L’ANTRE DES NYMPHES
Les anciens consacraient les antres et les cavernes au Cosmos considéré dans sa totalité ou dans ses parties ; pour symbole de la matière dont est composé le Monde, ils prenaient la terre, d’où certains pensaient que, par la terre, il fallait entendre la matière, et que le Monde, composé par la matière, était représenté par les antres,
car le plus souvent les antres sont tels dès l’origine, ils sont liés à la terre et taillés dans une roche uniforme, dont l’intérieur est creux et dont l’extérieur s’ouvre vers l’espace sans bornes de la terre.
Le Monde aussi est né de lui-même ; il est lié à luimême et parent avec la matière, signifiée par la pierre et la roche parce qu’elle est brute et résiste à être façonnée ; et parce qu’elle est amorphe, on la croyait infinie. Mais comme elle est fluide et privée par elle-même de la possibilité de se donner par elle-même une forme, c’est à juste titre que l’on prenait le ruissellement et l’humidité des antres et leur obscurité et suivant le poète, leurs ténèbres, pour symbole de tout ce qui est inhérent au Monde par la matière.
C’est donc à cause de la matière que le Monde est obscur et ténébreux ; mais la forme y est ajoutée et l’ordonne, d’où son nom Cosmos, qui signifie ordre, ce qui le rend beau et agréable. On peut donc, à juste titre, le comparer à un antre, agréable pour celui qui se tient sur le seuil parce que, à l’entrée, les formes y sont distinctes, mais obscur pour quiconque en imagine les cavités profondes et entre en esprit dans cette ombre. De telle sorte que l’extérieur et les premiers abords en sont agréables et que les profondeurs intimes sont obscures. De même les Perses, pour signifier mystiquement la descente des âmes et leur retour, donnent le nom de caverne au lieu où les prêtres initient. Selon Euboulas, Zaroastrès, le premier, sur les montagnes qui avoisinent la Perse, consacra un antre naturel, fleuri et arrosé par des sources en l’honneur de Mithras, créateur et père de toutes choses de telle sorte que l’antre était l’image du monde organisé par Mithras, et les objets qui y étaient déposés à des intervalles déterminés portaient les symboles des élé-
PORPHYRE
ments et des degrés du monde. Puis, après Zoroastrès, ce fut une tradition chez certains de célébrer les Télètes dans les antres ou spelonques naturelles ou artificielles. Aux dieux olympiens on consacrait des temples, des sanctuaires et des autels ; des pierres aux dieiqt terrestres et aux héros, des fosses et des trous aux dieux souterrains, et de même des antres et des spelonques au Monde ainsi qu’aux Nymphes, à cause des eaux qui coulent et jaillissent dans les antres et auxquelles président, comme nous le dirons bientôt, les nymphes appelées Naïades. Et l’on ne considérait pas seulement l’antre comme un symbole du monde sensible, mais aussi de tous les dynamismes invisibles, parce que l’antre, étant obscur, est un symbole de l’essence de ces dynamismes invisibles. De même aussi Kronos se creuse un antre dans l’Okéanos et y cache ses enfants et Dêmêter nourrit Koré dans un antre parmi les Nymphes. Et l’on trouverait beaucoup d’autres exemples analogues en lisant les théologues.
JAMBL1QUE
Disciple de Porphyre , le philosophe Jamblique porta la science théurgique à un point qui n’a pas été dépassé . Malheureusement , il ne sut pas acquérir la langue élégante de son maître ; sa phrase est obscure et aride , ce qui le fit rester longtemps dans V oubli. Son influence sur le Moyen-Age fut aussi nulle que celle de Porphyre fut considérable. Il fallut V adaptation latine de Mar site
ANTHOLOGIE DE l’0CCULTI8ME
Ficin pour faire entrevoir , sous la Renaissance , la lumière splendide que contenait le traité De Mysteriis.
Jamblique était doué, paraît-il, , da don de thaumaturgie ; son biographe Eunapios rapporte quyil s'élevait fréquemment de terre à une hauteur de dix coudées et qu'il apparaissait la tête environnée d'une auréole lumineuse. Il existe , de ce philosophe , une Vie de Pythagore, une Exhortation à la Philosophie et un traité sur les mathématiques et le Destin. Nous donnons ici un extrait du livre des Mystères, dans lequel on lira avec étonnement une description rigoureusement exacte de V insensibilisation dans les états profonds de l'hypnose et des phénomènes que l'on a vu se renouveler autour du baquet de Mesmer et au cimetière de Saint-Médard. Puis nous avons ajouté les trente-neuf symboles des Pythagoriciens qu'il nous a conservés. Ces symboles sont des sentences , pour la plupart obscures, qui formaient la règle de vie de tous les sectateurs de Pythagore. Elles furent une énigme pour toute l'antiquité, et le commentaire dont les a accompagnées Jamblique ne les rend guère plus claires. Nous laissons à la sagacité et à la curiosité du lecteur le soin de les expliquer.