DES SECRETS CONCERNANT LES FEMMES
Il est certains auteurs qui enseignent que quelquesunes des planètes peuvent dominer au temps désigné (pour la génération) ; et ceci se rapporte beaucoup à ce que je vais dire ; et afin que I on ne me taxe pas d’ignorance en omettant ceci, je déclarerai ici que toutes les forces que l’âme enferme dans le corps, elle les réunit par les sphères ou corps célestes.
Car par l’orbe ultime qui, par le mouvement diurne, imbrasse toutes les sphères inférieures, les puissances d’existence et de mouvement, principalement et radicale-
ment, sont influées à la matière ; et par l’orbe des étoiles fixes, le fœtus reçoit la vertu par laquelle il sera caractérisé dans l’existence, selon les diverses figurations et choses accidentelles. Et ceci lui vient dans ce qui concerne la forme; mais il reçoit également, par cet orbe, 1 autre force qui lui donne l’existence. Et, selon les diverses natures de cet orbe, après la sphère étoilée est placée la sphère de Saturne, selon les Astronomes ; et par ceMe-ci sont versées à l’âme les puissances de discerner et de raisonner. Et ensuite la sphère de Jupiter ; et par celle-ci influent la magnanimité de l’âme et plusieurs passions de l’âme. Et de la sphère de Mars influent l’animosité de l’âme et la puissance irascible et les autres désirs de Eâme. Et du Soleil influe la puissance de savoir et de se remémorer. De Vénus, les mouvements de concupiscence et de désir. De Mercure la puissance de se réjouir et de se délecter. De la Lune, qui est la racine de toutes les puissances naturelles, la puissance vivifiante ( virtus vegetandi ) ; de tous (ces astres) procèdent ces puissances, et plusieurs autres contenues dans l’âme ; et puisque celles-ci proviennent des diverses parties des corps célestes, elles sont distribuées dans toutes les parties de l’âme et non seulement à l’âme, mais à tout le composé que l’accident simple ne suffit pas à sustenter.
(Chapitre II.)
Et il faut savoir que toutes les étoiles et autres parties du corps supercéleste accomplissent divinement ces offices, et agissent toujours ainsi, et n’empêchent jamais ce qui provient de leur propriété. Et, au contraire, s’il est bon de dire, selon la doctrine admise, que toutes les choses inférieures sont régies par les choses supérieures, on peut affirmer même que par le divin sacrifice et l’im-
ALBERT LE GRAND
i molation des bêtes, et autres choses qui sont faites en ce
I monde, il est impossible de se dérober à l’action des corps supercélestes, qui donnent la vie et la mort.
0 Chapitre VIL)
ROGER BACON
Ce célèbre moine franciscain anglais est considéré comme le savant le plus grand de son siècle , car il fut à peu près seul à comprendre que la science devait être le fruit de V expérience, à une époque où tous les autres ne s’occupaient qu’à compiler des livres. Après avoir étudié la théologie à l’Université d’Oxford et à celle de Paris, il alla se fixer à Oxford et passa sa vie dans un immense laboratoire qu’il fit édifier à ses frais. En recherchant les secrets de la nature , il toucha à l’occultisme, s’adonna à V astrologie, à l’alchimie, et eut connaissance du sommeil magnétique. Ayant été accusé de sorcellerie, il fut quelque temps emprisonné ; mais il se disculpa auprès du Pape par sa Lettre sur les Secrets de la Nature et la nullité de la Magie, qui contenait pourtant l’exposé de toute sa croyance aux pratiques de l’occultisme. On peut voir, d’après ce document et d’après son ouvrage plus important : V Opus Majus, qu’îl a connu la poudre à canon, l’usage des lentilles convexes et concaves, ainsi qu’une substance inflammable de la nature du phosphore. Il a laissé également un opuscule sur la prolongation de la vie humaine, et quelques petits traités
d’alchimie. La Lettre sur les Secrets de la Nature ayant été traduite en français d’une façon extrêmement fantaisiste, nous sommes heureux d’en donner ici quelques pages, rectifiées sur l’original, et qui auront la valeur de l’inédit .