LA FIN DU SIECLE
Cependant, les visions comme les idées évoluent. Un moment arrive où les pensionnaires de la Villa Médicis, eux-mêmes, tournent leurs regards vers les primitifs et un peu vers la vie, alors que leurs maîtres restent fidèles aux formules imposées par les académiques et les éclectiques. Aux solennelles compositions de ses aînés, M. Luc-Olivier Merson oppose de menus épisodes de la Légende Dorée et les présente dans un décor moderne.
Parallèlement, M. Jean -Paul Laurens ressuscite avec une archéologique rigueur, alliée à un réel sens du dramatique, les épisodes de l'histoire de France.
Grâce au talent déployé par Horace Vernet, les Bellangé, Pils, Meissonier, la peinture militaire n'avait cessé d'être en faveur, durant le siècle. Mais ces artistes adroits n'avaient ni l'ampleur de Gros, ni la fougue de Charlet et de Raffet, ces simples lithographes, ni la concision stendhalienne de Boissard de Boisdenier, que son Episode de la retraite de Moscou suffit à immortaliser. La guerre de 1870-71 fournit de nouveaux thèmes aux peintres de bataille. Et, durant plusieurs années, le public se pressera devant les œuvres d'Alphonse de Neuville, d'une méticuleuse vérité, et devant les tableaux, moins poignants, mais adroits, de M. Détaille.
Le paysage prospère avec Busson, Damoye, Pelouze et se pare de poésie avec Cazin, qui y place des scènes d'une impressionnante simplicité.
Le troisième Empire avait connu les effigies fardées, aimablement impersonnelles de l'Allemand Winterhalter et des Dubufe, père et fils. Mais voilà qu'Eugène Carrière, préparé à l'observation des êtres par de sincères représentations de la vie familiale, tourne son effort vers le portrait et fixe non seulement la ressemblance apparente des personnes, mais leur physionomie morale. Conclusion à l'effort d'un siècle qui a connu les portraits de David, d'Ingres et de Ricard.
LA PEINTURE DECORATIVE
Mais ce n'est pas là tout l'apport de l'art français au xixc siècle. 11 reprend avec Chassériau, Puvis de Chavannes et Albert Besnard les plus nobles traditions décoratives. Réfléchi et
LA PEINTURE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE xvi
concentré dans les peintures de l'Ecole de pharmacie, de l'hospice de Berck, de la mairie du Ier arrondissement, qui datent du commencement de sa carrière, Albert Besnard a de grandes envolées dans les compositions qui suivent, et qui sont destinées au Théâtre-Français, à l'Hôtel de Ville de Paris, au Petit Palais, etc. Tout est joie, lumière, mouvement. Parfois, dans cette fête de couleurs, surgit une figure grave, et la création de l'artiste prend alors une signification profonde.
Formé tard, formé seul, Puvis de Chavannes a édifié dans un labeur colossal une œuvre grandiose, unique. Il a tout créé : la composition, le dessin, la couleur. Et par leur haute signification, leur simplicité émouvante, des fresques comme la Vie de Sainte Geneviève, le Bois Sacré, Vision antique, Inter artes et naturam témoignent de la valeur morale d'un maître qui compte parmi les plus grands et s'apparente aux plus sublimes penseurs de toutes les époques et de tous les pays.
Caractérisant l'apport de Giotto, Vasari écrivait : « 11 renouvela l'art, parce qu'il mit plus de bonté dans les têtes. » C'est pour quelque chose d'analogue que Puvis de Chavannes est si grand.
Charles SAUNIER.
La date placée à la suite du titre des reproductions indique l'année d'achèvement de l'œuvre ou, à défaut, celle de son exposition au Salon.
GO
ANTHOT,. PEINTRES FB. XIX' S.