‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 72 sur 444 · ENFANCE ET VIEILLESSE · texte numérisé non relu

ENFANCE ET VIEILLESSE

Tous les rires d'enfants ont les mêmes dents blanches' Comme les rossignols dans les plus hautes branches,

Les moineaux dans les trous du mur, Au rebord des longs toits comme les hirondelles, Leur céleste gaîté s'envole à tire d'ailes

Avec un son serein et pur.

Nul n'est favorisé dans l'immense partage-' : Richesse et pauvreté n'y font pas davantage;

Le rire, ce grand niveleur, Sur tous les fronts répand la joie égalitaire, Et c'est comme un écho qui fait vibrer la terre

Et viendrait d'un monde meilleur.

Innocence, clarté! leur âme est une aurore Que la vie en passant n'a pas troublée encore

Dans son épanouissement?; Et, doux chanteurs des nids plus étroits ou plus frêles. Les plus humbles, avec leurs petites voix grêles,

Ont le plus frais gazouillement.

Ainsi plus tard, aux jours que l'épreuve dévore. On trouve des vieillards dont la lèvre incolore

Recèle un sourire ingénu.

Leurs tranquilles regards sont remplis de lumière : On dirait un reflet de leur aube première,

Un ravon d'avril revenu!

1. Le rire épanouit les lèvres, et découvre les dents, blanches comme des perles.

2. Dans l'immense répartition des biens accordés par le Créateur. 5. C'est ce que Victor Hugo appelle:

La sotivctaiuele des closes iuuocnilis.

On sent en leur parole une indulgence exquise. Et la suavité de la paix reconquise

Ennoblit leur sainte candeur.

Enfant pur, aïeul blanc, devant eux on s'incline; Qui les voit, fleur naïve ou tremblante ruine,

Révère la même splendeur.

Car la vieillesse touche au ciel comme l'enfance' : L'une \' retourne et l'autre en vient. La morne offense

Des ans et du malheur s'enfuit'.

Le coucher du soleil a son lever ressemble. Et, diamants tous deux, souvent roulent ensemble

Les pleurs de l'aube et de la nuit.

M"' LouisA SitFtRr.

Page 1