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L'ECOLE DE DAVID

Vers 1760, il ne fut bruit à travers l'Europe que de l'exhumation, en Campanie, de deux colonies grecques oubliées. Dégagées de leur linceul de cendres et de scories, Herculanum et Pompéi livraient aux artistes et aux érudits le secret de leur art et de leur civilisation. Or, on n'appréciait surtout, jusqu'alors, que les monuments d'une antiquité de décadence, contemporaine de la fin de la grandeur romaine. Ils parurent lourds, quand les fouilles pratiquées dans les deux cités mortes livrèrent des morceaux exquis, directement inspirés des chefs-d'œuvre grecs. Chacun s'efforça de concilier l'art nouvellement révélé avec ses propres aspirations. Winckelmann , Lessing, Seroux d'Agi ncourt, Hamilton, Raphaël Mengs attachaient leur nom à des ouvrages remplis d'aperçus originaux. Et, à ces conjectures et théories, les artistes français donnaient une forme, créant une école dont l'influence allait s'étendre à l'Europe entière, l'Angleterre exceptée.

Le maniérisme de Lemoyne, de Natoire, de Van Loo est abandonné. Tout sera désormais sévèrement équilibré ; la hardiesse du geste ne sera admise que dans les limites fixées par l'art antique. Le rythme des bas-reliefs de bonne époque qui avaient déjà si heureusement inspiré le Poussin demeurera la préoccupation constante.

LA PEINTURE FRANÇAISE AU XIXe SIÈCLE vi

C'est dans l'observation de ces principes qu'un peintre qui eut une influence éducatrice considérable, Vien, forma la génération à laquelle appartenait Louis David, le maître incontesté de l'école française du xixe siècle et l'une des plus personnelles figures que l'art ait connues.

En même temps qu'il légitimait le mouvement nouveau en des œuvres aussi significatives que les Horaces, les Sabines et le Sacre de Napoléon à Notre-Dame, « le plus beau tableau d'histoire qu'ait encore produit aucune école » (Salomon Reinach), Louis David formait à son tour de nombreux disciples qui, dans les Salons, occupèrent le premier rang, de 1789 à 1820. L'art classique, incarné par David et ses élèves : Gros, Girodet, Gérard, répondait tellement au goût du temps que ses émules : J.-B. Regnault, Peyron, Guillon-Lethière, et leurs élèves, Guérin, Meynier, Hersent, Blondel, Court, ne firent que l'imiter dans la composition ainsi que dans le dessin et la couleur.

Ils l'imitaient, mais, comme ils n'avaient pas sa haute personnalité, ils ne tirèrent de son enseignement et de son exemple que des recettes qui aboutirent à l'adoption de dispositions immuables et prétentieuses. Celles-ci donnèrent naissance à la froide école académique dont les productions monotones, d'abord encensées, devaient connaître ensuite le dédain et le ridicule. En effet, comme dans la plupart d'entre elles se constatait la présence de figures nues et casquées, on qualifia le style académique de « style pompier ». Mais, si la composition était monotone, le dessin restait sérieux et probe. Aussi, quand David et ses élèves furent mis en présence de la réalité, s'affirmèrent-ils le plus souvent puissamment caractéristes. Témoin, les admirables portraits sortis du pinceau du maître; témoin aussi, les représentations d'événements contemporains qu'ils eurent à peindre. Car il fallait compter avec les préoccupations de l'époque : fièvre civique sous la Révolution, héroïsme militaire durant l'Empire.

C'est de l'atelier de David qu'est sorti Antoine-Jean Gros, le plus grand peintre de batailles de toutes les écoles. Aux scènes impersonnelles et panoramiques, Gros substitua des épisodes poignants, vécus par des êtres agissants, angoissés, d'une individualité puissante. Telles, ses batailles àWboukir et de Nazareth, son Napoléon à Eylau, ses Pestiférés de Jaffa,

Quelque grande que fut l'influence de David, elle ne s'étendit pourtant pas sur tous les talents. Il resta, durant sa dictature, des indépendants que des dons naturels rendaient indifférents

vu INGRES ET SES ELEVES

aux recettes et aux théories1, Prud'hon, le plus illustre, produisit des œuvres d'un charme infini et d'une pénétrante personnalité, où le sentiment de l'antique, très vif, est paré d'une grâce légère.

Quelques peintres de scènes familières passèrent aussi, au travers des événements et des enthousiasmes, en ne voyant que le côté intime et aimable des choses. Le plus célèbre d'entre eux est Boilly. Mais à l'époque même, Demarne, Martin Drolling, Marguerite Gérard, jouirent d'une réputation presque égale et justement méritée.

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