‹ Anthologie d'art françaisChapitre 10 sur 19 · SYMBOLISTES ET NÊO-TRADITIONNISTES · texte numérisé non relu

SYMBOLISTES ET NÊO-TRADITIONNISTES

Le néo-impressionnisme avait poussé à l'extrême le souci de l'analyse chromatique. Un nouveau groupe surgit, qui, en opposition entendit constituer une synthèse picturale, faite non d'un échantillonnage de couleurs vibrantes, mais de valeurs symphoniques. D'autre part, il ambitionnait de substituer à la vérité littérale, admise par les impressionnistes et les neo-impressionnistes, un symbolisme de couleurs et de lignes (1).

Le nouveau groupe recrutait ses adhérents parmi des hommes très différents d'âge comme d'origine.

Les aînés, Paul Gauguin, Odilon Redon, venaient de 1 impressionnisme et s'étaient dégagés petit à petit de ses formules et de son idéal pour évoluer vers un art de symbole et de synthèse Paul Gauguin et ses amis : E. Schuffenecker, L. Anquetin Emile Bernard, Laval, etc., se manifestèrent, en 1889, en une exposition organisée dans le local du café Volpmi.

Cette exposition leur rallia quelques jeunes gens qui s étaient rencontrés fortuitement dans un atelier de l'académie Julian, et qui ne devaient pas tarder, tant au Salon des Indépendants que dans les expositions organisées à la galerie Le Barcq de Boutteville, à s'imposer, grâce à des dons véritables. C étaient Edouard Vuillard, Pierre Bonnard, K.-X. Roussel, Maurice

Denis. , . . , , ,.

L'idéal du groupe titré synthétiste, symboliste, neo-traditionniste, fut formulé par Maurice Denis qui, sous le pseudo-

(1) Ils [les impressionnistes] gâtent la saveur de leur sensation primitive, uniquement faite de cette couleur spéciale (effets de soleil, orientalisme, lanterne dans la nuit, aurore boréale), par leur dédain de la composition et leur souci de faire nature. Pierre Louis (Maurice Denis).

LA PEINTURE FRANÇAISE AU XXe SIÈCLE xiv

nyme de Pierre Louis, donna sur le Néo-traditionnisme de curieuses notes à une jeune revue : Art et Critique. Le succès venant, les nouveaux venus eurent leur esthéticien en G.-Albert Aurier. Mais les tendances étaient encore diverses et la phraséologie du critique ne fit pas oublier le clair exposé de Pierre Louis.

D'ailleurs, le groupement de la première heure devait s'orienter vers des points différents. Gauguin, après avoir, pour ainsi dire, découvert la Bretagne, sa nature, ses types, devait t partir pour de lointaines Tahiti. Emile Bernard se rendit en Egypte, à la recherche de grands paysages propres à encadrer des scènes de bel équilibre. Vuillard et Bonnard, avant tout soucieux de symphonie, devinrent de délicieux intimistes; Roussel, à sa manière, continua Corot; enfin Maurice Denis, restant le néo-traditionniste épris de l'art de Giotto, de Masaccio et d'Ingres, édifia des synthèses décoratives d'un charme infini, susceptibles de couvrir de grandes surfaces murales de même que les marges d'un livre. Ses décorations de l'église du Vésinet, aussi bien que ses illustrations pour Sagesse, la Vita Nova de Dante, les Fioretti de saint François d'Assise, lui ont rallié tous les gens de goût.

Page 1