‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 408 sur 444 · LE TURCO · texte numérisé non relu

LE TURCO

C'était un enfant : dix-sept ans à peine.

De beaux cheveux blonds et de grands yeux bleus.

De joie et d'amour sa vie était pleine :

Il ne connaissait le mal ni la haine;

Bien aimé de tous, et partout heureux.

C'était un enfant : dix-sept ans à peine.

De beaux cheveux blonds et de grands yeux bleus.

1. Citons, en passant, cette héroïque épitaphe du comte de Rantzau, ni.irécli.il de France, mort en 1650 :

Du corps du grand Ra»l{iiu tu n'as au'wie dfs paris : L'autre moitié resta dans les plaines Je Mars. Il dispersa partout ses membres et sa gloire. Tout abattu qu'il fut, il demeura t-ainqutur ; Sou sang fut en cent lieux le prix de la victoire, Et Mars ne lui laissa rien d'entier que le coeur.

2. Les turcoi sont des troupes indigènes d'Afrique. .Mais dans ce corps s'eng.igent aussi des Français. Tel est le héros de ce petit drame.

4o6 ANTHOLOGIE CLASSIQUE

Et l'enfant avait embrassé sa mère; Et la mère avait béni son enfant.

L'écolier quittait les héros d'Homère' : Car on connaissait la défaite amère, Et que l'ennemi marchait triomphant.

Et l'enfant avait embrassé sa mère; Et la mère avait béni son enfant.

Elle prit au front son voile de veuve, Et l'accompagna jusqu'au régiment.

L'enfant rayonnait sous sa veste neuve; L'instant de l'adieu fut l'instant d'épreuve : (( Courage, mon fils! — Courage, maman! » Elle prit au front son voile de veuve. Et l'accompagna jusqu'au régiment.

Mais, lorsque l'armée eut gravi la pente :

« Mon Dieu! disait-elle, ils m'ont pris mon cœur'!

Tant qu'il est parti, mon àme est absente. »

Et l'enfant pensait : « Ma mère est vaillante,

Et je suis son fils, et je n'ai pas peur! »

Mais, lorsque l'armée eut gravi la pente :

« Mon Dieu ! disait-elle, ils m'ont pris mon cœur ! »

Le petit turco se battait en brave;

Mais, quand vint l'hiver, il toussait bien fort.

Et le médecin, voyant son œil cave,

Lui disait : « Partez 5, mon enfant, c'est grave! »

L'enfant répondait : « Non, non, pas encor! »

Le petit turco se battait en brave;

Mais, quand vint l'hiver, il toussait bien fort.

« Non, je ne veux pas quitter notre armée. Tant que les Prussiens sont dans mon pays. Je veux jusqu'au bout chasser ces bandits; Je veux pouvoir dire à ma mère aimée :

1. Cet enfant interrompt ses études classiques pour aller combattre ; nous sommes ici en 1870.

2. Dans cette strophe se concilient tous les sçntinKnts, ten^ressç maternelle, patriotisme et courage.

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