L'AÏEUL
Viens, mon George ! Ah ! les fils de nos fils nous enchantent :
Ce sont de jeunes voix matinales qui chantent;
Ils sont dans nos logis lugubres le retour
Des roses, du printemps, de la vie et du jour;
Leur rire nous attire une larme aux paupières
Et de notre vieux seuil fait tressaillir les pierres;
De la tombe entr'ouverte et des ans lourds et froids
Leur regard radieux dissipe les effrois;
Ils ramènent notre âme aux premières années;
Ils font rouvrir en nous toutes nos fleurs fanées;
Nous nous retrouvons doux, naïfs, heureux de rien ' ;
Le cœur serein s'emplit d'un vague aérien;
En les voyant, on croit se voir soi-même éclore;
Oui, devenir aïeul, c'est rentrer dans l'aurore.
Le vieillard gai se mêle aux marmots triomphants.
Nous nous rapetissons dans les petits enfants;
Et, calmés, nous voyons s'envoler dans les branches
Notre âme sombre avec toutes ces âmes blanches-.