LA BRETAGNE
Mieux inspirés ont été généralement les peintres qui, ambitionnant d'exprimer la grandeur de l'Océan et la « douleur au Pays de la Mer », sont allés en Bretagne.
L'aspect farouche de la côte, les récifs mauvais de Belle-Ile, les types étranges de Pont-Labbé, du Pouldu, de Penmarch, ont été le prétexte de cent œuvres curieuses. Il y a aussi les pardons, où se montrent dans leurs costumes locaux des êtres d'une ferveur abolie partout ailleurs.
Peintres réalistes, caractéristes, impressionnistes, ont dit à leur façon la Bretagne, et toujours curieusement. Plus ou moins intensifs, il y a chez tous une communauté d'accent qui témoigne de la sincérité de la chose vue. C'est Paul Gauguin, initiateur et visionnaire; Charles Cottet, poignant ; Lucien Simon, observateur sincère et coloriste curieux.
LE NÈO-IMPRESSIONNISME
Les impressionnistes avaient réussi à fixer les plus rares et les plus fugitifs effets de lumière. Pour arriver à ce résultat, ils avaient renoncé aux procédés de palette et leur avaient substitué une application franche de notations séparées, « laissant les couleurs s'émouvoir, vibrer à de brusques contacts et se recomposer à distance ». (Félix Fénéon.) Mais cette décomposition des couleurs s'effectuait de façon arbitraire. Aussi l'idée vint-elle à déjeunes artistes de perfectionner l'expression des couleurs en subordonnant leur emploi à des règles exactes. Le célèbre livre de Chevreul (1), De la loi du contraste simultané des couleurs et de l'assortiment des objets colorés, leur en fournit le moyen. Frappé des idées émises par le savant, l'un d'eux, Georges Seurat, innova une technique scientifique basée sur la division des colorations en leurs éléments constitutifs déterminés par le contraste des teintes et le contraste des tons, —ces éléments, juxtaposés en menues touches de couleur pure, devant se recomposer sur la rétine en un mélange
(1) Le Nouveau Larousse, au mot Couleur, donne d'utiles explications relativement aux recherches de Chevreul. Voir aussi dans son Supplément : Néo-impressionnisme.
LA PEINTURE FRANÇAISE AU XX' SIÈCLE xn
optique plus vibrant, plus délicat, plus pur et plus lumineux qu'un mélange pigmentaire ou ton composé, préparé sur la palette avant d'être posé sur la toile à côté d'autres tons susceptibles, par leur qualité, d'en modifier la valeur.
Ce système, complété par une théorie sur la signification des lignes et vivifié par un très sûr instinct de peintre, fut appliqué par Georges Seurat dans une grande composition, Un Dimanche d'été à la Grande-Jatte, qui figura à l'exposition Impressionniste organisée, en 1886, à la Maison Dorée.
Blâmée par les uns, vivement appréciée par les autres, l'esthétique de Seurat groupa autour de lui quelques adeptes. Tout d'abord Paul Signac, dont les recherches étaient parallèles; H.-E. Cross, Maximilien Luce, Dubois-Pillet, Hippolyte Petitjean, Charles Angrand, auxquels se joignirent un moment un vétéran de l'impressionnisme, Camille Pissarro, et son fils, Lucien. On appela les artistes de ce groupe : Néo-Impressionnistes, et leur technique fut définie : Division du ton (1). Tenu à l'écart des manifestations officielles, et même des expositions purement impressionnistes, le groupe a, depuis 1886, pris part à toutes les expositions des Artistes indépendants, où une salle spéciale lui fut généralement réservée.
Cependant le néo-impressionnisme pouvait fournir de hautes références : Rubens, Watteau, Turner, surtout Delacroix, avaient, en certains cas, recouru aux taches colorantes contrastées. L'objection la plus forte qui pouvait être opposée aux néoimpressionnistes était celle du papillottement produit par leurs menues touches juxtaposées sur la toile. Il y avait aussi à prévoir l'inévitable action du temps sur les petits empâtements de couleur qui ne conserveront pas entre eux les rapports premiers : noircissant ici, pâlissant là. Aussi les néo-impressionnistes les plus convaincus, ceux qui, comme M. Paul Signac, se sont à tout instant préoccupés de la qualité et des chances
(1) « Si ces peintres, que spécialiserait mieux l'épithète chromo luminaristes, ont adopté ce nom de néo-impressionnistes, ce ne fut pas pour flagorner le succès (les impressionnistes étaient encore en pleine lutte), mais pour rendre hommage à l'effort de précurseurs et marquer, sous la divergence des procédés, la communauté de but : la lumière et la couleur. C'est dans ce sens que doit être entendu ce mot néo-impressionnistes, car la technique qu'emploient ces peintres n'a rien d'impressionniste : autant celle de leurs devanciers est d'instinct et d'instantanéité, autant la leur est de réflexion et de permanence. » Paul Signac.