‹ Anthologie d'art françaisChapitre 4 sur 19 · INFLUENCE MOMENTANEE D'ÉLIE DELAUNAY ET DE GUSTAVE MOREAU · texte numérisé non relu

INFLUENCE MOMENTANEE D'ÉLIE DELAUNAY ET DE GUSTAVE MOREAU

Si l'Académie avait su mieux recruter ses dirigeants, si les coteries qui se recommandaient d'elle eussent tu leurs jalousies, le classicisme aurait pu regagner l'influence perdue et exercer sur les jeunes élèves une action efficace. Deux grands artistes étaient aptes à élever, dans une atmosphère de beauté n'excluant pas un certain libéralisme, des disciples qui auraient, à leur tour, créé des œuvres fortes. Mais, entrés tard à l'Institut et appelés plus tard encore à la direction d'un atelier à l'École des Beaux-Arts, la mort ne leur permit pas d'achever l'œuvre de rénovation qu'ils avaient entreprise.

Le premier, Èlie Delaunay (1828-1891), professa à l'École des Beaux-Arts de 1889 à 1891. Les élèves qu'auparavant il avait librement formés, ainsi Ary Renan et Georges Desvallières, témoignaient de la perfection de sa science et de l'intelligence de son enseignement. Ceux qu'il initia durant son séjour à l'École des Beaux-Arts reçurent également une empreinte profonde. L'idéal n'était plus limité aux trucs d'atelier, à l'admiration béate des grands Italiens du xvie siècle, dont la perfection demeure inégalable. C'était vers la Grèce, les Bellini, Mantegna, qu'étaient dirigés les yeux des élèves ; c'est vers un dessin sincère, une composition simple mais émouvante que leur effort devait tendre. Après deux ans d'enseignement, Élie Delaunay mourait. Par bonheur, le successeur qui lui fut donné était prêt à continuer son œuvre, à la parfaire d'autres curiosités. Avec Gustave Moreau (1826-1898), l'initiation ne s'arrêta plus aux seules sources occidentales, mais s'étendit à l'Inde et à la Perse, qui fournissaient des fonds plus riches, des motifs dont la capricieuse beauté était susceptible de rendre plus pures encore les formes qui se détachaient sur eux. Les musées, bien délaissés depuis la mort des derniers élèves d'Ingres, retrouvaient des copistes intelligents qui s'efforçaient, non pas au trompe-l'œil, mais à pénétrer la technique des maîtres.

Page 1