‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 407 sur 444 · I. Comparez ces beaux vers de Lamartine · texte numérisé non relu

I. Comparez ces beaux vers de Lamartine

Tout à coup le soleil, dissipant le nuage,

Eclaire avec horreur la scène du carnage;

Et son pâle rayon, sur la terre glissant,

Découvre à nos regards de longs ruisseaux de sang,

Des coursiers et des chars brisés dans la carrière,

Des membres mutilés epars sur la poussière.

Les débris confondus des armes et des corps.

Et les drapeaux jetés sur des monceaux de morts.

Accoure^ maintenant, amis, épouses, mères ! Venei compter vos fils, vos amants et vos frères ; Vene:^ sur ces débris disputer aux vautours L'espoir de vos vieux ans, le fruit de vos amours... Que de larmes sans fin sur eux vont se répandre! Dans vos cités en deuil que de cris vont s'entendre, Avant qu'avec douleur la terre ait reproduit. Misérables mortels, ce qu'un jour a détruit! Mais au sort des humains la nature insensible Sur leurs débris épars suivra son cours paisible : Demain, la douce aurore, en se levant sur eux. Dans leur acier sanglant réfléchira ses feux ; Le fieuve lavera sa rive ensanglantée.

Les vents balayeront leur poussière infecta. Et le sol, engraissé de leurs restes fumants, Cachera sous des fieurs leurs pâles ossements!

CENT ANS APRFS»

Les braves dorment bien dans cette immense plaine. Pas de saules pleureurs, pas de mornes cyprès... Ce n'est qu'un terrain vague, où vient la marjolaine, La bruyère et l'ajonc. — Mais là, cent ans après, Filant à pas songeurs leur quenouille de laine, Les filles du pavs, d'un long regard pieux. Salueront le champ calme où dorment les aïeux; Et diront : a Par milliers, dans ce grand cimetière, Pâtres et laboureurs, sans linceul et sans bière, Tous frappés par devant, se couchèrent un soir... Ils avaient accompli saintement leur devoir'.

André L l m o y n r .

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