IMPUISSANCE DE L'ACADÉMISME
Autrefois, les groupes officiels, détenteurs d'une tradition et fortement constitués, donc bien armés contre toute révolte, eussent tôt fait de maîtriser des indépendances qu'une incomplète initiation technique permettait de disqualifier. Ils eussent dirigé vers un idéal plus élevé, au moyen d'une discipline sagement entendue, les quelques tempéraments bien doués enivrés de liberté qui s'égaraient dans des recherches ou stériles ou dangereuse! Mais si affaibli était l'art officiel, si médiocres paraissaient ses réalisations, que, pour la première fois ce furent ses représentants qui, en dépit de leurs diplômes et de leurs médailles, durent céder à la poussée des jeunes audaces, se désagréger. Il est vrai que le mouvement des idées y aidait fortement. L'académisme et ses traditions répondaient naguère à un besoin. Lui seul semblait capable d'ordonner les compositions qui ornaient les autels des églises et de rappeler, dans les palais, certaines allégories dont la présentation ne variait guère Or, l'accumulation des productions du passe suffisait maintenant aux temples dont le nombre demeurait stationnais Et, pour orner les établissements publics : écoles, mairies les nouvelles couches politiques, subissant l'influence du réalisme, préféraient aux épisodes fabuleux, dont la signification était d'année en année moins claire à leur esprit, des scènes de la vie de chaque jour.
L'Institut et ses élèves eurent contre fortune médiocre contenance et, ne pouvant plus évoquer Apollon, Moïse, Charlemagne, Louis XIV ou Napoléon, restreignirent leur activité à la représentation des rares cérémonies officielles, non plus avec la certitude technique de jadis, mais avec d'inintelligentes concessions au goût moderne. Et comme monnaie courante les
LA PEINTURE FRANÇAISE AU XX* SIÈCLE vm
mêmes praticiens se rabattirent sur les portraits. Là encore, au lieu de s'efforcer de rester dans la forte tradition de David et d'Ingres, ces mauvais bergers se plièrent aux exigences de la clientèle, en allant demander leur inspiration aux portraitistes français et anglais du xvme siècle, devenus à la mode. Mais combien ils restèrent loin de leurs modèles 1