‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 87 sur 444 · LES CHEVEUX DE MA MÈRE · texte numérisé non relu

LES CHEVEUX DE MA MÈRE

Le soir, quand pour dormir elle a défait ses tresses, Et me laisse à genoux baiser ses cheveux longs, J'aime, en les renattant, à couvrir de caresses Les premiers fils d'argent éclos dans ces fils blonds'.

J'y lis tout un passé de soucis et de crainte;

J'y vois mes maux d'enfant qui l'ont tant fait souffrir;

Et chaque nuit veillée a laissé son empreinte

Sur ce front adoré que le Temps va flétrir.

Des efforts qu'elle a faits pour me rendre meilleure. Plus vaillante, plus sage et plus digne d'amour. Pour soulager qui souffre et consoler qui pleure, Chacun de ces fils blancs me représente un jour.

Aussi tous les joyaux et tout l'éclat d'un trône La rendraient bien moins belle à mes yeux attendris, Bien moins chère à mon cœur, que la double couronne De sa bonté pensive et de ses cheveux gris.

C'est pourquoi, quand, le soir, elle a défait les tresses Qui baignent son front pur de leur reflet changeant, J'aime à compter tout bas, par autant de caresses. Entre ces fils dorés les premiers fils d'argent.

Marie de \'' a l a n d r é .

I. Ces fils d'argent sont les premiers cheveux blancs de sa mère.

LES DHUX CORTEGES

Deux cortèges se sont rencontrés à l'église.

L'un est morne : — il conduit le cercueil d'un enfant

Une femme le suit, presque folle, étouffant

Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.

L'autre, c'est un baptême! — au bras qui le défend ' Un nourrisson gazouille une note indécise; Sa mère, lui tendant le doux sein qu'il épuise, L'embrasse tout entier d'un regard triomphant !

On baptise, on absout , et le temple se vide.

Les deux femmes, alors, se croisant sous Tabside -,

Echangent un coup d'œil aussitôt détourné;

Ht — merveilleux retour qu'inspire la prière — La jeune mère pleure en regardant la bière, La femme qui pleurait sourit au nouveau-né!

Qiiand la Mort vient frapper un enfant adoré. Sa main, du même coup, fait la maison maudite. Les serviteurs muets, la famille interdite, L'aïeul inconsolable, et le père éploré.

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