AUX ENFANTS MORTS
A ces petits enfants qui tendent leurs mains vides. Qui demandent pourquoi tous les yeux sont humides, Pourquoi l'on ne rit plus à leur rire enfantin, Pourquoi l'on ne voit plus de feu brillant dans l'âtre, Et pourquoi maintenant, ainsi qu'une marâtre-, Leur mère, à leur dîner, leur refuse du pain,
A ces pauvres enfants qui, tremblants, nous demandent D'où viennent ces grands bruits, ces feux qui se répandent Et ces morts qu'on apporte, et dont le front ouvert, Horrible, saigne ainsi qu'une grenade mûre', Ces gens frappés tout près d'une horrible blessure. Alors qu'on meurt assez par ces temps froids d'hiver ^,
Réponds, ô roi Guillaume, empereur d'Allemagne, Réponds à ces petits enfants que la peur gagne. Qui viennent près de nous, disant: « Protégez-nous. Nous ne pouvons avoir rien fait à ce Guillaume, Et nous ne voulions point envahir son royaume, Nous enfants de trois ans, qui marchons à genoux. »
1. Il en mourut beaucoup, pendant les sièges de Strasbourg et de Paris, soit par le fer, soit par la famine.
2. Anciennement viarrastre (du latin iiiatraster, bclle-mèrc). Se dit d'une mère dénaturée, ou de celle qui maltraite les enfiints d'un autre lit.
3. La grenade mûre se crevasse, et laisse voir des grains rouges enfermés dans leurs cellules.