LES VACANCES
O mes frères, voici le beau temps des vacances!
Le mois d'août, appelé par dix mois d'espérances!
De bien loin votre aîné, je ne puis oublier
Août et ses jeux riants; alors, pauvre écolier,
Je veux voir mon pays, notre petit domaine %
Et toujours le mois d'août au logis me ramène.
Une mère inquiète est là qui vous attend.
Vous baise sur le front, et pour vous, à l'instant.
Presse les serviteurs. Puis le foyer pétille;
Nul enfin n'est absent du repas de famille 1
Monotone la veille, et vide, la maison
S'anime: un rayon d'or luit sur chaque cloison;
Le couvert s'élargit; comme des fruits d'automne.
D'enfants beaux et vermeils la table se couronne" ;
Et puis mille babils, mille gais entretiens.
Un fou rire, et souvent de longs pleurs pour des riens.
Mais plus tard, lorsqu'on touche aux soirs gris de septembre,
En cercle réunis dans la plus vaste chambre.
C'est alors qu'il est doux de veiller au foyer!
On roule près du feu la table de noyer.
On s'assied; chacun prend son cahier, son volume;
Grand silence! on n'entend que le bruit de la plume.
Le feuillet qui se tourne, ou le châtaignier vert
Qui craques, et l'on se croit au milieu de l'hiver.
Les yeux sur ses enfants, et rêveuse, la mère
Sur leur sort à venir invente une chimère.
Songe à l'époux absent depuis le point du jour.
Et prend garde que rien ne manque à son retour.
L'aïeule, cependant, sur sa chaise se penche,
Et devant le Seigneur courbe sa tête blanche.
1. Le domaine est plus que la maison. Il indique une terre et ses dépendances.