LH PREMIER DEUIL
En ce temps-là, je me rappelle Que je ne pouvais concevoir Pourquoi, pouvant se faire belle, Ma mère était toujours en noir.
Quand s'ouvrait le bahut-' plein d'ombre, J'éprouvais un vague souci De voir près d'une robe sombre Pendre un long voile sombre aussi.
Le linge, radieux naguère, D'un feston noir était ourlé > :
Tout ce qu'alors portait ma mère, Sa tristesse l'avait scellé*.
Sourdement, et sans qu'on \ pense, Le noir descend des yeux au coeur ; Il me révélait quelque absence D'une interminable longueur,
1. Pot'U (dc fxtalum, voile), drap mortuaire qui couvre la bière.
2. Ce mot, qui signifie coffrr, armoirr, vient de Pancien allemand behut (endroit où l'on conserve les provisions).
j. L^n ourUl est un repli que l'on assujettit par une couture au bord d'une étortc.' 4. L'entant venait de perdre son père. La mère était en grand deuil.
Q^Liand je courais sur les pelouses Où les enfants mêlaient leurs jeux, J'admirais leurs joyeuses blouses, Dont j'enviais les carreaux bleus;
Car déjà la douleur sacrée M'avait posé son crêpe noir, Déjà je portais sa livrée' :
J'étais en deuil sans le savoir.
LES aïeules
Vous tous, petits enfants, aimez bien vos grand'mères; Entourez-les; leur âge a des douleurs amères ; Oh ! formez devant l'âtre une riante cour. Quand votre aïeule vient au cercle de famille Chauffer ses membres froids au foyer qui pétille, Son cœur à votre amour.
Votre sourire franc, qu'elle aime et qu'elle implore, F.st un ravon d'hiver qui la ranime encore; Son frais et vert printemps lui semble refleuri. Quand son petit enfant vient gazouiller près d'elle, Comme un oiseau joyeux qui monte et bat de l'aile Sur un arbre flétri.
Ses mains, qu'il faut presser avec mille tendresses. Sont pleines de jouets et pleines de caresses. Baisez ses cheveux blancs, diadème béni; Qu'il souffle un peu d'amour dans ses chemins arides! Un seul baiser d'enfant fait oublier vingt rides A son front rajeuni !
1. A roriginc, la Ihfée, 00, conimc on disait, les habits de litrèf. étaient ceux que le roi faisait distribuer, livrait chaque année aux officiers de la maison. Li, le mot veut dire .wî,'"»- </."/ A» ii^uh-m nu.ulril,!le deuil.
Son navire est au port et va plier ses voiles; Hâtez-vous de l'aimer, c'est moi qui vous le dis : Car dcjà son pied touche au seuil du paradis; 1 ombre envahit ses jours couverts de sombres voiles;
il soleil d'autrefois dans son coeur ne reluit; . lu'/ \ r.i\onner; la vieillesse est la nuit : Enfants, soyez-en les étoiles !
M-iis un jour vous verrez sur la porte un drap noir;
iieule manquera dans le cercle du soir: 1 uis, plus tard, votre mère et tous vos plus fidr Nos logis sont des nids, d'abord pleins et |o\ eu s dont les habitants sont des oiseaux des cieux Qui tôt ou tard ouvrent leurs ailes.
Ma fille! quand tu vins, ma mère était au ciel : " fe manque un amour, un baiser maternel.
1 ! te voir dans ses bras, c'était là ma chimère!
M bénit la maison, y plane et la défend,
land on v réunit le berceau de l'enfant
Ht le fauteuil de la grand'mere'.
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-hcr de CCS Tcrs cette pièce, qu'un autre poète
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8o ANTHOLOGIE CLASSIQUE