‹ Anthologie d'art françaisChapitre 6 sur 19 · LE MODERNISME · texte numérisé non relu

LE MODERNISME

Mais l'enseignement, pour être en art un facteur important lorsqu'il s'appuie de solides certitudes, n'est pas tout. Il y a, au-dessus de lui, la prédestination. Qu'ils se soient formés seuls ou qu'ils aient plus ou moins subi l'influence d'une volonté directrice, les prédestinés se ressaisissent, tôt ou tard, pour faire œuvre personnelle, oublient ou utilisent alors ce qu'ils apprirent, retenant le bon et rejetant le mauvais.

C'est ainsi que les personnalités picturales les plus importantes du xxe siècle, celles qui ont le plus heureusement affirmé leur ipséité, ont des origines très diverses. Charles Cottet s'est formé surtout seul, Aman -Jean sort de l'École des Beaux- Arts; Émile-René Ménard, Lucien Simon, d'une part, et E. Vuillard, Maurice Denis, d'autre part, etc., sont passés, à dix ans d'intervalle, par l'académie Julian, où ils ont reçu les conseils de Bouguereau, T.-Robert Fleury, Jules Lefebvre.

Mais l'influence de ceux-ci a été annihilée par la réflexion, le travail personnel, l'étude des maîtres anciens et modernes. Leurs élèves d'un instant ne sont maintenant qu'eux-mêmes, modernistes par la façon d'exprimer, modernistes par les sujets qu'ils traitent ou la manière dont ils les traitent. Chacun a son idéal, ses préférences, sa conception particulière de l'expression et de la couleur. Quoique jeunes encore, leur influence sur leurs cadets est réelle et féconde. Ils constituent donc des artistes types, doués de qualités propres et quelquefois de dé-

LA PEINTURE FRANÇAISE AU XX« SIÈCLE x

fauts, mais qui s'amalgament à tel point à ces qualités, que les amateurs ne les désireraient point autrement. Les uns, les orientalistes, demandent leur inspiration aux pays de lumière; les autres, recherchant le caractère des types ou des paysages, vont en Bretagne, en Hollande, dans les sierras arides ; le plus grand nombre, curieux d'intensités et de nuances, trouvent leurs motifs les plus chers à Paris, dans le milieu familial ou parmi leurs amitiés. Voilà les trois grands centres d'inspiration de la peinture moderne, soucieuse aussi de décor, c'est-à-dire d'harmonie de ligne et de couleur.

Sur la façon d'exprimer l'Orient et la Bretagne, quelques constatations doivent être faites.

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