‹ Anthologie classique des poètes du 19e siècleChapitre 97 sur 444 · L'AÏEUL · texte numérisé non relu

L'AÏEUL

Viens, mon George ! Ah ! les fils de nos fils nous enchantent :

Ce sont de jeunes voix matinales qui chantent;

Ils sont dans nos logis lugubres le retour

Des roses, du printemps, de la vie et du jour;

Leur rire nous attire une larme aux paupières

Et de notre vieux seuil fait tressaillir les pierres;

De la tombe entr'ouverte et des ans lourds et froids

Leur regard radieux dissipe les effrois;

Ils ramènent notre âme aux premières années;

Ils font rouvrir en nous toutes nos fleurs fanées;

Nous nous retrouvons doux, naïfs, heureux de rien ' ;

Le cœur serein s'emplit d'un vague aérien;

En les voyant, on croit se voir soi-même éclore;

Oui, devenir aïeul, c'est rentrer dans l'aurore.

Le vieillard gai se mêle aux marmots triomphants.

Nous nous rapetissons dans les petits enfants;

Et, calmés, nous voyons s'envoler dans les branches

Notre âme sombre avec toutes ces âmes blanches-.

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