L'ART DE CETTE HEURE
Est-il possible d'en définir les caractères généraux ? — Peut-être.
La revue que nous venons de passer permet de constater
chez tous un orgueilleux individualisme, certes, mais aussi,
LA PEINTURE FRANÇAISE AU XX* SIÈCLE xvi
une commune recherche de caractère s'alliant à un réel souci de l'ornemental ; en fait, un art, qui voudrait être robuste, qui a de l'accent et, parfois, du charme, mais où l'acquit fait défaut. Les productions présentes gagneraient, en effet, à être mieux charpentées, c'est-à-dire délimitées par un dessin sûr et une ordonnance réfléchie (1). Or, on dessine peu, maladroitement, et la fièvre de production nuit à la réflexion.
Mais demain fera changer cela. Les fortes leçons qui sont données par les maîtres dans les expositions rétrospectives, de plus en plus multipliées, ne peuvent manquer d'influencer heureusement les jeunes talents sincères.
L'exemple du passé prouve que l'avenir est aux robustes, à ceux qui, grâce à une éducation parfaite, sont à même d'exprimer intégralement leurs sensations ou d'ordonner leurs pensées selon un rythme dont la noble grandeur est faite de la perfection des lignes et des formes, et de l'harmonie des couleurs.
Charles Saunier.
(1) Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs, en un certain ordre assemblées. Pierre Louis (Maurice Denis).
La date placée en regard du nom de l'artiste indique l'année d'achèvement de l'œuvre ou, à défaut, celle de son exposition au Salon.