‹ Anthologie d'art françaisChapitre 7 sur 19 · L'ORIENTALISME · texte numérisé non relu

L'ORIENTALISME

La facilité des voyages, le succès de certaines expéditions coloniales, les romans de Pierre Loti, ont incité nombre de peintres à visiter les contrées lointaines. Et, de fait, depuis ces trente dernières années, les artistes français ont posé leur chevalet à Tokio, à Dakar, à Saigon, à Hanoï, en passant par Ceylan, Smyrne, Constantinople, Alger, Tanger. Les peintres orientalistes, qui avaient eu, à l'Exposition universelle de 1889, une section spéciale, se constituèrent par la suite en société, sous la présidence de M. Léonce Benedite, conservateur du musée du Luxembourg. Ils n'ont cessé, depuis 1893, de se manifester annuellement en des expositions qui n'ont pas peu contribué à développer le goût de l'Orient et des pays tropicaux. Récemment, le gouvernement de l'Algérie a tenu à consacrer ce mouvement, en fondant pour les jeunes artistes des bourses de séjour dans la colonie. Mais l'Orient de 1880-1910 ressemble très peu à l'Orient des romantiques. Dans l'enivrement de la première vision, ceux-ci s'efforçaient d'en rendre la grandeur, la lumière dorée, l'éclat des costumes, l'héroïsme des mœurs. Les premiers orientalistes étaient des synthétistes. Les nouveaux orientalistes sont, au contraire, des analystes préoccupés seulement du petit côté. Où leurs aînés voyaient l'éclat, ils notent, eux, la nuance; où Delacroix, Decamps et, plus récemment, Gauguin cherchaient le caractère, ils désirent exprimer l'accident. Leur vision manque donc parfois de grandeur et de chaleur. Trop souvent leur Orient répète sans grand changement les variations climatériques de nos pays nordiques. Est-il donc si nécessaire alors de tant voyager?

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