J'ai ton chagrin^.
« Ah! par notre commune peine.
Par nos rêves, par nos vingt ans.
Nous sommes sœurs! Laissons la haine Aux combattants.
« Faisons de la charpie ensemble, Car le sang n'a pas deux couleurs.
Et, quand on aime, on se ressemble; Mêlons nos pleurs. »
Ainsi parle la jeune femme; Et déjà ses doigts empressés Séparent les fils de la trame Pour les blessés.
Sully Pkudiiomme